Sauvez-moi ou crevez avec moi

Publié le par Notre Terre

Sauvez-moi ou crevez avec moi

On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé. "

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Un redémarrage vert après la pandémie

Publié le par Notre Terre

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   Le Covid-19 contraint des pays entiers au confinement, terrifie les citoyens de par le monde et provoque un effondrement des marchés financiers. La pandémie exige une réponse énergique et immédiate. Mais dans leur gestion de la crise, les gouvernements doivent aussi penser au long terme. Le pacte vert pour l’Europe annoncé par la Commission européenne constitue un plan d’orientation puissant, qui voit loin, et ouvre plusieurs voies par lesquelles venir en aide aux collectivités et aux entreprises les plus exposées à la crise actuelle.
     Le Covid-19 s’inscrit dans une tendance plus large : d’autres crises planétaires sont à venir. Si nous parvenons tant bien que mal à nous sortir de chaque nouvelle crise tout en conservant le modèle économique qui nous y a conduits, les chocs futurs finiront par dépasser les capacités de réponse des gouvernements, des institutions financières et des dirigeants d’entreprise. De fait, c’est déjà ce qui se passe avec la crise du coronavirus.
     En 1972, le Club de Rome lançait une semblable mise en garde avec la publication de son célèbre rapport, Halte à la croissance ? que suivait celle, en 1992, de Beyonds the Limits, rédigé par l’auteur principale du premier rapport, Donella Meadows. Comme Meadows nous en prévenait déjà, l’avenir de l’humanité ne se définira pas autour d’une seule urgence, mais au travers de crises nombreuses, différentes quoique liées les unes aux autres, résultant de notre inaptitude à organiser notre subsistance et notre activité de façon durable. En utilisant les ressources de la planète plus rapidement qu’elles ne peuvent se reconstituer et en répandant déchets et polluants plus vite qu’ils ne peuvent être absorbés, nous préparons nous-mêmes, depuis longtemps, la catastrophe.
     À l’échelle planétaire, toutes les espèces, tous les pays et toutes les questions géopolitiques sont en dernière instance interdépendantes. Une épidémie survenue en Chine, liée à l’apparition d’un nouveau coronavirus, peut avoir des effets dévastateurs dans le monde entier ; c’est de cela dont nous sommes aujourd’hui témoins. Pas plus que le Covid-19, le changement climatique, le déclin de la biodiversité ou les effondrements financiers ne respectent les frontières, qu’elles soient nationales, ou même physiques. Ces problèmes ne peuvent être surmontés que dans le cadre d’une action collective, menée longtemps avant que les crises ne se déclarent.
     La pandémie liée au coronavirus est un avertissement, qui nous enjoint à cesser d’outrepasser les limites de la planète. Car la déforestation, le déclin de la biodiversité et le changement climatique ne rendent que plus probables, pris ensemble, les pandémies. La déforestation conduit les animaux sauvages à se rapprocher des populations humaines, augmentant la probabilité que des virus zoonotiques comme le SARS-CoV2 franchissent la barrière des espèces. De même, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avertit que le réchauffement planétaire accélérera probablement l’émergence de nouveaux virus.
     Les gouvernements qui parviennent à contenir les épidémies suivent tacitement le même précepte : « Se conformer aux avis de la science et se préparer pour l’avenir. » Mais nous pouvons faire beaucoup mieux. Plutôt que de nous contenter de réagir aux catastrophes, nous pouvons utiliser la science pour concevoir des économies qui atténueront les menaces du changement climatique, du déclin de la biodiversité et des pandémies. Nous devons commencer à investir dans ce qui compte vraiment, en jetant les fondations d’une économie verte et circulaire, inspiré de solutions basées sur la nature et tournée vers le bien public.
     La crise du Covid-19 nous montre qu’il est possible de changer de modèle du jour au lendemain. Nous sommes tout à coup entrés dans un monde différent, avec une économie différente. Les gouvernements se précipitent au chevet de leurs citoyens, pour garantir à court terme leur protection économique et médicale. Mais nous avons aussi de bonnes raisons de penser que cette crise peut préparer la voie à un changement systémique mondial.
     Ainsi ne voyons-nous en revanche aucune bonne raison de ne pas cesser graduellement l’exploitation des carburants fossiles et de ne pas déployer les technologies des énergies renouvelables, dont la plupart sont désormais disponibles partout dans le monde et, dans de nombreux cas, déjà moins chères que les carburants fossiles. Avec la récente chute des prix du pétrole, les subventions qu’on s’obstine à allouer aux carburants fossiles peuvent et doivent être supprimées, comme le G7 et de nombreux pays d’Europe se sont engagés à le faire d’ici 2025.
     Le passage de l’agriculture industrielle à l’agriculture régénérative est aussi immédiatement réalisable ; il permettrait de séquestrer le carbone dans les sols à un taux suffisant pour inverser le cours de la crise climatique. En outre, agir de la sorte, permettrait de réaliser des bénéfices, de renforcer la résilience économique et environnementale, de créer des emplois, et d’améliorer le bien-être tant des collectivités rurales qu’urbaines.
     L’agriculture régénérative tient une place importante dans nombre de nouveaux modèles économiques que des édiles, dans des villes du monde entier, mettent à l’étude – tous étant fondés sur le principe qu’il nous faut vivre à l’intérieur de nos frontières planétaires. Comme l’affirme l’une d’entre nous, Kate Raworth, avec sa « théorie du donut », l’objectif devrait être la création d’un espace juste et sûr où nous pourrions satisfaire les besoins de l’humanité. En d’autres termes, nous devons œuvrer à l’intérieur des limites naturelles de la planète (la frontière extérieure du donut), tout en nous assurant que des populations marginalisées ne tombent pas en arrière (dans le trou du donut).
     Pour les responsables politiques qui affrontent la crise actuelle, le but devrait être de soutenir les revenus et l’emploi des citoyens en investissant dans les énergies renouvelables plutôt que dans les carburants fossiles. Il est temps maintenant de réorienter les dépenses effectuées au titre des subventions aux carburants fossiles, qui représentent chaque année 5 200 milliards de dollars, vers la construction d’infrastructures vertes, la reforestation et l’investissement dans une économie plus sobre en carbone, plus régénérative, mieux partagée et plus circulaire.
     Les humains sont résilients et entreprenants. Nous sommes parfaitement capables de recommencer. Si nous apprenons de nos échecs, nous pouvons construire un avenir meilleur, qui nous attend encore. Saisissons ce moment de crise comme une opportunité pour commencer à investir dans la résilience, la prospérité partagée, le bien-être et la santé de la planète. Nous avons depuis longtemps dépassé nos limites naturelles ; il est temps d’essayer quelque chose de nouveau.
 
