Le niveau des mers augmente plus vite que prévu

Publié le par Gerome

Le niveau des mers s'élève, en raison du réchauffement du globe, 60% plus vite que ne l'avait projeté en 2007 le groupe d'experts de l'ONU sur le climat, le Giec, indique mercredi une étude scientifique.

 

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Les mers montent en moyenne de 3,2 millimètres par an, selon l'étude réalisée par trois spécialistes du climat et publiée dans la revue britannique Environmental Research Letters.

Or, la projection "la plus fiable" du Giec en 2007, basée sur des données de 2003, prévoyait une hausse de 2 millimètres par an d'ici 2010.

Dans son rapport de 2007, le Giec avait estimé que la hausse atteindrait de 18 à 59 centimètres d'ici à la fin du siècle, en raison notamment de la dilatation de l'eau, liée au réchauffement.


L'élévation pourrait atteindre, voire dépasser, un mètre, affirment désormais nombre d'études scientifiques. Un chiffre jugé crédible par l'un des auteurs de l'étude, dirigée par Stefan Rahmstorf de l'Institut de recherche sur l'impact du changement climatique de Potsdam (Allemagne).

"Cela signifie que les zones situées à moins d'un mètre au-dessus du niveau de la mer, où il y a une grande concentration de population comme au Bangladesh, vont disparaître", a déclaré l'un des co-auteurs Grant Foster de la société américaine Tempo Analytics.


"Il va y avoir des centaines de millions de réfugiés climatiques, ainsi que de possibles guerres et toutes sortes de conflits pour l'accès aux ressources", a-t-il ajouté.

L'estimation trop basse du Giec sur la hausse du niveau des mers peut s'expliquer par le fait que l'ampleur du phénomène de fonte des calottes glacières ou glaciers plus modestes était bien moins connue à l'époque.

Le cinquième rapport du Giec sera publié en trois parties: septembre 2013, mars 2014 et avril 2014.

 

 


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« On peut nourrir 10 milliards d’humains en bio sans défricher un hectare »

Publié le par Gerome

Interview - Résoudre la question alimentaire à l’échelle planétaire, en se passant de l’agriculture conventionnelle ? Ça ressemble à une utopie, mais c’est la réalité de demain, selon certains. Parmi eux, l’agronome Jacques Caplat. Entretien.

 

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Jacques Caplat est agronome et géographe.

L’idée que les rendements en bio sont plus faibles qu’en conventionnel est récurrente…

Si l’on considère que l’agriculture bio, c’est faire la même chose qu’en conventionnel moins la chimie, alors oui, c’est certain. Mais ça n’est pas ça du tout !

Que faut-il comparer, alors ?

Le système conventionnel s’est construit sur l’idée qu’on peut augmenter les rendements en sélectionnant les semences. On les isole et on regarde comment on peut les faire produire au maximum dans un contexte artificiel. On obtient alors de très hauts rendements, mais ils n’ont plus aucune relation avec la réalité biologique. Et dans le réel, ces variétés doivent être soutenues en permanence par des pesticides et engrais chimiques. Elles deviennent très fragiles. Les parasites se précipitent dessus. Il faut multiplier les intrants. C’est un cercle vicieux. L’agriculture bio est un autre concept. C’est la mise en relation des trois grandes composantes de l’agriculture : un écosystème (le sol, les points d’eau, des haies), un agrosystème (plusieurs espèces végétales, des animaux) et des humains autonomes, en situation de prendre des décisions et non de se les voir imposer par des semenciers ou des politiques.


Ce concept fonctionne de façon optimale avec un mélange de cultures sur une même parcelle. Des légumineuses, parce qu’elles sont capables de capter l’azote de l’air. Des arbres, parce qu’ils vont chercher le potassium en profondeur et le restituent en surface. Il n’y a plus de concurrence entre les plantes, mais une complémentarité. Cela permet de bien meilleurs rendements. En Europe, un hectare de blé conventionnel produit 10 tonnes par an. Sur une même surface consacrée au maraîchage diversifié, avec 20 à 30 espèces différentes, on atteint entre 20 et 70 tonnes. Les légumes contenant plus d’eau que le blé, on peut ramener ces chiffres entre 15 et 25 tonnes de matière sèche. Le rendement est deux fois plus grand !

