L'arrosage des greens de golf, en pleine sécheresse, fait polémique

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Alors que les agriculteurs doivent réduire leur utilisation d'eau, les greens des 70 golfs de la région PACA sont toujours arrosés, même s'ils ont dû aussi revoir les volumes d'eau à la baisse. Une situation dénoncée par plusieurs élus. Les propriétaires de golf rappellent de leur côté que, sans green, ils devront fermer boutique et mettre à la porte leurs salariés.

arrosage golf

Alors que la région fait face à une période de sécheresse exceptionnelle, les golfs bénéficient d'une exception et peuvent continuer à arroser, au moins les greens - la zone où se trouve le trou - et terrains d'honneur.

Un "deux poids deux mesures" inacceptable pour certains élus de la région.

"On ne peut pas demander aux agriculteurs de restreindre leur arrosage et voir que le golf, un sport qui, en plus, n'est réservé qu'à une certaine élite, continue d'arroser ses greens", dénonce Juliette Chesnel-Le Roux, élue d'opposition, présidente du groupe EELV à la métropole.

À Marseille, le député LFI Hendrik Lavi est également monté au créneau.
Concrètement, l'arrêté préfectoral impose différents types de restrictions aux golfs en fonction du niveau de sécheresse de la zone concernée.

Pour les communes en alerte renforcée : l'arrosage est interdit de 9 h à 19 h et les volumes d'eau utilisés doivent être réduits de 40%. Pour les endroits classés "en crise" - comme Saint-Raphaël, Antibes ou Biot - l'arrosage est uniquement autorisé sur les greens et terrains d'honneur, à hauteur de 30% des volumes d'eau habituels. Mais au même niveau "crise", l'arrosage des potagers est totalement interdit et les agriculteurs doivent diminuer de 40% leur consommation d'eau, ce qui ne manque pas de faire réagir sur les réseaux sociaux.

Juliette Chesnel-Le Roux abonde : "Vous vous rendez compte qu'on culpabilise le citoyen qui ne coupe pas son robinet en se lavant les dents et pendant ce temps-là, il y a ce type de dérogation ? Tout le monde doit prendre sa part".

    On ne peut plus se permettre de réserver à la distraction une ressource qui est essentielle à la vie
    Juliette Chesnel-Le Roux, élue écologiste à la mairie de Nic
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Du côte des propriétaires de golf, on comprend l'enjeu, moins la polémique. "90% de l'eau utilisée dans les golfs est de l'eau non-potable", assure Jean-Yves Ortega, président de la ligue régionale de golf pour la région PACA. Dans les territoires en crise sécheresse, "on ne maintient l'arrosage que sur 1 à 1,5% du parcours pour éviter de perdre le green", ajoute-t-il.

Cette partie particulièrement sensible du terrain - là où est situé le trou - est "le cœur du golf", précise Armand Gadea, directeur du golf Bleugreen l'Estérel à Saint-Raphaël. "Si demain, je dois arrêter de l'arroser, je ne pourrais pas recevoir de clients, je devrais fermer. Il faudra attendre qu'il se mette à pleuvoir ou que les restrictions cessent, puis il faut compter environ six à sept mois pour qu'un green repousse", ajoute le directeur du golf, qui emploie 32 salariés.

15.000 postes menacés

Cette menace sur l'emploi est l'un des arguments avancés par le ministère de la Transition écologique, interrogé par FranceInfo, pour maintenir un arrosage minimum sur les golfs. Environ 15 000 salariés seraient concernés en France.

Selon un rapport du Sénat de 2003, la consommation totale de tous les golfs représentait en 2002 l'équivalent de la consommation annuelle d'une ville de 500 000 habitants (36 millions de mètres cubes). Une étude publiée par la Fédération française de golf (PDF) évalue, de son côté, cette consommation à 29 millions de mètres cubes d'eau en 2010.