 
 
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"Je rêve que ce virus soit le point de butée où trébuche notre civilisation du déni permanent"

Publié le par Notre Terre

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Voici un très beau texte de l'écrivain Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 que j'ai le plaisir de vous partager ici :

 

Aujourd’hui, nous vivons un moment historique, cruel comme une rafle, qui laissera des plaies, et modifie de fait notre appréhension du monde. L’heure n’est pas à la désignation des responsables, ni à la colère. Quelques imbéciles s’embrassent encore en pleine rue, croyant que leur bêtise est du courage, qu’une accolade est un maquis, mais on peut être certain que très vite, nous ferons corps, nous tiendrons bon, surmonterons le cours habituel de nos paresses et de nos dissensions pour faire face. Nous sommes un peuple ancien, ni meilleur ni pire qu’un autre, qui se sait une histoire partagée et éprouve aujourd’hui avec une évidence renouvelée la communauté de destin qui le traverse.

Pour cette fois, il est en partie trop tard. Dans six mois, des statistiques nous renseigneront avec leur froide précision sur ce qui aura été vécu. Les autorités, actuellement médusées, auront alors tout compris. Rien ne se prévoit mieux que le passé. On tirera les leçons de nos maux, relativisant les pertes et les coûts. À défaut d’être tous morts, nous aurons tous été frappés. Le retour à la normale se fera dans un soupir, quelques têtes tomberont, nous serons les vétérans de cette guerre. La vie reprendra alors telle quelle. Et c’est encore le plus triste.

Car rien ne serait pire qu’un retour à la normale.

 

Si demain, nous revenons à notre aveugle train-train, primat du marché, sentiment de présent perpétuel, environnementalisme de façade, la prochaine crise nous trouvera aussi sots, aussi démunis.

