Energie : dix solutions méconnues qui peuvent changer le futur

Publié le par Gerome

Le débat national sur la transition énergétique qui s’engage en ce début d’année est l’occasion d’agrandir son champ de vision sur les potentialités des énergies durables. Le futur offre un panel de ressources et de techniques d’énergies encore méconnues et néanmoins prometteuses.

Qui dit énergies durables dit le plus souvent éoliennes, photovoltaïque, hydraulique ou biomasse. Mais le panier de ces énergies est plus grand qu’on ne croit et plein de surprise. L’avenir énergétique de la planète est en effet bien plus riche qu’il n’y paraît.


Voici dix solutions encore peu exploitées, qui d’ici 10, 20 ou 50 ans viendront compléter notre mix énergétique. A condition que les recherches aboutissent, que les moyens financiers suivent et que l’éthique écologique soit associée au développement de certaines d’entre elles.

 

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1. L’huile d’algue


D’aucuns l’affirment : la révolution de l’énergie se trouve dans les plantes. L’une d’elles est particulièrement intéressante, c’est l’huile d’algue. A l’instar des espèces oléagineuses, les algues ont la propriété de contenir jusqu’à 60% de leur masse en lipides. La force des algues : leur quantité. La productivité des végétaux marins est donc une carte maîtresse pour répondre à la menace que font peser les agrocarburants sur la biodiversité. Les algues sont capables de fournir de l’énergie sous 3 formes : biocarburant, biogaz et hydrogène. Leur exploitation est simple à mettre en œuvre. Il suffit, après collecte, de les concentrer et de les presser dans une centrifugeuse pour en extraire l’huile. Produire du carburant vert à partir d’algues microscopiques, tel est l’objectif du projet Shamash coordonné par l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et automatique).


Sept équipes de recherche et un partenaire industriel travaillent sur le projet, dont Jean-Paul Cadoret, chef du laboratoire de physiologie et biotechnologie des algues de l’Ifremer. Pour ce dernier, ces microalgues qui, par photosynthèse, transforment l’énergie solaire en énergie chimique, offrent de gros avantages : « Elles n’entrent pas en conflit avec l’approvisionnement alimentaire comme c’est le cas pour le blé, le maïs ou le colza. Elles se cultivent facilement en bassin ou dans les bioréacteurs avec de l’eau de mer. Cela évite de puiser dans les réserves d’eau douce. Elles prolifèrent rapidement et peuvent fournir une récolte en continu. Leur rendement de production d’huile à l’hectare est bien supérieur à celui de toutes les autres plantes. Ce sont des machines à avaler le CO2. Elles le captent pour restituer de l’oxygène ». Vingt fois plus abondantes que les plantes terrestres, les microalgues peuvent fournir 25 000 litres d’huile par hectare, quand le colza n’en produit que 1 500 litres, le tournesol, 950, et le soja, 446.


La consommation annuelle mondiale de carburant pourrait être assurée si les bassins d’algues étaient déployés sur 400 000 hectares (4000 km2), soit un tiers de l’Ile de France. Elles sont aujourd’hui présentées comme une alternative énergétique au pétrole, pouvant produire l’équivalent d’un quart des carburants fossiles. À l’heure actuelle, le litre de carburant d’algue coûte plus cher que le pétrole. Mais plusieurs éléments permettent d’espérer, à terme, une bien meilleure rentabilité.


2. Le pétrole à base d’air


Transformer l’air en pétrole , telle est la prouesse technologique réalisée par une société britannique qui a mis au point un procédé chimique complexe permettant d’obtenir un pétrole de synthèse à base d’air et d’électricité. Concrètement, « nous avons pris le dioxyde de carbone présent dans l’air et l’hydrogène présent dans l’eau, et nous les avons transformés en carburant, » explique Peter Harris, l’ingénieur responsable de l’innovation. Pour ce dernier, le carburant obtenu est beaucoup plus propre que celui obtenu à partir de pétrole fossile. De plus, il est compatible avec les moteurs existants, comme ceux des avions ou des navires. D’ici 15 ans, ce procédé encore récent et coûteux pourrait connaître un développement commercial.


