28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 13:13

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INTERVIEW - A 80 ans, la scientifique britannique n’a pas perdu l’espoir de préserver notre planète…

Lorsque Jane Goodall vous reçoit à Paris, c’est entre un rendez-vous avec Nicolas Hulot et un avion pour l’Australie. «Cette année tout le monde veut fêter mon anniversaire», s’amuse l’octogénaire, en pleine forme malgré ses quelque 300 jours de voyage par an. Après cinquante-cinq années de recherche sur les chimpanzés en Tanzanie, des distinctions scientifiques à la pelle et les honneurs des Nations Unies qui l’ont nommée «Messagère pour la paix», la primatologue s’engage aujourd’hui pour la protection de l’environnement avec l’Institut qui porte son nom.

Comment êtes-vous passée de la recherche en primatologie à l’engagement écologique?

Ce qui a provoqué mon activisme pour la planète, c’est la chute du nombre de chimpanzés et la destruction des forêts. J’ai appris au contact des chimpanzés que nous faisons partie du règne animal et que nous leur ressemblons beaucoup d’un point de vue biologique. La seule différence est l’explosion de notre intelligence. Certes, les chimpanzés peuvent parler la langue des signes, utiliser des tablettes, résoudre des problèmes mathématiques… mais nous, nous avons envoyé une navette spatiale sur Mars! On ne peut pas comparer ces deux intelligences, mais alors comment se fait-il que ce soit l’espèce la plus intelligente qui soit en train de détruire la planète?….

Vous vous êtes entretenue avec Nicolas Hulot au sujet de la conférence des Nations unies sur le climat qui aura lieu à Paris en 2015. Quel rôle allez-vous y jouer?

Notre idée est de rassembler, avant le sommet, les personnes d’influence que nous connaissons pour élaborer une stratégie. Même s’ils ne mènent pas à grand-chose, ces sommets ont quand même permis de constituer un groupe de scientifiques, le Giec, qui publie des rapports révélant la réalité du changement climatique. J’aimerais que le prochain sommet mène à des actions et pas seulement à des paroles. Aujourd’hui nous n’avons plus le temps de tergiverser, c’est pour ça que je voyage tout le temps et que je ne peux pas prendre ma retraite!

Vous avez adressé un courrier à Air France pour leur demander de ne plus transporter de singes vers les laboratoires. Avez-vous obtenu une réponse?

Je n’ai pas eu de réponse directe de leur part. Air France est la seule compagnie aérienne qui transporte encore des primates pour la recherche, et je sais ce que cela représente en termes de souffrance. On me répond souvent qu’empêcher les recherches sur les primates revient à freiner les progrès scientifiques et condamner des gens à souffrir, mais c’est faux. Il faut trouver des méthodes de recherche scientifique plus sûres et moins chères et se comporter de manière plus éthique. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas les seuls à avoir des sentiments.

Après des décennies de recherche et de militantisme, comment faites-vous pour garder l’espoir?

On peut encore sauver la planète si on agit rapidement. Chacun peut agir, par exemple lorsqu’on achète quelque chose, on peut se demander: est-ce que ça détruit l’environnement, est-ce qu’un animal a souffert, est-ce que ça pourrait venir de moins loin… Nous nous plaignons des politiques, mais c’est nous qui les élisons. Nous blâmons les grandes entreprises, mais nous achetons leurs produits. Chacun de nous doit porter sa part des responsabilités.


Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Published by Notre Terre - dans Nature
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