 Nous faisons aujourd’hui l’expérience à moindres frais de nos fragilités. Si demain, nous revenons à notre aveugle train-train, primat du marché, sentiment de présent perpétuel, environnementalisme de façade, grand remplacement de la raison par les affects, assassinat permanent de la langue, la prochaine crise nous trouvera aussi sots, aussi démunis. Je rêve que ce virus soit le point de butée où trébuche notre civilisation du déni permanent; qu’enfin nous regardions les choses en face et constations notre échec. Ce monde que nous avons fabriqué, dans ses détails comme dans son déploiement, n’est pas viable. D’autres raz-de-marée sont à prévoir. Tout est à refaire.

Nicolas Mathieu, Prix Goncourt 2018,

Publié dans Divers (Hors sujet)

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Le printemps 2020 ne sera peut être pas silencieux

Publié le par Notre Terre

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Dans le cadre du confinement sanitaire lié au coronavirus, la Nature dans sa grande bonté, nous offre un concert à nos balcons. On écoute à nouveau les oiseaux distinctement à Paris, et dans les autres villes de France en ce moment. C’est le grand paradoxe de cette période de confinement, que de nous faire entendre ce qui est en train de disparaître.

Je voulais ici mettre à nouveau en lumière les effets positifs de ce virus qui offre pour la première fois depuis le début de l'ère industrielle, un véritable répit pour la planète :

- La Chine a décrété l'interdiction de la détention et de la consommation d'animaux sauvages, suite aux fortes suspicions qui pèsent autour de virus que porteraient le pangolin ou la chauve souris.

- Les chasseurs ne peuvent plus sortir, cons finis, euh confinés qu'ils sont.

- Des villes touristiques comme Venise revoient les poissons qui avaient déserté la lagune vénète, les eaux redeviennent claires.

- Le nord de l'Italie, extrêmement pollué et industrialisé respire à nouveau. La chute du CO2 est visible de l'espace, idem en Chine pour la région du Huwan. Les adolescents n'avaient jamais vu le ciel bleu en journée et le ciel étoilé la nuit.

- Le trafic aérien a chuté de plus de 10%, on peut enfin admirer le ciel sans ses traînés chimiques vaporeuses. Le transport aérien représente 4% des émissions de Co2 dans le monde.

-Coup de gel également pour les travaux publics : des travaux de bétonisation, de lotissements dans les champs, de divers projets routiers ou autoroutiers sont à l'arrêt ou fortement ralentis. Sous des formes diverses, un chantier de travaux publics a des impacts sur l’environnement. On peut citer notamment des effets tels que le bouleversement des paysages, les nuisances sonores, les émissions de poussières, les actions sur les sols et l’eau, la production de déchets, la consommation de matériaux naturels et d’énergie.

- Le commerce mondial fortement ralenti du fait des fermetures de frontières de la quasi totalité des pays.

Ce virus qui certes a causé de nombreux morts a le mérite de soulager notre pauvre planète au bord du gouffre. Il intervient dans un contexte où nos dirigeants politiques et où les industriels étaient emplis de bons sentiments à l'égard de la Nature mais où personne n'agissait. L'humanité avait besoin d'un recadrage, elle qui dévore tout, elle qui détruit tout, se voit paralysée par un ennemi invisible.

Que chacune et chacun en tire des leçons d'humilité et de respect.

Publié dans Les bonnes nouvelles

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Dans la Creuse, une rivière renaît après des années de pollution

Publié le par Notre Terre

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Jusqu’aux années 1960, la Brézentine est un paradis des pêcheurs et des baigneurs. Puis s’installe une usine d’équarrissage et la rivière agonise. Le journaliste Olivier Nouaillas raconte, dans un livre, comment l’engagement collectif a sauvé la rivière de son enfance.

Ce livre n’aurait jamais dû être publié. Non pas qu’il manque d’intérêt. Il est au contraire passionnant. Mais son sujet est tellement mince, minuscule, que l’on imagine que convaincre un éditeur de publier le manuscrit n’a pas dû être aisé. Peut-être la qualité de l’auteur, journaliste à l’hebdomadaire La Vie , a-t-elle facilité les négociations.
Dans le livre alerte et empreint d’humanité il est question d’un cours d’eau. Pas d’un de ces fleuves interminables et hautains dont on parle dans les livres de géographie, mais d’une rivière anonyme parmi les 125.000 cours d’eau recensés en France, la Brézentine.