Vous soutenez que l’agriculture bio est le seul système viable dans les pays tropicaux…


Le système conventionnel ne marche qu’en milieu tempéré. Il lui faut une stabilité climatique. Dans les pays tropicaux, les excès de pluie ou de sécheresse peuvent anéantir une année de production en monoculture. L’agriculture associée est plus adaptée. On peut semer des espèces résistantes à la sécheresse, d’autres à des conditions plus humides. Le rendement de chacune n’est pas garanti, mais le rendement global l’est. Et s’il y a des arbres, ils stabilisent les sols et limitent l’érosion. Or, ces conditions aléatoires atteignent les milieux tempérés. Avec le réchauffement, les incidents climatiques sont plus fréquents. Et notre système est d’autant plus fragile que les sols se sont appauvris.

Que disent les études scientifiques sur cette question ?


L’université anglaise de l’Essex a réalisé en 2006 une synthèse sur 57 pays et 37 millions d’hectares. Elle conclut que les rendements sont 79 % plus élevés en agriculture bio dans les zones tropicales. Le Programme des Nations unies pour l’environnement évaluait en 2008 que le passage en bio en Afrique permettrait de doubler les rendements. Olivier de Schutter, rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, écrivait en 2010 : « Pour nourrir le monde, l’agroécologie surpasse l’agriculture industrielle à grande échelle. » Un bémol cependant : en 2006, l’université américaine du Michigan montrait que la conversion intégrale en bio de l’Amérique du Nord et de l’Europe ferait chuter leurs rendements de 5 % à 10 %. Car il s’agirait, dans ce cas, de faire du conventionnel sans chimie, de la monoculture.

 

Mais à long terme, si l’on répand les techniques de cultures associées, on peut penser qu’il y aura une amélioration. Et puis, comme dans les pays tropicaux les rendements augmenteront énormément, à l’échelle planétaire, tout ira bien ! On peut nourrir 10 milliards d’humains sans défricher un hectare de plus. D’un point de vue agronomique, c’est indéniable.

Cette transition est-elle possible ?


Dans les années 1960, on s’est donné un objectif, celui d’une révolution agricole industrielle, et on y est parvenu. Pourquoi pas aujourd’hui ?

Qu’attendre de la réforme de la PAC, la politique agricole commune, en 2013 ?


Elle ne va pas changer la donne. Mais sur la plan national, on peut expliquer aux paysans que l’agriculture bio, c’est l’avenir. Pour 90 % d’entre eux, c’est ringard. Alors que techniquement, c’est très moderne. Beaucoup de progrès récents en sont issus. On peut ensuite faire de l’accompagnement. Et une réforme fiscale. L’agriculture bio réclame plus de main-d’œuvre. Or, aujourd’hui, il est plus avantageux d’acheter une machine que d’embaucher.

Que pensez-vous de la politique du gouvernement actuel ?


Je suis sceptique et déçu. L’objectif du Grenelle d’atteindre 20 % de bio en 2020 n’était pas mauvais. Signé par tous les partis, il permettait de faire basculer les choses. Mais à la Conférence environnementale de septembre dernier, l’objectif a été fixé à 7 % en 2017. Il n’y a aucune ambition politique. Il faudrait dès aujourd’hui consacrer 20 % de la recherche et des moyens d’accompagnement à l’agriculture bio. Or, à l’Inra, seuls 2 % à 3 % des chercheurs sont dessus. Et il s’agit de volontés individuelles !

Et au niveau international ?


C’est très complexe. Prenez la région d’Atakora, au Bénin. Des associations se sont montrées capables de nourrir l’ensemble du pays avec des méthodes d’agroécologie. Mais les paysans ne peuvent pas vendre leur mil à Cotonou, la capitale, car le blé, français ou américain, y est vendu moins cher. Un mécanisme de compensation, prenant en compte les coûts environnementaux (pollution des nappes, conséquences sur la santé) rendrait la concurrence plus juste. —

 

 


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Ouverture du sommet de Doha sur le réchauffement climatique

Publié le par Gerome

Cette année encore, les perspectives d’avancées sont limitées.