"Mais, depuis 20 ans, on s'est énormément amélioré, assure le responsable de terrain d'un golf des Alpes-Maritimes, qui préfère rester anonyme. Les techniciens, on est tous conscients et prêts à voir nos outils de travail se dégrader. Actuellement, on fait mourir nos gazons".

En suspens, reste la question de la soutenabilité à long terme de l'activité des golfs, avec le réchauffement climatique dans la région. "C'est un sport qui vient du Royaume-Uni, un pays où il pleut régulièrement", rappelle l'élue écologiste Juliette Chesnel-Le Roux.

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Sécheresse : vers une pénurie de lait l'automne prochain ?

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En raison de la sécheresse qui touche l'ensemble de l'hexagone, les différentes cultures affichent un rendement moindre et les stocks de fourrage, qui servent à nourrir les vaches, sont déjà entamés. De quoi soulever des questions autour de la présence ou non de lait dans les supermarchés en automne.

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Y'aura-t-il du lait dans nos supermarchés en automne ? La question est loin d'être fantaisiste. La sécheresse qui frappe de plein fouet le pays affecte considérablement le rendement des cultures et réduit les stocks de fourrage qui permettent de nourrir le bétail. Si la situation se poursuit, une pénurie de lait n'est pas à exclure.

Bruno Martel produit du lait bio en Bretagne depuis un mois. Impossible pour lui de nourrir ses vaches dans son pré asséché et la météo est devenue une véritable obsession. "Aujourd'hui, au quotidien, on est en train de scruter les températures, la pluviométrie, le ciel, en se disant 'il faut absolument qu'il y ait de l'eau'. Et du coup, ça devient angoissant à la fin d'être complètement tributaire de l'eau puisque là, on va vraiment l'attendre", expose-t-il au micro d'Europe 1.

La solidarité des consommateurs

Et pour cause, la sécheresse lui fait déjà perdre entre 7.000 et 8.000 € de production par mois. Comme lui, la FNSEA, la Fédération des syndicats d'exploitants agricoles, prévoit une pénurie de lait dans les prochains mois à cause de cette sécheresse. Les stocks de fourrage de l'hiver sont déjà en train d'être consommés. Certains agriculteurs vont même devoir vendre leurs animaux, faute de moyens pour les nourrir. Pour Bruno Martel, les consommateurs doivent se montrer solidaires.

"Ce que je demanderai, c'est surtout la bienveillance de la société. Nos modes de consommation influencent nos modes de production. Si on veut continuer à avoir une agriculture respectueuse de l'environnement, qui s'engage pour la planète, et bien il faut aussi l'accompagner par l'acte d'achat pour pouvoir tenir, même dans les périodes compliquées", soutient-il.

De son côté, la FNSEA demande la mise en place d'un fonds d'urgence et une revalorisation des prix payés aux éleveurs.

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Pour les ninjas écolos, prière d’éteindre la lumière en fermant le magasin

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Allier l’utile à l’agréable, telle est la devise du collectif On the Spot Parkour qui a trouvé une mission d’utilité publique pour ses acrobaties urbaines: couper le courant des boutiques qui restent éclairées toute la nuit.

on the spot parkour Paris

Monoprix, Franprix, Lévis, Bershka mais aussi Dior et Rolex. Au cœur de la nuit, grande distribution, fast fashion et marques de luxe ne se gênent pas pour laisser leurs vitrines rutilantes baigner dans la lumière artificielle. Un constat qui agace le collectif On the Spot Parkour - du nom de cette pratique sportive qui consiste à franchir des obstacles urbains par des mouvements fluides et agiles - et dont les membres s’emploient à éteindre les enseignes lumineuses des commerces. Pour ces jeunes, de 16 à 36 ans et qui ne connaissent du vertige que le nom, le but est d’atteindre les interrupteurs incendie des magasins, souvent placés à quelques mètres de hauteur sur les façades. Une fois ceux-ci actionnés, les vitrines plongent dans le noir. L’objectif des sportifs ? Joindre «l’utile à l’agréable», comme le résume Kevin Ha, l’un des adeptes de Parkour.