Qui connait la Brézentine ? Ses eaux courent dans un coin perdu de la Creuse pour se jeter dans la Sédelle laquelle rejoint ensuite la Creuse avant de se jeter dans la Vienne puis dans la Loire et au final dans l’océan Atlantique, du côté de Saint-Nazaire.
Olivier Nouaillas nous amène en ballade le long de la Brézentine. Pourquoi elle ? Parce qu’il la fréquente depuis que tout gamin en culottes courtes son grand-père l’amenait taquiner le goujon. Depuis, il y retourne régulièrement en vacances avec femme et enfants. La rivière et lui sont devenus des amis inséparables. Au fil de ses pérégrinations il a fini par en dénicher la source – ou plutôt les sources – en bordure d’un bois et à identifier le lieu où elle se jette – ô combien paisiblement – dans la Sédelle. Entre les deux extrémités, que de choses à raconter !

Une balade teintée de nostalgie et tissée de rencontres humaines.
Longer la Brézentine, cheminer à ses côtés, ce n’est pas descendre l’Amazone ou le Nil. Bordé de champs, de bois et de taillis, avec une poignée de villages à proximité, le cours de la rivière ne dépasse pas 24 kilomètres. Il est à taille humaine. Mais quelle aventure ! Une aventure au final apaisante pour le lecteur, teintée de nostalgie et tissée de rencontres humaines propices à la remontée de souvenirs d’enfance pour l’auteur. Il est question d’observations sur les plantes qui y poussent, les oiseaux et les poissons qui y vivent – plus ou moins bien. On y croise des agriculteurs vigilants. Et des néo-ruraux tombés amoureux de ce coin perdu de la France.

Nouaillas a beaucoup à nous faire partager. Vagabonder le long de la Brézentine est pour lui l’occasion de parler de tout et de rien, des ragondins qui, importés d’Amérique du nord il y a plus d’un siècle, se sont trop bien acclimatés dans la Creuse (mais pas que là), d’un oiseau aux teintes multicolores, le guêpier d’Europe, apparu à la faveur du changement climatique, des efforts d’une poignée d’agriculteurs pour se libérer du modèle agro-industriel…
Une histoire domine cette promenade : celle du combat menée entre les années 70 et 90 par les riverains pour contraindre une entreprise d’équarrissage à ne plus déverser ses eaux usées dans la fragile Brézentine transformée en un cimetière à poissons crevés et en une zone pestilentielle. Plus de vingt ans de bagarres et de mobilisation, de réunions publiques houleuses, de campagnes de presse, de pétitions et de rencontres à la préfecture… L’auteur, que sa qualité de journaliste parisien en charge de l’environnement dans son hebdomadaire désignait pour être le porte-parole de la contestation, n’en est pas sorti indemne. Des menaces hargneuses proférées à son encontre il y a plus de vingt ans, le journaliste, non violent et imprégné de christianisme social, a conservé une blessure.

Goujons, vairons, perches, ablettes, gardons barbotent dans les eaux du ruisseau
Il n’empêche : l’usine a fini par se mettre en conformité avec les règlements et les rejets ont cessé. Du coup, la qualité des eaux de la Brézentine s’améliore, favorisée il est vrai par la signature d’un « contrat de rivière » conclu entre l’État, les collectivités territoriales et les acteurs locaux. Goujons, spirlins, vairons, chevesnes, perches, ablettes, gardons barbotent dans les eaux du ruisseau. Les moules ont refait leur apparition. Même les truites fario que l’on croyait disparues sont au rendez-vous. « Les espèces de poissons reviennent. Il y en a treize aujourd’hui contre neuf il y a vingt ans », résume Olivier Nouaillas.
Tout n’est pas gagné. La vaillante Brézentine doit composer avec les systèmes d’assainissement des eaux usées qui laissent à désirer, les traitements phytosanitaires mortifères, les épandages agricoles sauvages. Le mauvais entretien des étangs où prolifèrent les espèces invasives (la jussie, l’écrevisse américaine) vient s’y ajouter. La reconquête est loin d’être terminée. Pourtant, le livre refermé, l’envie prend le lecteur d’aller découvrir ce paradis où coule la douce Brézentine.


Source : reporterre.net

Publié dans Les bonnes nouvelles

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