3. L’énergie osmotique


L’énergie osmotique repose sur un phénomène physique : l’osmose. Le principe de l’osmose veut que, quand on met en présence deux liquides de concentrations en sel différentes, le liquide le moins salé va avoir tendance à se fondre dans le liquide le plus salé. La différence de salinité va donc créer un flux de l’eau douce vers l’eau salée. En faisant passer le flux du liquide concentré vers un liquide moins concentré à travers une membrane semi-perméable, cela provoque une surpression hydrostatique. Le volume d’eau contenu dans la membrane devient plus important. Cela accentue la pression sur les parois du contenant. Et cette pression peut être récupérée pour actionner une turbine qui va générer de l’électricité. Il existe un endroit où l’on trouve en permanence une ressource gratuite d’eau salée et d’eau douce : l’estuaire des fleuves. La question centrale de cette technologie, c’est la fabrication de membranes de grande taille, alliant des qualités de robustesse et de porosité. En dehors de ce problème technique, l’énergie osmotique représente une énergie renouvelable et permanente, ce qui est un avantage essentiel comparé au solaire ou à l’éolien. Les coûts d’exploitation seraient d’ailleurs minimes. Cette forme d’énergie offre de belles perspectives.


Une production de 4W/m2 est nécessaire pour viabiliser la construction de centrales électriques. Actuellement, les Norvégiens atteignent 1,5 W/m2, mais planifient les premières applications industrielles d’ici à 2015, avec en moyenne 8000h/an de fonctionnement, soit deux fois plus qu’une éolienne. Le potentiel technique mondial de l’énergie osmotique est estimé à 1600 TWh. En Europe, il est de l’ordre de 200 TW.
C’est la société norvégienne Statkraft, connue pour ses fermes éoliennes, qui a lancé la construction de la première centrale osmotique. 2.000 m2 de surface de membrane pourront générer environ 10 KW. Les ingénieurs de l’entreprise Statkraft, à l’origine du projet, travaillent actuellement sur une usine d’un à deux MW, ce qui nécessiterait une membrane de 200 000 m2. Si le procédé répond aux espérances des chercheurs, cette usine pourrait assurer 10% de la consommation énergétique norvégienne. Une autre centrale a été crée au Japon, et une troisième est en cours de construction aux Etats-Unis. Au plan mondial, le potentiel de l’énergie osmotique est estimé à 1 600 TWh par an, soit l’équivalent d’environ la moitié de la production électrique européenne en 2009. »


4. Le thorium ou l’atome vert


Le thorium est un métal, qui se trouve naturellement dans des minerais divers, dont la monazite, la bastnaésite et l’uranothorianite. Bien qu’il ne soit pas fissible lui-même, le thorium-232 est un isotope fertile comme l’uranium-238. Bombardé par les neutrons, il se transforme en uranium 233, matière fissile. Le thorium constitue une importante réserve d’énergie nucléaire, en raison de son abondance dans la croute terrestre ; il pourrait ainsi fournir trois à quatre fois plus d’énergie que l’uranium-238. Son utilisation nécessite la mise au point d’une nouvelle filière de réacteurs nucléaires surgénérateurs.


Les chercheurs qui défendent ce minerai aux qualités particulières estiment qu’il représente la possibilité d’un nucléaire propre. Bien plus abondant dans la nature que l’uranium, il est difficilement utilisable pour fabriquer des bombes atomiques. Il est aussi économe en déchets, la plupart d’entre eux pouvant être remis dans le circuit du réacteur.
Depuis plusieurs années déjà, des chercheurs du CNRS planchent théoriquement sur un réacteur sûr, très stable et facilement pilotable. Avec ce surgénérateur rapide à sels fondus (MSFR), qui utiliserait le thorium comme combustible liquide, 100% de la ressource utilisée comme combustible est consommée, Pour l’heure, il n’existe pas encore de prototype concret du MSFR en France. Cette solution se heurte à la réticence des industriels de la filière nucléaire.

 

Mais les Chinois, eux, investissent massivement dans cette technologie nouvelle. Les Indiens qui disposent du quart des réserves mondiales de thorium l’utilisent déjà depuis quelques années, dans des réacteurs de troisième génération.
Le thorium se désintègre plus lentement que la plupart des autres matières radioactives mais sa radioactivité est de 14 milliards d’années. Les applications industrielles du thorium sont développées dans les alliages de magnésium utilisés pour les moteurs d’aéronefs.