30 % d’économies d’énergie

Kevin, Hadj, Emeric… Ils sont sept ou huit à s’être donné rendez-vous à minuit et demi ce vendredi soir, du côté de Châtelet-Les Halles, dans le très animé centre de Paris. Une fois tous les membres réunis, le groupe s’engage dans les rues et repère très vite une première enseigne à éteindre. Hadj, 21 ans, tout sourire, prend de l’élan et s’élance sur la façade pour atteindre l’interrupteur d’un magasin de baskets, à trois mètres de hauteur. Raté, la vitrine reste illuminée. Pas de quoi démotiver les jeunes, qui, enceinte et musique populaire sous le bras, réussiront à éteindre une petite dizaine d’enseignes tout au long de la soirée. En une nuit, les membres du collectif peuvent en éteindre 60. Impossible de savoir précisément quel pourcentage d’énergie économisée cela représente. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) estime tout de même que 30 % d’économies d’énergie pourraient aisément être réalisées sur l’éclairage public dans son ensemble, soit 1,6 TWh d’électricité ou encore 175 000 tonnes de CO2.

Hors-la-loi, ces ninjas écolos ? Les commerces ont pour obligation d’éteindre leurs enseignes lumineuses «au plus tard une heure après la cessation de l’activité, et sont rallumées à 7 heures du matin au plus tôt ou une heure avant le début de l’activité si celle-ci s’exerce plus tôt», selon un Arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses. Même chose pour les éclairages de vitrines qui doivent être «éteints à une heure du matin au plus tard ou une heure après la cessation de l’activité si celle-ci est plus tardive». Faute de contrôles - ou d’intérêt pour la question ? - ces obligations, respectivement consignées par un décret de 2012 et cet arrêté, sont très peu suivies. La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a déclaré vouloir renforcer ces lois déjà existantes à travers le plan sur la sobriété énergétique, attendu pour la rentrée. L’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (Anpcen) déplore un manque total de communication sur les contrôles et les sanctions prises depuis les premiers textes de loi.

Santé humaine

«Les passants s’arrêtent, certains nous applaudissent, d’autres proposent de nous aider. Une fois, un policier nous a même demandé de faire un salto arrière. Certains agents ne connaissent pas la loi, mais nous n’avons jamais eu de problème», s’amuse Kévin Ha. C’est dire si leur démarche fait l’unanimité. «Je pense que c’est le côté acrobate, bienveillant et surtout dépolitisé de notre démarche qui permet de rassembler si largement», veut croire le jeune homme. Selon l’Anpcen, 52 % des Français désignent les enseignes et publicités lumineuses comme première source de nuisances lumineuses et 84 % se disent favorables à leurs extinctions aux heures creuses.

Au-delà de l’évident bon sens en matière de sobriété énergétique, l’action du collectif est également bien plus bénéfique que ne le soupçonnent ses jeunes membres. Chez les militants d’Europe Écologie-Les Verts de Paris Centre, on déplore une pollution lumineuse liée aux enseignes «particulièrement significative» dans les quatre premiers arrondissements de la capitale, où il y a 82 commerces pour 1 000 habitants contre 28 en moyenne à Paris.

Une source de pollution aux conséquences majeures - et souvent méconnues - sur la santé humaine.

En effet, la pénétration d’une source de lumière artificielle extérieure dans l’habitation trouble le sommeil et entraîne des effets néfastes sur l’organisme. La disruption du rythme circadien (l’horloge biologique) peut entraîner à long terme : fatigue persistante, troubles du sommeil jusqu’à l’insomnie chronique, troubles de l’humeur jusqu’à la dépression, troubles de l’appétit, diminution des performances cognitives et physiques et de la vigilance. Ainsi, dans le rapport Pollution lumineuse et santé publique publié en 2021, l’Académie nationale de médecine demande aux pouvoirs publics de considérer la lumière artificielle nocturne et les écrans comme perturbateurs endocriniens.

