Pauvreté, climat: la Banque mondiale veut exister face aux pays émergents

Publié le par Gerome

Réchauffement climatique, nouvel agenda sur la pauvreté: la Banque mondiale (BM) se démène pour prouver son utilité à l'heure où son rôle semble contesté par les puissances émergentes, Chine en tête.

Recouvrant le siège de l'institution à Washington, où se tient son assemblée générale, d'immenses photos rappellent le nouvel objectif-choc fixé début avril par le président de la BM, Jim Yong Kim: éradiquer l'extrême pauvreté d'ici à 2030 sur le globe.


La Banque mondiale avait déjà fait sensation fin 2012 en s'aventurant sur un terrain qui lui est bien moins familier. Elle avait publié un rapport alarmiste sur le réchauffement climatique et le "cataclysme" d'une hausse de 4°C du thermomètre mondial.

Cet activisme est "logique pour une organisation bureaucratique qui veut renouveler ses priorités", assure à l'AFP Jacob Kirkegaard, chercheur au Peterson Institute de Washington. Mais il intervient à un moment particulier pour la Banque mondiale.

Alors que le FMI est aux avants-postes de la crise en Europe, l'institution est concurrencée par certaines puissances émergentes, qui cherchent à renforcer leur poids sur la scène internationale en utilisant leur puissance de feu financière.


Le Qatar et la Chine


Dotée des plus importantes réserves de change au monde (3.440 milliards de dollars en mars), la Chine a massivement investi en Afrique, dont elle est le premier partenaire commercial depuis 2009, pour financer des projets d'infrastructure sans exiger les mêmes conditions que la BM.

Puissance montante, le Qatar vient, lui, d'annoncer une assistance financière de 5 milliards de dollars à l'Egypte à l'heure où les négociations sur un plan d'aide avec le FMI s'étirent en longueur.


"C'est un défi pour la Banque mondiale qui doit s'assurer que ses structures et ses programmes sont adaptés à un monde où les économies émergentes ont un rôle plus important à jouer", a indiqué un porte-parole de l'ONG Oxfam, Didier Jacobs.

Cette nouvelle donne a connu son point d'orgue fin mars à Durban, en Afrique du Sud, où les pays des Brics ont annoncé le lancement de leur propre banque de développement afin de se passer d'une institution encore nettement dominée par les Occidentaux.


Frustration


"Le rapport de forces (au sein de la Banque mondiale) est totalement déséquilibré en faveur des pays développés. Cela nourrit une certaine frustration", assure Sunita Dubey, de l'ONG indienne Vashuda Foundation.

Encore en chantier, la nouvelle structure des Brics pourrait-elle à terme marginaliser la BM ? Arrivé en juillet à la tête de l'institution, M. Kim balaye cette hypothèse.

"Je n'ai vraiment aucun doute sur le fait que nous resterons utiles pendant très longtemps (...). Nous sommes de plus en plus sollicités", a-t-il assuré jeudi, défendant l'approche prudente de son institution.

"L'attention que nous portons à la corruption, à la qualité des projets (que nous finançons) est un formidable atout", a-t-il détaillé.

Réunissant 24 pays émergents, le "G24" a toutefois émis quelques critiques sur l'action de la Banque mondiale jeudi, l'appelant à améliorer la "flexibilité" de ses instruments et sa "réactivité".


Miser sur la "qualité"


Selon Oxfam, la Banque mondiale doit, pour continuer à compter, miser sur la "qualité" en concentrant ses efforts sur la pauvreté et en établissant des "règles exigeantes" sur le financement des projets de développement.

En termes de puissance financière, la Banque mondiale n'a pas les moyens de "rivaliser" face aux grands pays émergents mais peut compter sur son expertise et... sur le facteur temps, d'après M. Kierkegaard.


"La BM a peut-être temporairement perdu son rôle dominant mais à un certain moment les investissements chinois à l'étranger pourraient être plus faibles que maintenant" en cas de ralentissement économique à Pékin, a-t-il ajouté.

 


Publié dans Nature

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