5. L’énergie thermique des mers


L’idée de l’énergie thermique des océans est toute simple : tabler sur la différence de température entre les eaux chaudes de surface (+ 25° C dans les régions tropicales) et les eaux profondes (+5°C à 1000 mètres) pour produire de l’électricité et/ou de l’eau douce. Les océans représentent un gigantesque capteur d’énergie solaire contenue sous forme de chaleur dans la couche d’eau de surface. Ils reçoivent chaque année une quantité d’énergie équivalente à plus de mille fois la demande mondiale en énergie primaire. Un potentiel estimé à cent fois celui de la marée et cinq à dix fois celui du vent. L’exploitation de l’énergie thermique des mers (ETM) redevient d’actualité dans le contexte de la recherche d’énergies nouvelles, non polluantes, susceptibles de suppléer l’usage des combustibles fossiles qui renchérissent (pétrole, charbon, gaz,…). Bien que cela soit difficile, il est possible d’utiliser cet écart entre l’eau chaude et l’eau froide en installant des méga-pompes à chaleur capables de récupérer par « évapotranspiration » la vapeur qui va alimenter une turbine.


Les atouts d’une centrale reposant sur l’énergie thermique des océans sont non négligeables : énergie stable, peu de frais de fonctionnement, gratuité de l’eau de mer, exploitable gratuitement 24h sur 24 tous les jours de l’année, pas de confinement ou de stockage de l’eau.


6. Les bactéries carburants


Tout le monde connaît aujourd’hui les défauts des biocarburants : leur impact environnemental. Produits à partir de canne à sucre, de betterave ou de maïs, ils nécessitent l’utilisation d’importantes surfaces de terres arables et sont très forts consommateurs d’eau. En outre, ils nuisent à la biodiversité. Une entreprise Joule unlimited affirme avoir réussi à surmonter cette contrainte majeure en produisant un bio carburant inépuisable et abordable. Le e-éthanol qu’elle a mis au point est en effet issu de bactéries génétiquement modifiées.

 

Explication : les bactéries sont entreposées dans des tubes de trois centimètres de diamètre qui servent de réacteur, remplis d’eau non potable et de CO2 issu d’activités industrielles ; exposées au soleil, elles exploitent la photosynthèse pour produire de l’éthanol ou du gazole. Les rendements sont bien supérieurs aux biocarburants existants : 75 000 l/ha/an pour le e-éthanol, à comparer aux 7 000 l/ha/an de bioéthanol produit à partir de la betterave. Mais cela nécessiterait des installations énormes et l’efficacité de bactéries qui transforment le soleil en énergie, n’est pas aussi grande que celle des panneaux photovoltaïques.


7. Les bouées de récupération de l’énergie des vagues


L’énergie des vagues est liée au déplacement de la surface de la mer sous l’action de la houle. Le principe est simple. Lorsque les vagues arrivent sur un obstacle flottant ou côtier, elles cèdent une partie de leur énergie qui peut être convertie en courant électrique. L’intérêt de l’houlomotricité : les vagues se déploient de façon très économe. L’inconvénient : l’énergie perd en puissance lors de son acheminement vers les cotes. Pour que le dispositif soit rentable, il vaut mieux que les capteurs soient posés près du littoral, afin de récupérer le maximum d’énergie créée, soit 20 kW par mètre de côte. Selon la Commission Européenne, l’houlomotricité occuperait en 2020 la quatrième place des énergies renouvelables utilisées pour produire de l’électricité, derrière l’éolien on-shore et off-shore et l’hydraulique.

 

Il existe aujourd’hui différentes technologies pour récupérer l’énergie des vagues : les bouées sous-marines en mouvement, les colonnes oscillantes, les débordements de chenal, les plates-formes à déferlement. Une cinquantaine de projets sont en cours dans le monde.

Parmi eux, le « Searev » ; il s’agit d’une sorte de ferme sur mer, conçue par Alain Clément, chercheur au Laboratoire de mécanique des fluides (LMF) : constituée d’une bouée, elle génère du courant électrique pour récupérer l’énergie de la houle.

 

A l’intérieur de ce « système électrique autonome de récupération de l’énergie des vagues », un pendule de 400 tonnes, en oscillant sur les vagues, actionne tout un système de pistons et de pompes à huile. Le mécanisme fait tourner un arbre métallique entraînant vers un alternateur. Le tout est relié au continent par câble. L’objectif est de générer une puissance maximale comprise entre 500 et 700 kilowatts par bouée. De quoi alimenter jusqu’à 200 foyers en moyenne par an.