Face à ces enjeux, Anne Souyris, adjointe à la maire de Paris en charge de la santé environnementale et de la lutte contre les pollutions salue l’action du collectif On the Spot. «Il y a trois leviers sur lesquels nous devons travailler : les enseignes lumineuses, en appliquant mieux la réglementation existante, déjà peu contraignante, la pub et les écrans numériques, dont on n’a absolument pas besoin la nuit et l’éclairage des rues, qu’il faut maintenir pour des raisons de sécurité mais mieux organiser.»

Biodiversité

La pollution lumineuse est également «désastreuse pour la biodiversité», indique Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris en charge des espaces verts et de la biodiversité. Par exemple, la lumière artificielle est la seconde cause d’extinction des insectes après les pesticides. Cet éclairage a également un impact sur les oiseaux qui nichent aux alentours et la flore, en retardant la chute des feuilles et en perturbant la germination. Si les zones très urbanisées comme le centre de Paris sont compliquées à plonger dans le noir, Christophe Najdovski le promet, les efforts sont portés sur les espaces verts, pour créer des corridors d’obscurité totale. En attendant une meilleure réglementation, l’application Dans ma rue permet aux Parisiens de signaler les commerces qui ne respecteraient pas l’obligation d’extinction des enseignes lumineuses. Les professionnels risquent ainsi 150 euros d’amende, un montant qui peut grimper jusqu’à 750 euros en cas de récidive dans la même année.

Pour Christophe Najdovski aussi, l’action de ces jeunes est «salutaire». «Quelque part, ça montre la faiblesse de la police de l’environnement en France.» Une action citoyenne donc, contre une pollution qui ne devrait plus exister aux yeux de la loi.

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Éco-anxiété : une jeunesse face aux angoisses écologiques

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L’éco-anxiété, cette angoisse vis-à-vis de l’avenir de notre planète, a gagné la moitié de la jeunesse, dans une dizaine de pays, dont la France. Cette détresse du XXIe siècle reflète des périls environnementaux grandissants. Mais quels sont les mécanismes qui l’alimentent ?

Rencontres avec de jeunes éco-anxieux, des psychologues ou thérapeutes confrontés à l’explosion du phénomène.

jeunesse-écoanxiété

“Des nuages de cendres incandescentes s’élevaient au-dessus d’étendues de forêts entièrement dévorées par les flammes, comme dans un film de fin du monde”

Sauf qu’ici, “pas de fond vert, jamais de clap de fin” raconte cette jeune bordelaise avec amertume : “ce jour-là, mercredi 20 juillet, dans les Landes, ce sont les paysages de mon enfance qui disparaissaient, sous mes yeux”.

Sous ses yeux, Solène, 17 ans, qui se définit comme "une éco-anxieuse" a vu ses peurs devenir réalité. Dès 2018, l'adolescente avait pris conscience des défis écologiques en voyant sa grande sœur participer aux manifestations de Fridays for Future, qui réunissaient des jeunes clamant leur aspiration à une "justice climatique et sociale".
Théorisée dans les années 90, très récemment médiatisée, l'éco-anxiété fait référence à un sentiment d’inquiétude chronique ressenti face aux menaces écologiques, une angoisse à l’idée que celles-ci condamnent la vie sur notre planète telle que nous la connaissons.

45 % des jeunes touchés

D’après une étude menée dans une dizaine de pays, dont la France, 45 % des jeunes souffrent aujourd’hui d'éco-anxiété. Bien qu'exclue du champ des pathologies psychologiques, celle-ci peut s’accompagner de troubles du sommeil, de pertes de poids, ou de comportements dépressifs.

Elle est généralement décrite comme une inquiétude“anticipatoire”.

Mais si “nous faisons aujourd’hui face à un nombre croissant d'éco-anxieux, explique Charline Schmerber, praticienne en psychothérapie, “c’est parce que la multiplication de phénomènes tels que les canicules empêche désormais d'arguer que le dérèglement climatique serait pour demain”.

Responsable de la destruction de la moitié de la biomasse et de la disparition de 7 % des espèces vivantes, l’humain pourrait initier la sixième extinction de masse de l’histoire du vivant.

