Les 10 filières industrielles les plus toxiques au monde

Publié le par Gerome

Un récent rapport a mesuré l’impact sanitaire de la pollution dans le monde. Il couvre 49 pays et met en évidence des niveaux critiques et un impact comparable à celui de la Malaria et de la tuberculose. Dix industries sont montrées du doigt.

 

 

Le Rapport 2012 des points noirs de la pollution dans le monde a été publié par le Blacksmith Institute[1] et La Croix Verte suisse[2]. Cette étude, a calculé, pour la première fois, l’impact sanitaire de la pollution dans 49 pays, donnant ainsi un aperçu très complet du tribut payé par l’homme à la pollution. Le rapport intitulé « The World’s Worst Pollution Problems »[3] révèle que l’impact sanitaire est comparable ou pire à celui de plusieurs maladies graves ou mortelles affectant plusieurs millions de personnes dans le monde. L’ampleur du problème est comparable à l’impact de la malaria et de la tuberculose, qui sont bien mieux connus. Le rapport identifie en outre les dix secteurs industriels qui portent la plus lourde responsabilité à cet égard, et il présente des solutions réalistes.


Dans les 49 pays passés au crible par le rapport, 125 millions de personnes sont exposées à des pollutions qui affectent leur espérance de vie. C’est un tiers de plus que le rapport de l’année dernière (100 millions de personnes affectées). Ceci s’explique avant tout par une meilleure identification des sites polluants. A ce titre, les prochains rapports devraient encore porter ces statistiques à la hausse.

 

 

D’après les recherches du Blacksmith Institute et de ses partenaires, l’impact de ces sites industriels sur la santé des populations est très significative. Par exemple, 98% des adultes et 99% des enfants affectés par une exposition au plomb vivent dans des pays à faible et moyen revenus.

Le rapport publié cette année identifie les polluants les plus courants rencontrés dans les traitements industriels, et dont l’impact sanitaire est quantifiable. Il retrace leurs usages industriels et risques sanitaires associés. Il dresse ensuite la liste des dix sources/industries les plus polluantes et propose des solutions et opportunités de mise en œuvre de mesures de nettoyage et de prévention qui permettront d’épargner des vies.

 

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Situation des sites pollués identifiés par le rapport 2012
© Blacksmith Institute


Une contribution majeure de ce nouveau rapport est l’effort de quantification de la véritable portée du risque de pollution par la mesure des impacts sanitaires dans le monde des sites contaminés situés dans 49 pays aux revenus faibles ou modestes. C’est la première fois que ce calcul a été fait pour mesurer le nombre de décès dus à la pollution à une telle échelle. Le précédent rapport avait préparé le terrain en évaluant l’impact pathogène de sites contaminés pris séparément.


« Le rapport insiste sur le fait que nous sommes arrivés à un tournant où il est indispensable de reconnaître pleinement l’impact sanitaire des pollutions toxiques. Le danger mortel lié à la pollution risque de s’aggraver dans le monde alors que les industries sont pressées de répondre à des besoins sans cesse croissants. Les plus sévèrement touchés seront les pays pauvres et modestes dans lesquelles la réglementation en matière de prévention des pollutions industrielles ne suit pas, » explique Richard Fuller, Président du Blacksmith Institute.


« Alors même que près de 125 millions de personnes sont menacées par la pollution, celle-ci reste l’un des problèmes les moins bien reconnus dans le monde. On consacre comme il se doit des sommes et des efforts colossaux pour des maladies telles que la tuberculose et la malaria. Et l’on est frappé du déficit d’intérêt que suscitent les sites toxiques comparé à l’ampleur de l’action internationale et des gouvernements au niveau local pour éradiquer et soigner ces maladies. Pourtant, le rapport montre que ces sites sont largement responsables des pathologies dans le monde, » ajoute le Dr. Stephan Robinson, Responsable du service Déchets et dépôts toxiques (Waste and Legacy) de la Croix Verte Suisse.


La mortalité due à la pollution industrielle est plus élevée que la malaria ou la tuberculose

L’impact de la pollution est mesuré en Disability Adjusted Life Years, ou DALY (espérance de vie corrigée d’un facteur d’invalidité) qui calcule le nombre d’années de vie imputables à une mort précoce et la perte de qualité de vie due aux maladies.