8. Les éoliennes entonnoirs


Même s’il fait partie des énergies renouvelables d’avenir, l’éolien, on le sait, présente bien des inconvénients : stockage, caprice du vent, raccordement au réseau… une petite entreprise américaine, Sheerwind, pense avoir trouvé la solution à ces difficultés : des éoliennes en forme d’entonnoir pour augmenter la vitesse du vent. D’où son nom Invelox (Increasing the velocity of the wind. Le principe est simple : l’air est aspiré dans un conduit où sa vitesse est multipliée par dix, avant de passer dans une turbine ou un générateur. Le rendement énergétique serait ainsi trois fois plus important qu’avec une éolienne classique, d’un coût 40% inférieur et d’une taille plus petite.


9. Les aérogénérateurs volants


De nombreux scientifiques ont les yeux rivés sur le « jet stream ». Pas le Gulf stream qui traverse l’océan. Non… le jet stream, juste à quelques 10 000 mètres au dessus de nos têtes, une source d’énergie qui souffle jour et nuit, 365 jours par an. A cette altitude, la force de ces vents représente une énergie pouvant produire cent fois plus d’énergie qu’une éolienne sur terre, capable de produire un kilowatt/heure pour deux centimes d’euros, soit la moitié du coût usuel d’énergie. Leur souffle est régulier et non capricieux comme sur terre. Ces puissants courants aériens qui ceinturent la planète sous la forme de deux anneaux atteignent parfois des vitesses surprenantes comprises entre 300 et 400 km par heure. Cette puissance résulte du contraste thermique existant à cette altitude entre la troposphère et la stratosphère. De l’air froid et de l’air chaud se rencontrent à des altitudes de 5 000 à 10 000 m, où les différences de température et de pression atmosphérique sont cependant beaucoup plus prononcées que dans les couches inférieures de l’atmosphère. Cette énergie des vents d’altitude suscite nombre de projets d’aérogénérateurs aussi originaux les uns que les autres.


Une nouvelle génération d’ingénieurs soucieux de l’environnement juge la technique des éoliennes déjà dépassée. Au lieu de gâcher les paysages en alignant des éoliennes terrestres, pourquoi ne pas installer des aérogénérateurs volants ? C’est fait avec le Sky WindPower. Plusieurs projets très imaginatifs de cerfs-volants, de ballons spatiaux ou de « kites » installés dans l’espace à dix mille mètres au dessus de nos têtes permettent de capter, au dessus des nuages, des vents puissants réguliers et non capricieux comme sur terre. Exemple : le prototype développé par Dave Sheppard, responsable d’une société établie à San Diego, Californie. Le prototype de Sky WindPower possède quatre rotors qui lui permettent de rester en suspension dans l’air et de faire tourner des dynamos générant de l’électricité. Dans son version commerciale, il serait relié à la terre par un long câble en aluminium conduisant l’énergie.


Un autre projet du même genre est mis au point par une entreprise italienne dans le cadre d’un partenariat européen. Le Manège KiWiGen, c’est son nom, est une sorte de manège de plusieurs centaines de mètres de diamètre, composé d’ un rotor et de bras pivotants sur lesquels sont tirés des câbles très résistants reliés à des cerfs-volants de quelques dizaines de mètres carrés, réalisées en polyéthylène alvéolaire. Disposés en batteries, ils peuvent atteindre 700 mètres de haut. Mis au point par une entreprise italienne et soutenu par des experts et des chercheurs européens, ce manège baptisé KiWiGen, (Kite Wind generator) produit des dizaines de mégawatts, via une turbine. Chaque cerf-volant est équipé de deux capteurs intelligents à même de détecter les accélérations du vent. Un programme électronique de contrôle calcule les variations d’orientation nécessaires pour lui faire suivre, toujours avec une portance maximale, un parcours circulaire. Les cerf-volants utilisés auront une envergure de quelques dizaines de mètres carrés.


10. Les films solaires de 3ème génération


Les cellules solaires organiques font actuellement l’objet d’une attention particulière. Très simples, elles sont compatibles avec des films et des textiles. Leur mise en forme, par exemple à partir d’encres ou de peintures, offre l’avantage de couvrir de grandes superficies. Cette flexibilité permet d’ouvrir à de nombreuses applications : emballages, vêtements, écrans, recharge de téléphones cellulaires ou d’ordinateurs portables. Des chercheurs du CNRS et de l’Université d’Angers ont développé une approche avec des cellules solaires à base de molécules organiques et ont obtenu des rendements très élevés. Contrairement au silicium cristallin dont la production nécessite de très hautes températures, leur fabrication implique un faible coût énergétique et un faible impact environnemental.