Sentiment d’impuissance

Avec des phénomènes tels que la montée des eaux, l’extension des contrées exposées au stress hydrique, le recul galopant des terres arables amplifiant l’insécurité alimentaire d’un monde toujours plus peuplé, c’est la vie humaine elle-même qui s’invite au cœur des préoccupations écologiques.

L'angoisse n'est plus pour demain, mais concerne bien notre présent, si l'on se réfère à des études telles que celle parue en 2022 dans The Lancet Planetary Health : 9 millions de personnes meurent déjà chaque année du fait des différents types de pollution, soit 16 % de la mortalité mondiale.

À l’évocation de ces chiffres, qu’elle connaît depuis plusieurs années, Solène est prise de vertige. Comme pour d’autres éco-anxieux, son mal-être s’accompagne d’un tourbillon d’émotions, nourri par la peur : colère, culpabilité, abattement, ainsi qu’un sentiment d’impuissance. Ce dernier s’empara d’elle lors de ses premières prises de conscience écologiques, quand elle avait 13 ans :  “J’étais comme "nanifiée" par une montagne d’anxiété, par la puissance de tout ce que je ne pouvais pas contrôler à mon échelle individuelle”

Un classique chez les éco-anxieux, que reçoit Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne, à Montréal : “mon travail consiste à les aider à tolérer l’incertitude qui entoure la façon dont la situation environnementale, ou les décisions politiques vont évoluer”.

Le “plus douloureux” chez les patients de Charline Schmerber, précise cette dernière, “c’est de constater que des gens connaissent l’urgence, tout en ayant le sentiment que cela n’enclenche pas la moindre action.

“L’inertie d’Emmanuel Macron me remplit carrément d’angoisse”, confie Solène, “quand il déclare, avec solennité, que son second quinquennat “sera écologique ou ne sera pas”, après un premier mandat qui fut, sur ce plan, une farce”.

Ce n’est pas là une question d’idéologie pour l’adolescente, mais de “faits et des chiffres” documentés :"la France elle-même" n’a pas respecté les accords (signés lors de la Cop21 en 2015) âprement négociés et conclus dans sa propre capitale. "Ce décalage entre les priorités politiques et la réalité me terrifie.”
Difficulté à "envisager un futur"

“Nice” – c’est son pseudonyme au sein du mouvement social écologiste Extinction Rébellion – a manifesté aux côtés des Jeunes pour le climat, en 2019. Cette jeune fille, 16 ans alors, découvre le militantisme dans une douloureuse prise de conscience : “j’ai réalisé avoir du mal à envisager un futur. Sur un plan collectif, se dire que les souffrances du monde, déjà grandes, vont forcément être décuplées, c’est très dur.”

Son éco-anxiété orienta ses choix professionnels : “Je me suis dit qu’en apprenant à coudre, je saurai faire quelque chose de mes mains, et développerai là un savoir utile aux autres.”

“Ce mal-être fait traverser une crise existentielle, au cours de laquelle beaucoup remettent en cause leurs choix de vie” note Charline Schmerber. Certains s’interrogent : "À quoi bon faire une école de commerce, si c’est pour entretenir un système toxique ?”, rapporte la thérapeute.

Les pressantes inquiétudes écologiques qu'elle ressentit elle-même en 2018 poussèrent cette jeune femme vers une question : “Comment puis-je me rendre utile, en tant que thérapeute, face à cette crise ?"

Charline Schmerber décide alors d'ouvrir la porte de son cabinet de psychothérapie aux éco-anxieux, et de développer des techniques pour les accompagner. Elle est aussi l’auteure d’un guide pratique sur la question, dont la publication est prévue en septembre 2022.
Plus informés, plus inquiets

Beaucoup de jeunes rencontrés par France 24, étayent leurs propos d'arguments issus de la littérature scientifique officielle.

