24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 06:36
Le monde sans foi, ni loi de la finance s'engage en faveur du climat

 

 

C'est l'histoire de satan qui se réveille un matin et qui se dit qu'il va donner des ronds à la fondation Brigitte Bardot. Voilà l'effet que ça me fait. De belles annonces, de belles promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent. Il est à rappeler que la finance mondiale est basée sur le capitalisme et la mondialisation, responsable et unique coupable du déréglement climatique et de l'effondrement de la biosphère.

 

La sphère financière veut réduire voire arrêter le financement du charbon, investir dans les énergies vertes, publier l'empreinte carbone de ses portefeuilles d'actifs... Les gansters en cravate ont multiplié les annonces en faveur du climat vendredi, mais les ONG se demandent légitimement si elles seront suivies d'effets.

 

A la tribune du «Climate finance day», forum financier organisé en vue de la COP21, la grande conférence internationale qui se tiendra à Paris en décembre, les interlocuteurs étaient formels: le monde financier a conscience de l'enjeu du réchauffement climatique et est prêt à assumer sa part de l'effort.

 

L'assureur Axa a ouvert le bal, son PDG annonçant une série de mesures, dont un retrait de ses investissements placés dans les entreprises les plus consommatrices de charbon à hauteur de 500 millions d'euros.

 

Dans le détail, l'assureur sortira du capital des compagnies minières dont plus de 50% du chiffre d'affaires provient du charbon et de celui des énergéticiens dont plus de 50% du chiffre d'affaires est issu de centrales à charbon.

 

Parallèlement, il s'est engagé à tripler ses investissements verts d'ici 2020 pour atteindre plus de 3 milliards d'euros.

La banque Crédit Agricole a également annoncé il y a quelques jours son souhait de stopper tout financement du charbon.

La Caisse des dépôts a pour sa part indiqué qu'elle allait publier l'empreinte carbone de toutes les entreprises dont elle est actionnaire -- en fait, toutes celles du CAC 40 -- et les inciter à réduire cette empreinte sous peine de retirer ses fonds. Elle consacrera également 15 milliards d'euros au financement de la transition énergétique entre 2014 et 2017 sous la forme de prêts aux collectivités locales et aux entreprises.

 

Pour Les Amis de la Terre, si ces annonces vont dans la bonne direction, la question qui se pose désormais est celle de la transparence, du suivi de l'engagement et de la vérification, indique à l'AFP Lucie Pinson, chargée de campagne au sein de l'ONG.

 

 

«C'est insuffisant pour l'instant mais si ça lance un signal, une dynamique pour le marché, c'est bien», estime-telle.

Les financements du charbon, responsable de 45% des émissions de gaz à effet de serre, proviennent pour plus de la moitié du marché, et non directement des banques, explique-t-elle.

Reste qu'en France, le premier créancier de cette énergie fossile, BNP Paribas, ne s'est pas engagé, souligne-t-elle, regrettant aussi le flou des critères des annonces faites par les acteurs financiers.

 

«Stopper le financement des énergies fossiles, qui représentent 75% de l'énergie, 95% des transports, n'est pas réaliste. La transition va se faire peu à peu et ces entreprises ont besoin de financements pour investir dans les énergies propres», objecte de son côté Abyd Karmali de Bank of America, banque américaine qui a également annoncé son intention de réduire son exposition au charbon.

 

Pour M. Karmali, il existe de réelles incitations pour le secteur à s'engager dans la finance verte. «Les marchés financiers commencent à se réorienter sérieusement vers le secteur, pour plusieurs raisons: le couple rendement/risque est orienté dans la bonne direction, grâce à la baisse des coûts des énergies renouvelables, au contexte favorable que créent les politiques mondiales et au développement de nouveaux produits».

 

En outre, selon Philippe Germa, le directeur général de WWF France, le secteur n'a pas le choix: «la finance est au cœur de nos attentes, elle doit comprendre que les choses vont changer».

Le problème, c'est qu'elle est structurée pour le court terme, alors que les besoins de l'écologie s'inscrivent dans le long terme, regrette-t-il.

 

Pour lui, les annonces du jour sont encourageantes, même si elles ne marquent que le démarrage d'une transition. «On espère que ce n'est pas du +greenwashing+, il va falloir maintenant travailler en profondeur avec eux».

 

La prochaine étape, décisive, restera l'éventuel accord des pays participant à la conférence sur le climat, sans lequel le secteur privé ne pourra pas faire grand-chose, selon lui.

Pour Thomas Vellacott, directeur général de WWF Suisse, cette conférence se prépare sous de meilleures auspices que les précédentes, justement du fait de l'adhésion unanime du secteur privé et financier.

 

 

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