A plus long terme, on peut imaginer une contribution décisive de leur potentiel à la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire. Les tests montrent que les taux d’efficacité des molécules solaires organiques développées et synthétisés en laboratoire sont de 15% à 25% plus élevés que les cellules en silicium cristallin et les films solaires en couches minces, soulignent les ingénieurs de la société allemande Heliatek, la seule entreprise solaire au monde qui utilise le dépôt de molécules organiques à basse température. Ces dernières sont composées de fines couches nanométriques ultra-pures et d’une grande homogénéité. Cela permet de concevoir une architecture capable d’améliorer systématiquement l’efficacité et la durée de vie des cellules.

 

 


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Charbon qui rit, gaz qui pleure: la nouvelle donne des centrales électriques

Publié le par Gerome

Conséquence de l'exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis et de l'effondrement des cours du CO2, le charbon supplante de plus en plus le gaz dans la production d'électricité en Europe, y compris en France, au détriment de la lutte contre le réchauffement climatique.

Selon le "bilan électrique" de l'année 2012 publié mardi par le gestionnaire de réseau RTE, la production française d'électricité à base de charbon a bondi de 35% l'an dernier, à 18,1 térawattheures, alors que celle des centrales à gaz a chuté de 23,7% à 23,7 TWh.

 

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A cause de ce recours accru au charbon, la plus polluante des énergies fossiles, et de la vague de froid de février 2012, qui a sollicité fortement les centrales thermiques tous combustibles confondus, les émissions de CO2 du parc électrique français ont grimpé de 7,3% l'an dernier, à 29,5 millions de tonnes.

Même si le poids total du charbon dans le bouquet énergétique national reste marginal (environ 3% de la production électrique totale, contre 75% pour le nucléaire et 16% pour les renouvelables), cela traduit un retour en grâce de cette énergie un peu partout en Europe, dont le coupable, paradoxalement, n'est autre que le gaz de schiste américain.


En effet, le charbon est de moins en moins utilisé aux Etats-Unis pour produire de l'électricité à cause de l'extraction en masse du gaz de schiste, qui y a fait chuter les cours du gaz naturel. Conséquence: les Etats-Unis exportent d'importants excédents de charbon bon marché sur le marché européen, où il concurrence le gaz, beaucoup plus cher qu'outre-Atlantique.

"Il y a un ripage (transfert) des consommations de gaz et de fioul vers le charbon", lié au fait que "les Etats-Unis ont basculé vers le gaz, ce qui a reporté des quantités de charbon vers l'Europe", a souligné mardi le président de RTE Dominique Maillard.


La dégringolade du prix de la tonne de CO2 en Europe, descendue pour la première fois lundi sous les 5 euros, contre 35 en 2008, a amplifié ce mouvement.

"Le niveau actuel du prix du carbone ne permet pas du tout aux opérateurs électriques de rentabiliser à court terme leurs investissements dans des centrales à gaz, et à plus long terme de possibles investissements dans des technologies plus sobres en carbone", déplore Emilie Alberola, chef du pôle marché du carbone et énergie à CDC Climat.

Du coup, les énergéticiens européens, qui investissaient à tour de bras dans les centrales à gaz depuis plusieurs années, commencent à changer leur fusil d'épaule.


EON France a ainsi abandonné fin 2012 un projet de centrale à gaz à Hornaing (Nord), et l'opérateur alternatif Direct Energie a renoncé en octobre à racheter les projets de centrales à gaz de l'ex-Poweo.

L'énergéticien français GDF Suez, qui a cessé d'exploiter dix centrales au gaz depuis dix ans, s'apprêterait quant à lui à en fermer cinq autres aux Pays-Bas et en Hongrie, pour rationaliser son parc de production thermique.

Cette situation pourrait réduire à terme les marges de sécurité du système électrique français. Car les centrales à gaz servent notamment à couvrir la demande d'électricité en période de pointe, en complément du nucléaire et des énergies renouvelables.


Or, parallèlement, une partie des centrales au charbon françaises sont condamnées à fermer d'ici quelques années, à cause du durcissement programmé des normes environnementales et du régime des quotas de CO2. EON France veut ainsi arrêter cinq tranches au charbon issues de la SNET (ex-Charbonnages de France).


