Travailler dans l'économie verte

Publié le par Gerome

Voici une interview très intéressante et instructive de Jean Marc Nollet. Homme politique belge, il est le chef du groupe Ecolo à la Chambre des Représentants de Belgique. Il explique de façon claire et précise les avantages à investir massivement dans l'économie verte....Pour ceux que ça intéresse, il donne des exemples concrets de secteurs porteurs.
Interview receuillie sur le site belge Télémoustique.....et à lire jusqu'au bout!




Tous les spécialistes s'accordent: directement ou indirectement, la nouvelle économie verte liée au réchauffement climatique et à la gestion de notre environnement sera le plus grand pourvoyeur de jobs.

Et elle concernera toutes les strates du travail: du hautement au faiblement qualifi é, des techniciens aux juristes, du scientifi que au service, du non-marchand au commercial. Député fédéral Ecolo, Jean-Marc Nollet en a fait sa spécialité: il a étudié l'impact possible de l'économie environnementale sur l'emploi.

"L'économie environnementale peut massivement créer de l'emploi. Et rapidement: dans les 5 ou 10 ans à venir. Je dis bien "peut" parce qu'on peut aussi louper le coche si on ne s'y engage pas très vite. En investissant lourdement dans la recherche et développement qui, en aval, créera beaucoup de débouchés. Plus question de tergiverser!"

Quels seront ces emplois "verts"?


JEAN-MARC NOLLET. - Les technologies vertes seront aux années 2010-2020 ce que les technologies de la télécommunication ont été aux années 1990-2000. Elles vont s'insinuer partout dans notre vie, donc auront besoin de cerveaux et de bras. Mais deux secteurs essentiels seront de gros pourvoyeurs d'emplois. Le bâtiment et les déplacements.

Dans le bâtiment, il y a un gigantesque chantier: l'isolation des constructions existantes.


J.-M.N. - C'est le plus grand chantier le plus immédiat. C'est en isolant mieux les bâtiments qu'on fera le plus d'économies d'énergie. Tout le monde va y passer. Et là, il y a toute la palette des métiers: de l'ouvrier à l'ingénieur qui calcule l'isolation. Donc les jeunes peuvent foncer sur cette filière. Il y a de l'emploi pour les 20 ans à venir. Dans le même souci, ça ne sert à rien d'isoler une toiture si la chaleur part par les fenêtres. Les métiers du verre isolant ont un grand avenir: de la conception à la pose. Aujourd'hui, seulement un tiers des maisons en Wallonie sont équipées du double ou du triple vitrage.

Il y a aussi le secteur des nouvelles constructions "vertes", à très haute effi cacité énergétique.


J.-M.N. - Oui. Et tous les métiers du bâtiment sont concernés: architecture, gros oeuvre, chauffage, électricité et sanitaire vont muter vers les matériaux et techniques écologiques. La Région wallonne vient d'imposer la pose de panneaux solaires pour toute nouvelle construction à partir de 2008. C'est un gros créneau, parce qu'il faut les installer, mais aussi les entretenir et les réparer.


Et ce n'est qu'un début. Ça peut aller jusqu'à la maison "passive", qui ne consomme quasiment pas d'énergie. Un créneau vaste s'ouvre dans les systèmes énergétiques très basse consommation. Tant dans la recherche que dans l'installation: photovoltaïque, solaire thermique, pompes à chaleur, climatisation. Tout ça suppose qu'on aura besoin de scientifi ques, de techniciens ou de commerciaux pour ces marchés nouveaux.

Des tuyaux?


J.-M.N. - La filière menuiserie-charpenterie. Les maisons à ossature en bois, qui sont beaucoup moins énergivores, vont se démultiplier. Toute une fi lière d'emplois s'ouvre sur le bois, des ingénieurs concepteurs aux techniciens en atelier ou sur chantier. La géothermie, aussi: on va aller chercher la chaleur dans le sol.

L'autre grand secteur de l'emploi "vert", ce sont les déplacements?