Le calcul du DALY autorise la comparaison entre différents types de risques de santé publics, en tenant compte tant de la sévérité que de la durée d’une maladie donnée. Les céphalées chroniques, par exemple sont assorties d’un facteur plus faible dans l’échelle DALY que les conséquences comme la cécité ou le cancer.


Le rapport conclut que l’impact pour la santé publique mondiale des polluants industriels, mesuré en DALY, est égal ou supérieur à celui de quelques-unes des maladies les plus graves. Le rapport montre que l’exposition aux contaminants sur les décharges de produits dangereux analysées dans 49 pays se traduit par plus de 17 millions de DALY. En comparaison, la malaria c’est 14 millions de DALY, la tuberculose 25 millions de DALY et le SIDA près de 29 millions dans les pays couverts par l’étude. Bien qu’ils ne soient pas définitifs, ces chiffres donnent une bonne idée de l’échelle du problème.


Une recherche scientifique

Le rapport de 2012 découle d’une analyse des données collectées sur le terrain par le Toxic Sites Identification Program (programme d’identification des sites toxiques) du Blacksmith Institute sur une période de trois ans. Des milliers de sites toxiques ont ainsi été évalués dans des pays situés dans l’échelle moyenne à basse des revenus. Les estimations d’impact s’appuient sur le corpus de recherches produit par les études sur le terrain. Cette source, complétée des informations toxicologiques émanant de L’Organisation Mondiale de la Santé, de la U.S. Environmental Protection Agency et autres autorités en matière de santé publique, ont permis au Blacksmith Institute de quantifier les problèmes de pollution les plus fréquents et préoccupants.


Les filières industrielles les plus toxiques

Les dix secteurs industriels classés par ordre de toxicité (en DALY (Disability Adjusted Life Year)

  1. Recyclage des batteries au plomb : 4 800 000
  2. Production du plomb : 2 600 000
  3. Activités minières : 2 521 600
  4. Tanneries : 1 930 000
  5. Sites de décharge industriels/municipaux : 1 234 000
  6. Sites industriels : 1 060 000
  7. Orpaillage artisanal : 1 021 000
  8. Industries manufacturières : 786 000
  9. Pétrochimie : 765 000
  10. Teinture : 430 000

Le plomb est l’élement trace métallique le plus problématique, il a été identifié dans plus de 500 sites pollués et affecte environ 16 millions de personnes dans les 49 pays étudiés par le rapport.


Des industries délocalisées qui profitent aux pays développés

Au delà du regard apitoyé que nous pouvons porter sur le sort de ces populations vulnérables et défavorisées, notre responsabilité est engagée. En effet, ces filières industrielles nous sont profitables : elles contribuent à produire les biens de consommation que nous utilisons quotidiennement : batteries, équipements électroniques, vêtements, bijoux, produits manufacturés, plastiques…


Les pays développés et en premier lieu l’Europe se targuent d’émettre moins de polluants dans le milieu naturel, mais c’est aussi et surtout le fait des délocalisations des filières polluantes  dans les pays à faible et moyen revenus où la législation et le coût du travail sont bien plus attractifs.
Ainsi, l’OCDE estime que la production totale de produits chimiques en 2020 sera 85 % plus importante qu’en 1995 et que près d’un tiers de celle-ci se fera dans les pays en voie de développement contre environ 1/5 en 1995.


Malheureusement les populations des pays en voie de développement sont plus vulnérables aux polluants chimiques qui proviennent des process industriels par manque de connaissance, de bonnes pratiques, de règles de sécurité. De surcroît, elles souffrent d’un déficit d’infrastructures de santé ou n’y ont pas suffisamment accès. Enfin, les populations les plus pauvres sont souvent carencées au niveau de l’alimentation et de l’hygiène de vie, ce qui augmente les risques sanitaires et la vulnérabilité aux polluants industriels, particulièrement chez les enfants.