C'est pourquoi, pour encourager la construction de centrales d'appoint, le gouvernement va instaurer un système qui rémunérera à partir de 2016 les opérateurs qui se dotent de nouvelles capacités de pointe, même s'ils ne s'en servent pas ou rarement.

 

 


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UE, OGM: la Commission européenne gèle le processus d'autorisation de culture

Publié le par Gerome

La Commission européenne a gelé le processus d'autorisation de mise en culture des OGM dans l'Union européenne afin de relancer la recherche d'une solution négociée avec les Etats membres.

La Commission, si elle le veut, peut lancer le processus pour autoriser la culture d'un soja et de six maïs OGM, dont le MON810 (déjà autorisé dans l'UE mais qui doit obtenir le renouvellement de cette autorisation), mais elle ne le fera pas, a assuré mardi à l'AFP Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire à la Santé Tonio Borg, en charge du dossier.

 

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Le processus d'examen des demandes d'autorisation de culture se poursuit, a-t-il toutefois insisté.

Mais dans l'immédiat, la Commission ne va pas soumettre de demande d'autorisation de culture aux Etats, a-t-il dit.

La priorité du nouveau commissaire à la Santé Tonio Borg est de relancer les négociations sur la base de la proposition de son prédécesseur, a-t-il expliqué. Ce sera sa priorité jusqu'au terme du mandat de la Commission fin 2014, a-t-il souligné.

Mais cela ne signifie pas que la Commission a gelé le processus d'autorisation jusqu'en 2014, a-t-il affirmé.

Les autorisations de mise en culture empoisonnent les relations entre la Commission européenne et les Etats membres.

Huit pays --France, Allemagne, Luxembourg, Autriche, Hongrie, Grèce, Bulgarie et Pologne depuis le début de l'année-- ont adopté des clauses de sauvegarde pour interdire la culture des OGM autorisés sur leurs territoires.

Le président de la Commission José Manuel Barroso a cherché à faire lever ces clauses de sauvegarde, mais il a été désavoué par les gouvernements lors d'un vote et a abandonné cette idée.

Deux OGM seulement ont été autorisés à la culture dans l'UE en quatorze ans: la pomme de terre Amflora, développée par le groupe allemand BASF, qui s'est avérée un échec commercial, et le maïs 0GM MON810 de la multinationale Monsanto.

Le MON810, dont la demande de renouvellement d'autorisation a été déposée en 2007, pourra continuer à être cultivé dans les Etats qui le souhaitent jusqu'à ce que l'UE prenne une décision.

Une cinquantaine d'autres OGM ont obtenu une autorisation pour être utilisés dans l'alimentation animale et humaine.
Le processus d'évaluation pour les demandes d'autorisation de culture et de commercialisation d'OGM se déroule en quatre temps: consultation de l'Autorité Européenne pour la Sécurité des Aliments (EFSA) sur les risques pour la santé, demande d'autorisation aux Etats sur la base d'un avis favorable de l'EFSA, procédure d'appel si aucune majorité qualifiée ne se dégage entre les Etats. Enfin, si cette situation perdure, la décision finale revient à la Commission européenne.

A ce jour, l'EFSA n'a jamais rendu un avis négatif et aucune majorité qualifiée n'a jamais été trouvée entre les Etats pour interdire ou autoriser un OGM.

 

 


Publié dans OGM j'en veux pas!

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Des téléphones portables pour lutter contre la déforestation illégale

Publié le par Gerome

Aux grands maux, les grands remèdes technologiques…

 

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Fléau environnemental majeur de notre temps, aussi bien en Amazonie – où la construction du barrage de Belo Monte (Brésil), structure qui suscite une opposition mondiale, n’arrangera rien – qu’en Indonésie et dans le bassin du Congo, la déforestation entraîne la libération de quantités considérables de gaz à effet de serre. Avec tout ce que cela suppose concernant le réchauffement climatique et la biodiversité


Les pouvoirs publics ont bien du mal à la combattre (quand ils le veulent), encore plus lorsque le déboisement est illégal. Certains arbres de la forêt amazonienne qui ne sont pas censés être coupés vont néanmoins être équipés de petits appareils géolocalisés « qui seront détectés par les antennes téléphoniques lorsqu’ils s’en approcheront à moins de trente kilomètres », précisent nos confrères de 20 Minutes, reprenant une information du quotidien britannique The Independent.