“J’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi on accorde si peu de crédit aux rapports du Giec”, explique Isaac, 22 ans, étudiant en archéologie :  “Le pire, c’est qu’en parler peut être perçu comme un positionnement politique, alors qu’il s’agit d'études scientifiques, internationales, et neutres.”

Le monde a encore une chance d’éviter le pire, concédaient ces experts climat de l'ONU, dans le rapport paru le 4 avril. Mais le délai imparti, en comparaison aux alertes des années précédentes, est drastiquement réduit : la communauté internationale n’a plus que trois ans pour conserver un monde “vivable”.

À la lecture de ces pages, Solène fut submergée, confie-t-elle, par "une indescriptible vague d’anxiété".

“Plus tu es informé, plus tu es inquiet”, résume Nice. À la faveur de l’été passé dans sa Drôme natale, la jeune fille retrouve un peu de sérénité, se déconnectant du torrent de mauvaises nouvelles qui inonde d'accoutumée son smartphone.

“Déni utile”

"Je ne tombe pas facilement dans le déni" explique Lou Attard, 22 ans. Cette future journaliste est une éco-responsable des plus zélées. Pourtant, aborder les périls écologiques lui coûte énormément : "je ne peux plus entendre parler de la destruction de la planète, simplement parce que j’ai l’impression qu’on va tous crever, et que je n’ai pas envie de nous imaginer mourir comme ça."

À plus forte raison au sein d’une jeunesse surexposée aux médias, le déni constitue un salutaire mécanisme de protection, estime Charline Schmerber. Elle invite les jeunes en souffrance à s’offrir une "détox" médiatique : "Chacun a besoin de break. Un individu ne peut sans conséquences brasser des mauvaises nouvelles à longueur de journée, puis s'endormir sur le rapport du Giec".

Certains de ses patients persistent dans une surinformation, invoquant  une solidarité envers les pays en développement davantage exposés aux sévices du dérèglement climatique que les pays industrialisés. “Aidez-vous les pays du Sud en vous imposant cette veille ?" questionne Charline Schmerber : “Malsaine, cette culpabilité prive le patient d’une énergie qu'il pourrait investir ailleurs;”

Burn out militant

Témoin d’une planète qui suffoque, Maxence, 23 ans, est envahi par un sentiment d'étouffement, qu’exacerbe sa solitude, dans son école d’ingénieur, à Lyon : “quand on parle d’environnement autour de soi, on est vite classé dans la case écolo-relou”, soupire-t-il.

À chaque éco-anxieux son remède, répètent les psychologues. Le futur ingénieur a trouvé le sien : investi dans la rédaction d’un essai décryptant les mécanismes ayant conduit à l'urgence écologique, Maxence caresse l’espoir de le publier, pour partager son cheminement avec autrui. “Ça me donne un sentiment de contrôle”, explique Maxence, apaisé.

Mais pour Marie, 20 ans, l’anxiété est tout bonnement concomitante de son engagement écologique, fin 2018, lorsqu'elle découvrait le futur mouvement citoyen Youth for Climate, où elle milite depuis lors.

À défaut d’agir sur autrui, réduire son impact individuel n’est-il pas source d'apaisement ? "Pas du tout", répond Nice, d’Extinction Rébellion, végétarienne depuis cinq ans. Au contraire : “ça me stresse de ne pas être irréprochable”

Chez certains, l’action se révèle être une fuite en avant, conduisant à un “burn out” militant, explique Geneviève Beaulieu-Pelletier : “une fois entré dans un cycle d’anxiété, l’action devient négative. On est piégés dans une boucle : le patient agit pour conjurer sa détresse, mais constatant que cela a un impact limité, il agit encore, sans succès, et ainsi de suite.”
Habituellement, le militantisme demeure toutefois une démarche constructive”, explique la psychologue québécoise : “plus ce militantisme est vécu en communauté, plus il dilue la sensation d’impuissance par le nombre”.

L’enfer c’est pas les autres

C'est le ressenti qui anime Solène. “Ce qui apaise mon éco-anxiété, ce sont les autres”, constate-t-elle finalement dans un sourire.