J.-M.N. - Et ça concerne une palette très diversifi ée de métiers. Les chercheurs vont rendre les véhicules plus propres, plus aérodynamiques, plus légers. Mais où les nouveaux modes de déplacement vont être très porteurs d'emplois, c'est évidemment dans le transport en commun. Un petit tuyau pour ceux qui aiment ça: passer un permis bateau. Le transport fl uvial des marchandises va exploser!

Au niveau de la recherche s'ouvrent aussi tous les métiers liés aux nouvelles technologies vertes.


J.-M.N. - C'est évidemment très large mais, pour les scientifiques, il y a par exemple le secteur du "biomimétisme": imiter la nature pour régler nos problèmes. Savez-vous quelle est la plus grande cellule photovoltaïque sur terre? Les feuilles des arbres! On s'en inspire pour améliorer les panneaux solaires.

L'économie verte, ce n'est pas que l'efficacité énergétique. Il faudra remplacer les dérivés du pétrole.


J.-M.N. - La "chimie verte" a un énorme avenir. Notamment le "bioplastique". On peut développer des plastiques aussi résistants sur base de fibres végétales. Je crois beaucoup en ces petites entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies vertes qui doivent se créer, notamment avec l'aide des universités. En aval, elles vont créer des emplois quand il s'agira de fabriquer et distribuer ces nouveaux produits. C'est pour ça qu'il est indispensable d'investir en recherche et développement. J'invite les jeunes à se lancer vers des études scientifiques, qu'ils deviennent ingénieurs ou bacheliers. Il y aura de l'emploi.

Autre grand défi : la gestion des déchets.


J.-M.N. - Ils doivent non seulement être gérés, mais ils deviennent aussi une matière première! 50 % de nos déchets ménagers sont composés de matières organiques qui peuvent être utilisées en biomasse pour produire de l'énergie. Mais les déchets de l'industrie et, en général, de la consommation, peuvent aussi devenir des atouts. On peut créer des zonings où le déchet d'une entreprise devient la matière première de l'entreprise suivante. Les déchets sidérurgiques et automobiles, par exemple, peuvent faire fonctionner trois à quatre entreprises en cascade. Il y a moyen de développer énormément d'emplois autour de la collecte et de la réutilisation des déchets. Des emplois ultra-diversifi és: du manuel sans formation à l'ingénieur chimiste.

Existe-t-il des fi lières plus spécifiques à la Wallonie?


J.-M.N. - La Wallonie est couverte d'anciens sites industriels désaffectés: plus de 500 friches qui devront être assainies. Là, on a chiffré les besoins à 3.000 emplois de toutes sortes. Le secteur de l'eau, aussi: gestion adéquate de cette richesse, mais aussi épuration. Et puis il y a l'agriculture biologique, où on n'est nulle part, contrairement à la Flandre. Les produits bio sont importés de l'étranger. Ce qui est un non-sens.

On parle beaucoup des écoconseillers.


J.-M.N. - Toute activité devra se concevoir de manière écologique. Le public comme le privé auront donc besoin d'une écoconsultance. Et donc d'éconconseillers (1). Mais je pense surtout que beaucoup de métiers devront se concevoir avec une écoformation en complément à la formation de base (2). C'est comme les langues ou l'informatique: ceux qui n'auront pas complété leur cursus par une formation environnementale seront moins bardés.

Peut-on chiffrer les nouveaux emplois verts?


J.-M.N. - Au total, pour la Wallonie et Bruxelles, on peut créer 100.000 emplois d'ici 2010- 2012 (et 150.000 en Flandre). Mais attention! Je ne veux pas jouer mon Verhofstadt! Il y aura des glissements d'emplois de l'économie classique vers l'économie verte. Mes chiffres comprennent aussi l'aide aux personnes, le non-marchand, qui va se développer avec le vieillissement de la population et la fl exibilité du marché du travail. Et puis ces chiffres seront valables si on prend vraiment le taureau par les cornes!


Publié dans Nature

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