 

Une batterie d’une durée de vie d’un an


Imaginée par l’entreprise néerlandaise Gemalto, baptisée « Invisible Track », la technologie – révolutionnaire et a priori infaillible – consiste en l’émission d’un signal dès lors que le tronc de l’arbre équipé d’un terminal est placé sur un camion qui s’approche du réseau téléphonique. De quoi permettre un suivi plus efficace que les désormais traditionnelles observations satellites, sachant que la superficie de la forêt amazonienne est comparable à celle des États-Unis, soit près de dix millions de kilomètres carrés.


Conçus pour résister au difficile climat amazonien, qui se caractérise par des températures élevées et d’importantes précipitations, les « téléphones » sont par ailleurs munis d’une batterie d’une durée de vie d’un an. Ils pourraient de fait s’avérer d’une aide précieuse pour des gardes-forestiers bien souvent débordés…

 

 



Publié dans Les bonnes nouvelles

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Pomper l'eau de la Mer Rouge pour sauver la Mer Morte ? La Banque Mondiale valide le projet

Publié le par Gerome

Amener l'eau de la mer Rouge pour sauver la mer Morte, voilà le projet un peu fou qui est envisagé depuis un siècle. Si cette idée de canal suscite l'inquiétude des associations de protection de l'environnement, elle a pourtant été validée par la Banque Mondiale dans un rapport publié début janvier, après avoir mené une large étude de faisabilité. 

L'assèchement de la mer Morte : une urgence absolue

 

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La mer Morte (qui techniquement est en fait un lac) est unique au monde : située à 417 m sous le niveau de la mer, elle est le point le plus bas du globe. C'est le lac le plus dense et le plus salé : il n'est habité que par des organismes microscopiques.

 

Voilà plus d'un siècle que la baisse du niveau du lac inquiète. Toutefois, cette baisse a pris une autre tournure dans la période récente. Le niveau descend désormais de plus d'un mètre par an, de sorte que la surface de la mer Morte est passée de 950 km² à 637 km² en cinquante ans, selon la Banque Mondiale.

 

De plus, le lac est nettement moins abondé qu'avant : irrigué par le Jourdain à hauteur de 1250 millions m3 d'eau en 1950, il ne l'est plus aujourd'hui que par 260 millions de m3 par an, c'est six fois moins ! La faute au détournement du fleuve et au pompage intensif de la mer Morte pour l'agriculture (les cultures étant complètement inadaptées à ce milieu désertique), ainsi qu'aux activités d'industries extractives à outrance d'Israël et de Jordanie. Résultat : le littoral de la mer Morte a diminué de plus en plus vite, pour laisser derrière lui une plage rocailleuse et désertique, criblée de trous dangereux.

 

Si rien n'est fait, la mer Morte continuera de s'assécher dramatiquement, ruinant l'environnement unique créé par ce bassin hypersalé. Elle pourrait même disparaître complètement d'ici 2050. 

 

 

Ramener l'eau de la mer Rouge : une solution miracle ?

 

Le projet pharaonique qui consiste à creuser un canal de la mer Rouge à la mer Morte est étudié depuis plus d'un siècle ! L'accélération de l'assèchement du lac salé a conduit Israël, la Jordanie et la Palestine à solliciter la Banque Mondiale pour que celle-ci mène une étude de faisabilité. C'était en 2005.

 

Après de longues et coûteuses études techniques qui ont duré plusieurs années, le verdict est tombé début janvier 2013 sur le site de la Banque Mondiale : l'idée de relier par un pipeline[1] de 180 kilomètres de long la mer Rouge au grand lac salé a été approuvée.

 

Ce projet ambitieux a un coût : la Banque Mondiale évalue les fonds nécessaires à 10 milliards de dollars. Ceci permettra d'acheminer jusqu'à 2 milliards de m3 d'eau par an. Une partie sera déversée dans la mer Morte et une autre sera traitée par une gigantesque usine de désalinisation, bâtie en même temps que le pipeline, afin d'améliorer l'approvisionnement en eau de la région, assez médiocre (et au cœur de nombreux conflits, nous y reviendrons).

Les 400 mètres de dénivelé entre l'entrée et la sortie du pipeline pourraient également servir à faire tourner des turbines et donc à produire de l'énergie.

