5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 22:42

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En quelques mois, alors que la RDA se délitait, une poignée de militants se sont mobilisés pour la doter d'un ambitieux programme de parcs nationaux et réserves, qui permet à l'est de l'Allemagne d'afficher aujourd'hui une impressionnante bio-diversité.


La Schorfheide, à 80 km au nord-est de Berlin, est l'une de ces zones priviligiées. Y vivent «8% des couvées d'aigles pomarin du pays, c'est l'endroit d'Allemagne avec le plus de libellules», se réjouit Martin Flade, directeur de la réserve de biosphère Schorfheide-Chorin.

Jusqu'en 1989, ses 1.300 kilomètres carrés servaient de réserve de chasse aux cadres du parti communiste (SED) au pouvoir en Allemagne de l'Est. Les habitants de la région n'y avaient pas accès. Erich Honecker, qui dirigeait la RDA, y amenait ses invités, souvent étrangers, raconte M. Flade, exhibant des photos du secrétaire général du SED devant des rangées de cadavres de cervidés.


L'Ouest avait beau se complaire dans l'image d'une RDA polluée par l'industrie chimique, l'Allemagne de l'Est comptait de vastes territoires de nature préservée et son lot d'activistes environnementaux. L'engagement pour la nature, toléré car «en apparence pas subversif», rapelle M. Flade, était un refuge pour beaucoup de critiques du régime.

Dans les mois qui ont suivi la chute du Mur, le 9 novembre 1989, ces activistes avaient une fenêtre de tir étroite pour s'assurer que la nature ne serait pas la grande perdante du bouleversement politique en cours.


- «Chance historique» -


«Ils y travaillaient depuis des années, et ils ont utilisé une chance historique», se souvient Gabriel Schwaderer, président de l'association de protection de l'environnement Euronatur.

Lors de son tout dernier conseil des ministres, le 12 septembre 1990, le dernier gouvernement d'une RDA, en état de mort clinique, a validé la création de parcs et réserves représentant 4,5% de la surface de la république communiste. Anciens domaines de chasse mais aussi terrains d'essais militaires délaissés en faisaient partie.


Le contrat de Réunification, signé le 3 octobre 1990, a repris à son compte la création de ces espaces.

Les artisans du projet, le dernier ministre de l'Environnement de RDA en tête, avaient les mains libres: dans la masse de problèmes à régler, la protection de la nature n'était pas la priorité. Ils purent ainsi faire passer des règlements très contraignants pour les territoires concernés.

«Aujourd'hui on n'arriverait plus à imposer des choses comme ça», reconnaît M. Flade, car des intérêts économiques ou des considérations de politique locale prévaudraient, selon lui.


A Schorfheide-Chorin, les statuts prévoient qu'à terme toute l'agriculture de la zone soit bio. Ailleurs, ont cours de strictes interdictions de construire ou des exigences drastiques dans la gestion des espaces forestiers. Résultat, «la nature est beaucoup plus riche à l'Est qu'à l'Ouest, encore aujourd'hui», selon M. Schwaderer.


- Ceinture verte -


Les lacs se sont remis des dégâts causés par l'industrie chimique et de la pisciculture à outrance. Venant d'ex-RDA, certaines espèces comme les castors ont refait leur apparition à l'Ouest. Récemment un élan s'est égaré dans un immeuble de bureau à Dresde...

Le Rideau de fer, qui a divisé l'Allemagne 40 ans durant, a été pour la nature «une aubaine», explique Burkhard Vogel, directeur de l'antenne de Thuringe de l'association de protection de l'environnement Bund.

Sécurisée de part et d'autre, la zone tampon entre les deux Allemagne était, et est toujours, un refuge pour nombre d'espèces.


«Dès les années 70 les activistes de Bund en RFA observaient cette zone à la jumelle et voyaient qu'il y avait par exemple des biotopes pour les tariers des prés comme nous n'en avions plus depuis longtemps», raconte M. Schwaderer.

Dès la Chute du Mur, en marge du programme de création des parcs nationaux, Bund s'est mobilisée pour préserver cet espace, sous le nom de «Ceinture verte», d'abord allemande puis européenne.

Aujourd'hui la «Ceinture verte», espace protégé, court sur 12.500 kilomètres et passe dans 24 pays.


Mais la fin du communisme a eu aussi des effets négatifs pour la nature, tempère M. Vogel. «En dehors des espaces protégés la situation a même empiré», regrette-t-il, dénonçant la construction à grande échelle d'infrastructures routières qui étaient restées peu développées à l'Est.

 

AFP

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