Me rappeler que je ne suis pas seule : en manifestation, je réalise le nombre de ceux qui sont prêts à se battre pour sauver la planète. De lire des économistes, des philosophes, des journalistes, qui réfléchissent à de nouvelles façons de penser notre système. C’est une bouffée d’oxygène.”

Prix de la lucidité, l'éco-anxiété est une réaction adaptative et fonctionnelle dans un monde dysfonctionnel, estime Charline Schmerber.

Mais sur le thermomètre de nos inquiétudes, il y aurait selon elle un juste "degré'' à trouver : celui que cette thérapeute a elle-même jadis cherché, celui qui “permet de se remettre en mouvement. Et de se battre pour demain, sans sacrifier aujourd’hui. Car une seule temporalité demeure en notre pouvoir : c’est le présent”.

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Climat : Paris et d'autres grandes villes du monde appellent à la "mobilisation générale pour bâtir des sociétés écologiques et solidaires"

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 "Territoires les plus vulnérables face aux dérèglements climatiques, premières émettrices de gaz a effet de serre, les villes sont aussi en première ligne pour protéger leurs populations et leur santé", affirme "Le manifeste d'Abidjan pour le climat" signé par plusieurs grandes villes, dont Paris, à Abidjan samedi 2 juillet.

Un appel contre le dérèglement climatiques. Réunis à Abidjan, en Côte d'Ivoire, plusieurs dizaines de maires de grandes villes du monde ont appelé samedi 2 juillet à "la mobilisation générale" contre ce qui, selon eux, les affecte tout particulièrement.

"Territoires les plus vulnérables face aux dérèglements climatiques, premières émettrices de gaz a effet de serre, les villes sont aussi en première ligne pour protéger leurs populations et leur santé", affirme "Le manifeste d'Abidjan pour le climat", que les maires ont signé après la tenue de la première "COP des villes" dans la capitale économique ivoirienne.

Ils "réaffirment ensemble la nécessité absolue pour leurs populations d'une action climatique déterminée qui, à la fois anticipe les chocs et se conjugue avec des besoins sociaux toujours plus importants". Ils appellent en conséquence "à la mobilisation générale pour bâtir des sociétés écologiques et solidaires".

Pour y parvenir, ils s'engagent pour leur part "à accélérer leurs coopérations décentralisées dans le cadre de leurs jumelages, de leurs accords, ou via les programmes et les réseaux dont elles (les villes) sont membres, à les rendre 100% compatibles" avec l'Accord de Paris sur le climat qui prévoit la limitation du réchauffement climatique d'ici la fin du siècle "et à veiller à ce que tous les projets financés présentent des co-bénéfices pour le climat".
Prochaine COP27 en novembre

Ils s'engagent en outre "à publier régulièrement les résultats de leurs avancées et à venir les présenter lors de la journée des villes à la COP27". La COP (conférence des parties) désigne la réunion annuelle des Etats pour fixer les objectifs climatiques mondiaux. La prochaine COP dite COP27, est prévue à Charm el-Cheikh en Egypte en novembre.

Les signataires du manifeste d'Abidjan demandent également aux "Etats de reconnaître le rôle majeur, indispensable, des villes dans la mise en oeuvre d'un développement économique soutenable" et "d'augmenter de manière significative les budgets nationaux soutenant les investissements municipaux favorables au climat". Ils demandent aussi une aide internationale accrue et aux banques centrales et de développement "de faciliter l'accès direct aux financements des projets 'Climat-biodiversité' des villes".

Parmi les villes soutenant ce manifeste, figurent celles de Paris, Abidjan, Niamey, Montréal. Dans une intervention à la "COP des villes", Monique Olivier, présidente du comité exécutif de la ville de Montréal, a noté que la population des villes pourrait augmenter de "15% d'ici 2050".

Selon elle, "il faut être capable de repenser les espaces urbains" en prenant en compte leurs dimensions "écologique, économique et sociale", en coordination entre "élus et citoyens".

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