 

 

Et pourtant, les écologistes s'inquiètent du projet

 

La solution miracle semble être toute trouvée, seulement un problème de taille se pose : convoyer toute cette eau de mer vers un lac salé pourrait avoir des conséquences sur le plan environnemental, de l'aveu-même de la Banque Mondiale. Au-delà de 300 millions de m3 par an, des algues rouges[2] et du gypse blanc[3] risquent de proliférer et de changer totalement la chimie de la mer Morte, avec les conséquences que l'on imagine sur la biodiversité si rare du lac. De plus, l'eau salée de la mer Rouge pourrait infiltrer les nappes phréatiques (remplies d'eau douce) et donc polluer celles-ci.

Selon la Banque Mondiale, ces impacts pourraient être contrôlés pour rester à un seuil acceptable. De leur côté, Les Amis de la Terre au Proche-Orient[4] accusent l'institution de Washington d'être irresponsable et de négliger les conséquences graves que pourraient engendrer une telle réalisation.

 

La mer Morte abrite un capital géologique unique : son eau contient 32% de minéraux contre 3% en moyenne dans les autres mers de la planète. On y répertorie 21 minéraux dans des concentrations absolument extraordinaires.

De plus, l'eau issue de la gigantesque usine de désalinisation serait vendue à un prix inabordable pour les habitants de la région, toujours selon les Amis de la Terre. 

 

 

Le canal va-t-il être réalisé ?

 

Israël a déjà manifesté publiquement sa volonté de voir aboutir le projet. Toutefois, celui-ci ne verra le jour qu'à la condition de réunir les fonds nécessaires : prêts internationaux, aides étrangères, investissements publics, etc. sont indispensables pour intéresser le secteur privé.

 

La Jordanie a annoncé en novembre 2012 qu'elle allait revoir à la baisse sa participation au projet, ce qui n'est pas de bon augure, d'autant plus que l'étude de faisabilité a coûté 16 millions de dollars. Cette somme a été financée notamment par la France, le Japon et les États-Unis.

 

Le canal ne sera pas réalisé sans négociations supplémentaires entre Israël, la Jordanie et l'Autorité Palestinienne, les trois territoires qui bordent la mer Morte. Selon la Banque Mondiale, si le projet était définitivement approuvé, il faudrait sans doute dix ans avant que les travaux ne commencent. 

 

 

Des intérêts économiques considérables

 

Plus qu'un enjeu de biodiversité, la mer Morte constitue un enjeu économique. Le tourisme, l'agriculture et les industries extractives se partagent le gâteau. Si le niveau du lac continuait de baisser, beaucoup d'entreprises d'extraction seraient obligées de fermer. Or, c'est bien l'exploitation excessive des ressources de la mer Morte qui la met en danger, notamment le détournement du fleuve Jourdain, seule source d'eau (douce) de la mer Morte.

 

Construire un canal reviendrait finalement à ne pas poser la bonne question, qui est celle de l'exploitation du Jourdain. Le sauvetage de la mer Morte n'empêchera pas l'assèchement de celui-ci, d'après l'ONG palestinienne Water and environmental development organization (WEDO) [5] . Pour l'heure, il n'est pas envisagé de réhabiliter le Jourdain.

La construction du canal permettrait la création d'emplois pour les populations locales, d'attractions touristiques (casinos, parcs d'attraction, etc.), un meilleur accès à l'eau, la production d'électricité, etc. Il semblerait une fois de plus que les intérêts économiques prévalent sur les arguments écologiques. Un sondage réalisé par la Royal Science Societyen 2008 montre que 81% des riverains de la zone approuvent l'idée de bâtir un canal. 

 

 

L'eau potable, au cœur des conflits du Proche-Orient 

 

L'explosion démographique et le réchauffement climatique ont entraîné une incroyable pression sur la ressource en eau. Le Proche-Orient est une région aride, d'où des relations très complexes entre les pays qui possèdent des ressources en eau et ceux qui n'en possèdent pas. Les prélèvements sur le Jourdain et la mer Morte pour l'agriculture et l'industrie ont été tels que la disponibilité en eau douce est désormais inférieure au seuil de rareté de 500 m3 disponibles par habitant et par an. De fait, plusieurs experts qualifient la zone de « triangle de la soif ». 

 

Rappelons que le projet de canal est porté par Israël, la Jordanie, mais aussi en partie par les territoires palestiniens. Est-ce un premier pas vers l'apaisement dans cette zone où le conflit israélo-arabe fait rage depuis 1948 ? C'est en tout cas ce que beaucoup espèrent, c'est pourquoi ce canal a été baptisé « le canal de la paix ». Toutefois, la coopération entre les gouvernements ne garantit en aucun cas celle des populations...

 

 


Publié dans Nature

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