D’où la nécessité, une nouvelle fois, de réduire notre consommation à l’essentiel et d’opter pour un autre modèle de développement où l’acte d’achat n’est plus le moteur d’un pseudo bonheur.


Notes

  1. Le Blacksmith Institute est une organisation internationale à but non lucratif dédiée à la résolution des problèmes de pollution mortelle dans le monde en voie de développement. Spécialiste mondial dans ce domaine, le Blacksmith Institute répond à un besoin essentiel qui est d’identifier et de nettoyer les sites les plus gravement pollués dans le monde, et en priorité ceux dont la pollution met des vies humaines, plus particulièrement celle d’enfants, en danger. Basée à New York, l’Institut Blacksmith agit dans le cadre de partenariats avec les pouvoirs publics, la communauté internationale, les ONG et des collectivités locales, afin d’élaborer et de mettre en œuvre des solutions innovantes et économiquement viables pour sauver des vies. Depuis 1999, le Blacksmith Institute a mené à bien 50 chantiers d’assainissement et en conduit actuellement plus de 30 dans 15 pays.

  2. La Croix Verte Suisse facilite la réparation de dommages substantiels causés par des désastres industriels et militaires et l’assainissement des sites contaminés pendant la Guerre Froide. Elle a pour objectif d’améliorer la qualité de vie des populations affectées par les contaminations chimiques, radioactives et autres, et de promouvoir le développement durable dans un esprit non de confrontation mais de coopération.

  3. Le Rapport 2012 « World’s Worst Pollution Problems » est le dernier d’une série de rapports sur la pollution qui sont publiés chaque année depuis 2006 qui dresse l’état des lieux des pires pollutions dans le monde. Ces rapports ont permis une prise de conscience collective de l’impact sanitaire des pollutions toxiques, et ont pu, dans certains cas, obliger au nettoyage de points noirs de pollution. Ces rapports sont publiés conjointement par le Blacksmith Institute et La Croix Verte Suisse depuis 2007. Tous les rapports sont téléchargeables sur www.worstpolluted.org.

 

 

 

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Japon: la centrale nucléaire Higashidori serait construite sur une faille active

Publié le par Gerome

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Quatre experts se sont rendus la semaine dernière sur le terrain pour effectuerde nouveaux examens, dans le cadre d'une mission diligentée par l'Autorité de régulation nucléaire du Japon. Réunis jeudi 20 décembre à la demande de cette dernière, ils ont conclu à l'existence possible d'une faille active sous le site.



L'autorité de régulation doit entendre le 26 décembre les responsables de la compagnie d'électricité Tohoku Electric Power (Tepco) qui exploite cette centrale actuellement à l'arrêt. Si à l'issue de cette nouvelle réunion l'autorité conclut qu'il y a un danger de faille active, le site risque de ne pas pouvoir être remis en exploitation.


DES EXAMENS SIMILAIRES DANS D'AUTRES CENTRALES


Dans les précédentes semaines, des examens similaires ont déjà eu lieu pour deux autres centrales, à Oi (où deux réacteurs sur quatre sont en activité) et à Tsuruga (où les deux tranches sont arrêtées). Le président de l'autorité nucléaire, Shunichi Tanaka, avait laissé entendre qu'il serait difficile d'autoriserle redémarrage du réacteur no 2 de la centrale de Tsuruga (ouest) à cause d'un risque de faille active, et qu'un démantèlement était possible.

Les conclusions sur Oi sont pour le moment ajournées, en raison de divergences de vues entre experts. Des examens doivent aussi être pratiqués sur les terrains de deux autres centrales (Shiga et Mihama) ainsi que près du surgénérateur expérimental de Monju.


A ce jour, seuls deux réacteurs (les nos 3 et 4 d'Oi) sur un parc de cinquante sont en service au Japon. Les autres sont maintenus à l'arrêt par mesure de précaution et en raison de nouveaux tests de résistance aux catastrophes naturelles imposés par le gouvernement après l'accident de Fukushima à la suite du tsunami de mars 2011. Aucun ne peut redémarrer sans le feu vert de la nouvelle autorité nucléaire créée en septembre et qui est en train de revoir les standards de sécurité.

