Le maïs monsanto dans la tourmente

Publié le par Gerome

PARIS-PROVINCE.--Par Jean-Claude Guillebaud, rédacteur en chef de Sud Ouest Dimanche

Et si les faucheurs avaient raison ?

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Dans le brouhaha de la précampagne électorale, fin mai, l'information est d'abord passée inaperçue. Ou presque. Elle nous venait d'Allemagne et concernait les OGM. Nos voisins allemands, en effet, ont pris la décision d'interdire jusqu'à nouvel ordre le maïs MON810 de la firme Monsanto, maïs dont on vient de découvrir qu'il secrétait des toxines en quantités imprévues. Une quantité potentiellement dangereuse. Cette découverte est d'autant plus alarmante que, chez nous, en France, plus de 50 000 hectares de cet OGM devaient être semés cet année, ou l'ont déjà été.
Alain Juppé, nouveau ministre de l'Ecologie, sensibilisé par son séjour au Québec, a aussitôt fait savoir qu'il « envisageait » d'agir comme les Allemands, en suspendant provisoirement au moins l'utilisation du maïs MON810.

Dans les milieux proches du gouvernement, cette annonce a semé une certaine confusion tant et si bien que le maire de Bordeaux a semblé faire machine arrière. Sa collègue du gouvernement, Christine Lagarde, en charge de l'agriculture, se faisant la porte-parole des semenciers et des utilisateurs d'OGM, a aussitôt réagi en mettant en garde contre une décision trop radicale. Le Premier ministre sera sans doute contraint d'arbitrer. Dans tous les cas, la question des OGM va rebondir. Pourquoi ? Parce qu'une telle découverte allemande vient spectaculairement conforter le point de vue des écologistes, voire celui des « faucheurs volontaires ».

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Le discours intrépide, comme celui de Claude Allègre ou de François Ewald, qui fustigeait lesdits écolos en les traitant d'obscurantistes, d'adversaires du progrès ou d'agitateurs quasi délinquants, vient de perdre, quant à lui, une bonne partie de sa pertinence.
 
L
e cas du maïs MON810 apporte tout de même la preuve que les études de risques, les expériences confinées, les analyses de résultats n'ont pas été menées avec une rigueur suffisante. Or, c'est ce que répètent depuis des années les écologistes. C'est ce qui pousse les « faucheurs » à transgresser la loi au risque d'être pénalement condamnés.
 
Durant la dernière décennie, on est allé beaucoup trop vite dans cette course aux OGM. Les intérêts financiers étaient si considérables qu'on a préféré rester sourds à certaines mises en garde, y compris quand elles émanaient de chercheurs ou d'agronomes spécialisés. Ces derniers ne criaient pas tous au loup. Mais ils recommandaient la prudence, c'est-à-dire l'application du principe de précaution. Bien sûr, il est tout à fait possible que la preuve soit un jour apportée du caractère non dangereux des OGM. Force est de constater que ce n'est pas encore le cas. Pour l'instant, un doute demeure. Un gros doute. Y compris sur les méthodes utilisées par les grosses firmes.

Quand on s'intéresse à l'histoire de cette innovation biotechnologique, on comprend pourquoi. En fait, la promotion de ces semences aux Etats-Unis, au Canada, puis en Europe a été conduite comme une véritable offensive durant laquelle tous les moyens de pression, de lobbying, de propagande ont été utilisés. Dans cette affaire, il est vrai, la multinationale Monsanto jouait tout son développement et peut-être même sa survie. D'où la tentation pour elle de minimiser les objections, de faire taire les critiques, d'enterrer les études les plus alarmantes (celles de Greenpace, par exemple).
Il s'agissait, avant tout, d'une course de vitesse pour conquérir le marché mondial des semences. Dans cette folle galopade, les critiques et l'invocation du principe de précaution paraissaient incongrues, pour ne pas dire irresponsables. Voilà donc ladite « précaution » qui réapparaît de l'autre côté du Rhin. On ne s'en plaindra pas.

« Le cas du maïs MON810 apporte la preuve que les études de risques n'ont pas été menées avec une rigueur suffisante »



Publié dans OGM j'en veux pas!

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