En France, les énergies renouvelables essaient de se faire une petite place au soleil

Publié le par Gerome

Alors que plusieurs spécialistes annoncent une montée en puissance des énergies renouvelables dans le monde, la France devrait poursuivre sur la voie du nucléaire...

Depuis la catastrophe de Fukushima, le nucléaire n'en finit plus de faire débat. La Suisse a annoncé mercredi 25 mai qu'elle arrêterait progressivement ses cinq centrales entre 2019 et 2034. Au début du mois, le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat) estimait dans un rapport qu’il serait «plus probable d’assister d’ici à 2050 à une vraie montée en puissance des énergies renouvelables qu’à un scénario qui privilégierait le nucléaire.»

«Un potentiel immense en France»

En France, la situation est un peu plus compliquée. Avec 19 centrales et 58 réacteurs, le nucléaire représente 74,1% de la production électrique nationale. L'objectif concernant les énergies renouvelables (ENR) n'a pas bougé depuis la loi Grenelle 2, à savoir les amener à 23% de la production énergétique en 2020, contre environ 14% aujourd'hui. Dans son scénario le plus ambitieux, le Giec estime pourtant que les ENR pourraient peser jusqu'à 80% de la production énergétique mondiale en 2050.

 

«Tout est une question de volonté politique», estime Richard Loyen, délégué général d'Enerplan, regroupement de différents professionnels du photovoltaïque. «Le parc photovoltaïque en France pèse au 31 mars 1.146 mégawatts (MW). Soit l’équivalent d’une centrale nucléaire. L'Allemagne en est déjà à 14.000 MW, dont 8.000 installés l’année dernière. Et elle a pour objectif 52.000 MW en 2020, ce qui devrait pouvoir couvrir les besoins du pays entier durant les périodes de moindre consommation. En France le potentiel est immense, mais le nouveau cadre réglementaire décidé par l’Etat limite fortement cette ambition.»


Le secteur du photovoltaïque «a connu une courbe exponentielle ces dernières années, rappelle David Marchal, adjoint au chef de service Réseaux et Energies Renouvelables de l'Ademe. Le gouvernement a souhaité contenir cette montée en puissance et la bulle spéculative qui s'était formée autour des grands projets de centrales. Le but était aussi d’éviter un déploiement anarchique des grosses installations, qui peuvent avoir des impacts sur le paysage et entrer en concurrence avec d'autres besoins, comme l'agriculture. C’est pourquoi d’ailleurs l'Ademe privilégie les projets sur d’anciens sites pollués, des friches industrielles… La puissance installée pour les centrales photovoltaïques sera désormais limitée à 500 MW par an. Malgré ces restrictions, qui ont eu un impact sur les professionnels du secteur, nous devrions arriver sans difficulté aux objectifs du Grenelle de 5.400 MW en 2020.»

 


Un minimum de cinq éoliennes pour chaque projet


L'impact paysager. Voilà qui suscite également de nombreux débats à propos de l'éolien. Les ambitions dans ce secteur sont un peu plus élevées, puisque l'objectif est d'atteindre 25.000 MW en 2020, soit un peu moins de 10% de la fabrication d'électricité en France, contre 6.000 MW installés à ce jour. «Nous avons parcouru beaucoup de chemin depuis quelques années, néanmoins nous sommes légèrement en retard par rapport à nos prévisions pour 2012, précise David Marchal.

 

Cela en partie en raison du nouveau cadre réglementaire issu de la loi Grenelle 2, qui impose désormais un minimum de cinq éoliennes et des démarches administratives lourdes pour tout nouveau projet, ce qui restreint de plus en plus le marché aux gros porteurs de projets. Les délais d'installation des éoliennes ont également tendance à s'alourdir, en partie dans le but d'intégrer une phase de concertation locale, afin d'éviter au maximum le rejet par les populations. Les phases de concertation permettent d'aboutir à la définition de zones propices au développement de l'éolien (ZDE), en minimisant les impacts sonores et paysagers.»


Pour EDF le nucléaire fournira toujours 80% de l'énergie en France en 2020


David Marchal explique que «ces éoliennes produisent en moyenne une puissance de 2 MW (soit une puissance de 6.000 MW pour l'ensemble du parc éolien du pays), mais en raison de la configuration des vents en France, elles ne fonctionnent en réalité que 25% du temps. C’est pourquoi nous regardons avec beaucoup d’intérêt l’éolien off-shore, où là la puissance est portée à 5 MW par mât. Cinq sites au large de la Manche, la Mer du Nord et l’Atlantique, ont été retenus dans le premier appel à projets de l’Etat, qui doit être lancé avant l’été et porte sur une puissance totale de 3.000 MW. Le problème de l’éolien off-shore est qu’on ne peut l’installer que dans des zones maritimes peu profondes, 40 mètres maximum. Mais d’ici à 2020-2030 cette difficulté sera certainement réglée grâce à l'émergence des éoliennes flottantes sur les mers.»


«Si l’on prend en compte une baisse de nos consommations et du coût des ENR, un déploiement de l’éolien off-shore et du photovoltaïque, les ENR pourraient très bien fournir 100% de l'énergie» en France voire en Europe d’ici à un demi-siècle, estime Richard Loyen. Mais pour l’instant la France reste focalisée sur le nucléaire. Henri Proglio, PDG d’EDF, a annoncé cette semaine que selon lui, la part du nucléaire resterait stable ces prochaines années, aux alentours des 80% de la production énergétique française.

 

 


Publié dans Nature

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