 

 


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Deux fois plus de pesticides autorisés dans les fruits et légumes

Publié le par Gerome

En 2011, la multiplication par cinq des taux de pesticides "admis" dans l'eau potable est passée comme une goutte au robinet. Au tour des fruits et légumes de voir leur concentration "autorisée" en pesticides multipliée par deux... en toute discrétion.

 

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La Direction Générale Santé-Consommation (DG Sanco) de la Commission européenne a réussi une prouesse technique hors du commun : réduire de 3% en 2009 à 1,5% en 2010 la proportion de fruits et légumes contenant des pesticides au-delà des Limites Maximales de Résidus autorisés (LMR)... Génial ! Sauf que, nous révèle l'assoce Générations Futures, cette baisse est purement arithmétique. En réalité, la DG Sanco a arbitrairement sorti de son chapeau une valeur d'"incertitude analytique" de 50%. Ce qui signifie que lorsqu'un pesticide est mesuré à un taux de 2 mg/kg, l'on considère désormais que sa concentration réelle se situe entre 1 et 3 mg/kg. Et c'est là que le lapin sort du chapeau : "la valeur qui sera retenue pour juger d'un éventuel dépassement de LMR est - non la valeur mesurée mais - la valeur inférieure de cet intervalle", soit 1 mg/kg... voilà comment, d'un coup de baguette magique, la Commission Européenne vient de diviser par deux les taux de pesticides contenus dans tous les fruits et légumes de l'Union Européenne.


Une baisse en trompe l'oeil (de perdrix)...

Cette disposition est applicable depuis la campagne d'analyses 2010. "Le pourcentage des fruits et légumes contenant des pesticides a pourtant augmenté de 37,9% en 2009 à 40,7% en 2010 mais le tour de passe-passe de la DG Sanco a permis de faire croire à une amélioration concernant les dépassements de LMR grâce à un artifice de calcul !" s'insurge François Veillerette, président de Générations Futures, dans un communiqué. Augmentent aussi les pourcentages de fruits et légumes contenant plus de deux pesticides, ainsi que ceux renfermant plus de dix molécules chimiques différentes. Et Générations Futures d'insister : "la France applique de plus les directives de la DG Sanco de manière surprenante, en ne considérant comme dépassement de la LMR que les valeurs > 150% de la LMR"...

Un "tour de passe-passe" "énorme"... qui mériterait bien un prix Nobel (?) : sous vos applaudissements...

 

 

 


Publié dans Nutrition & Santé

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Pollution de l'eau potable confirmée à proximité d'exploitations de gaz de schistes

Publié le par Gerome

Fin septembre 2012 se tenait une conférence sur les gaz de schistes "The changing outlook for U.S. energy : will shale gas transform America's future ?". Organisée par le "Howard Baker Forum" et le "Lawrence Livermore National Laboratory", cet évènement a rassemblé les principaux décideurs dans le secteur du gaz de schistes : hommes politiques, économistes, experts académiques et industriels. Les intervenants ont porté un message globalement rassurant sur la fracturation hydraulique, estimant que les pollutions qui avaient pu être liées aux exploitations de gaz de schistes étaient associées à de mauvaises pratiques ou à une insuffisante réglementation.  

 

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Au même moment, l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis (United States Geological Survey - USGS) a publié les résultats de l'analyse de sources d'eau potable à Pavillion, au Wyoming[1], une région où opèrent de nombreuses exploitations de gaz de schistes. Les tests montrent la présence d'importantes concentrations de gaz comme l'éthane, le propane ou le diesel, dans une eau supposée être potable, ce qui a relancé le débat sur l'impact environnemental et sanitaire de la fracturation hydraulique.

Ces résultats viennent confirmer ceux obtenus par l'Agence de protection de l'environnement américaine (Environmental Protection Agency - EPA) lors d'une étude préliminaire publiée l'année dernière[2]. Cette étude établissait un lien entre les liquides utilisés pour la fracturation et la pollution des ressources d'eaux souterraines. Ces premiers résultats indiquaient déjà la présence de produits chimiques de synthèse, de benzène et de méthane, en concentration bien supérieures aux niveaux autorisés par la réglementation américaine ("Safe Drinking Water Act"). Ces travaux avaient été validés par une étude indépendante en avril dernier[3], mais la confirmation des résultats par l'USGS est d'autant plus importante que l'administration de l'état du Wyoming et l'industrie du gaz et du pétrole, qui avaient critiqué la méthode utilisée par l'EPA, ont cette fois-ci participé à l'élaboration du protocole.



L'EPA avait obtenu des résultats similaires dès 2010 à la suite d'inquiétudes exprimées par les habitants de la région de Pavillion au sujet de la qualité de leur eau. En liaison avec le Ministère de la santé, et l'Agence des substances toxiques et des maladies (Department of Health, Agency for Toxic Substances and Disease Registry), l'EPA avait alors mis en place des recommandations pour les détenteurs de puits de Pavillion[4], les incitant à alterner leurs sources d'eau à usage domestique et à demander l'installation d'un système de ventilation dans les salles d'eau des particuliers. La société canadienne Encana, qui détient les droits d'exploitation de gaz de schistes à Pavillion, avait alors nié toute responsabilité dans une éventuelle pollution, mais s'était néanmoins engagée à prendre en charge les coûts engendrés par l'achat d'eau minérale.

Les résultats de l'USGS ne précisent pas la cause de la pollution observée au Wyoming mais ils relancent un débat en cours depuis plusieurs années aux Etats-Unis sur l'impact de la fracturation hydraulique sur la qualité de l'eau potable à proximité des zones d'exploitation. L'industrie du gaz de schiste a toujours réfuté tout lien de causalité entre le liquide de fracturation et la pollution observée. Les associations environnementales citent néanmoins plusieurs cas dans lesquels l'eau d'une région s'est trouvée fortement polluée à la suite d'exploitations de gaz de schistes (au Wyoming et en Pennsylvanie notamment . 

L'EPA, qui, en application de la loi fédérale sur l'eau (Safe Drinking Water Act), est responsable de la protection de la qualité de l'eau potable, n'a pas autorité en matière d'injections hydrauliques pour l'exploitation de gaz - sauf si celles-ci comportent du diesel -, en dépit de l'exemption controversée votée par le Congrès en 2005[7]. Cette loi s'appuyait alors sur une étude de l'EPA publiée en 2004 et qui se limitait à l'étude des gisements de gaz méthane d'origine houillière ("coalbed methane"), qui concluait à l'absence d'impact sur les réserves d'eau souterraines . Depuis, l'EPA a estimé qu'il était nécessaire de mener une étude sur les impacts environnementaux de la fracturation hydraulique. Les premiers résultats sont prévus d'ici la fin de l'année et les conclusions définitives pour 2014

Le fluide utilisé lors de la fracturation hydraulique est principalement composé d'eau et d'agent de soutènement (près de 99% en volume), auxquels sont ajoutés des produits chimiques pour améliorer l'efficacité de la fracturation. Si la composition de ce fluide varie selon les exploitations et relève du secret pour les exploitants, il se compose généralement de dizaines de produits chimiques différents (solvants, émulsifiants, acides, ...), dont certains sont reconnus comme cancérigènes ou toxiques. De nombreuses recherches sont actuellement conduites pour améliorer ce fluide et le rendre plus "écologique". A titre de démonstration de l'innocuité de son produit, le PDG d'Halliburton a récemment bu en public un verre de liquide de fracturation utilisé par sa société[10].

Les risques potentiels de pollution des nappes phréatiques liés à la fracturation hydraulique sont de plusieurs ordres. Tout d'abord, le processus de fracturation requiert des quantités très importantes d'eau: de 10 000 à 15 000 mètres cubes d'eau par puits soit l'équivalent de la consommation annuelle d'une centaine de personnes. Une telle demande pourrait donc entrer en conflit avec les besoins en eau potable des habitants d'une région. Dans les régions sans réserves en eau suffisamment importante, le transport de l'eau en camions-citernes -ce qui peut nécessiter jusqu'à 4 000 allers retours de camions par puits- est une source de pollution de l'air et de nuisances pour les populations (dégradations des infrastructures routières non adaptées, nuisances sonores, poussières, ...).

Par ailleurs, la totalité du fluide de fracturation ne peut actuellement être récupérée, et une partie de l'eau contaminée se retrouve donc bloquée sous la surface. En principe, cette eau est à un niveau plus profond que celui des nappes phréatiques et les couches géologiques étanches les séparant empêchent la propagation des polluants. Quant au traitement des effluents, la question n'est guère plus simple puisqu'il faut dépolluer des quantités d'eau très importantes, pour éliminer des dizaines de produits chimiques. De plus, lors de la fracturation de la roche, des éléments radioactifs, présents dans la roche, peuvent se détacher et contribuer à la pollution de l'eau. Les stations de traitement des eaux traditionnelles ont rarement la capacité de traiter de tels produits et de telles quantités d'eau. Or, un mauvais traitement de ces eaux polluées a des conséquences dramatiques pour la qualité de l'eau en aval et donc à terme pour l'eau potable des régions avoisinantes.

D'autres risques sont également évoqués au cours du procédé de fracturation. En cas de rupture d'étanchéité du tubage réalisé dans le puits, une fuite de méthane peut survenir et remonter vers les nappes phréatiques (ce qui n'est pas répertorié dans la réglementation comme un danger direct pour la santé, mais rend l'eau très inflammable. De même, une fuite du liquide de fracturation pourrait polluer les nappes phréatiques. Si l'utilisation de ce fluide n'est selon les études actuelles, pas dangereuse, parce que libéré à une grande profondeur, une fuite ou le non-respect des précautions nécessaires au procédé de fracturation pourraient entraîner une telle fuite. Enfin, dans le cas d'un accident en surface, le liquide de fracturation peut polluer les eaux de surface et les terres avoisinantes. L'étude de l'EPA devrait permettre de comprendre plus précisément les risques et d'adopter des réglementations plus appropriées au niveau des états ou au niveau fédéral.

 

 


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Les Indiens d’Amazonie poursuivent le Pérou en justice

Publié le par Gerome

u Pérou, les grandes organisations indigènes s’en prennent au gouvernement et aux puissantes compagnies pétrolières pour empêcher l’exploration gazière qui menace gravement les groupes isolés.

 

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Les organisations indiennes d’Amazonie (AIDESEPFENAMADORAU et COMARU) ont l’intention de poursuivre le gouvernement et les compagnies pétrolières en justice en raison d’un projet d’expansion des champs de gaz Camisea dans un territoire habité par plusieurs groupes d’Indiens isolés.

Le consortium qui a obtenu la concession – dont les compagnies Hunt Oil (nord-américaine), Repsol (espagnole) et Pluspetrol (argentine) – projette de raser la forêt pour installer un réseau de layons de prospection sismique, faire exploser des milliers de charges et forer des puits d’exploration.


75% de la concession de Camisea, dite bloc 88, est située au cœur de la réserve Nahua-Nanti qui avait été créée pour protéger les Indiens isolés de la région extrêmement vulnérables aux contacts avec le monde extérieur.

En 2003, un décret suprême avait été adopté interdisant toute exploration afin de protéger les Indiens de la réserve. Il établissait explicitement l’interdiction ’d’accorder de nouveaux droits d’exploitation des ressources naturelles [dans la réserve]’.

Cette interdiction était l’une des conditions exigées par la Banque interaméricaine de développement avant d’accorder un prêt au gouvernement péruvien pour la mise en place du projet Camisea.

Survival a appelé le gouvernement péruvien à cesser toute exploitation des territoires habités par des Indiens isolés et à respecter son engagement de ne pas effectuer de nouveaux projets d’exploration dans la région.


Dans une déclaration publiée la semaine dernière, les organisations indigènes ont indiqué que toute nouvelle opération d’exploration entraînerait ‘l’extinction’ des Indiens qui vivent dans la région : ‘La politique extractive du gouvernement péruvien donne la priorité au profit, au détriment de la vie des peuples indigènes…nous avons donc décidé de poursuivre l’Etat et les compagnies pétrolières en justice… pour protéger les tribus isolées de l’extinction et de la destruction de leur environnement’.

 

 


Publié dans Les bonnes nouvelles

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