 

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Ils sont très peu nombreux à encore y croire depuis la débandade de Copenhague. C’était il y a trois ans presque jour pour jour. Un spectacle épouvantable, une démission collective – seule l’Union Européenne (UE) a joué le jeu – face à l’urgence climatique qui a laissé des traces. Depuis, la communauté internationale a un peu avancé, tandis que les scénarios apocalyptiques se sont multipliés.


« Même en doublant nos taux mondiaux de décarbonisation chaque année jusqu’en 2050, le réchauffement climatique atteindrait encore six degrés celsius », a ainsi prédit le cabinet PwC dans un rapport intitulé Low Carbon Economy Index, évoqué dans ces colonnes début novembre, tandis que l’Agence européenne de l’environnement (AEE) déplore des bouleversements qui affecte le Vieux Continent dans son ensemble. Transfert des technologies vertes vers les pays du Sud – les moins pollueurs, mais les plus exposés à la hausse du thermomètre mondial -, lutte contre la déforestation, responsabilisation des principaux États émetteurs de gaz à effet de serre, la Chine et les États-Unis, mais aussi les pays en développement (PED), préservation du Protocole de Kyoto : les Nations Unies ont fort à faire et il va sans dire que la conférence qui s’ouvre aujourd’hui à Doha (Qatar) ne résoudra pas tous les problèmes, loin de là.


Nonobstant la conjoncture économique toujours déprimante, elle débute de surcroît dans un contexte difficile, même si les dommages considérables qui ont fait suite au passage de l’ouragan Sandy ont replacé (du moins dans les discours officiels) le changement climatique parmi les priorités de Barack Obama, fraîchement réélu et dont l’absence lors du dernier sommet international de Durban (Afrique du Sud) a logiquement été mal vécue par les associations de protection de l’environnement.

 

Successeur d’Hu Jintao à la tête du Parti communiste chinois (PCC) et à ce titre nouveau leader de l’Empire du Milieu, Xi Jinping ne devrait quant à lui pas initier le grand bond en avant vert dont la future première puissance économique mondiale a pourtant besoin, même si Pékin est en train de mettre en place un marché carbone regroupant des villes et des provinces-pilotes. Rappelons enfin que l’Oncle Sam n’a jamais ratifié le Protocole de Kyoto, « lâché » l’an passé par le Canada et auquel la Russie et le Japon pourraient bien eux aussi tourner le dos.

 

Un protocole en péril


Une fois encore, l’UE devrait donc être bien seule à montrer l’exemple. « Pour les observateurs, Doha ne sera qu’une conférence d’étape sans grandes avancées et dont le principal objet est de faire progresser le compromis obtenu à Durban (Afrique-du-Sud) l’an dernier », abondent nos confrères du site Internet Actu-environnement.com, selon lesquels « l’obtention d’un calendrier de négociation fixant des délais pour négocier les points clés du futur accord et le prolongement du protocole de Kyoto constituent les deux principales avancées tangibles attendues par les négociateurs ».


La conjoncture économique, encore et toujours elle, restreint la marge de manoeuvre d’États qui, d’une façon générale, apparaissent de moins en moins ambitieux, ou en tout cas pas disposés à améliorer leurs engagements, alors même que le réchauffement climatique (), promis à s’aggraver de l’avis de nombreux spécialistes, devrait appeler des réponses fortes. Sachant que les pays du Sud ont d’importantes revendications, en particulier sur l’épineuse question du financement des dispositions pour leur faciliter leur adaptation aux répercussions de la montée des températures, les quinze prochains jours promettent d’être mouvementés.


La question sensible de la prolongation du Protocole de Kyoto, dont la première période d’engagement s’achève le 31 décembre prochain, en attendant la difficile élaboration d’une nouvelle concorde, qui doit être discutée à compter de 2015 pour une entrée en vigueur à l’horizon 2020, ne sera pas éludée. Outre l’UE, l’Australie, la Norvège et la Suisse sont favorables à la poursuite du processus, quand bien même le texte, adopté en 1997, est aujourd’hui très éloigné de la réalité des rejets carbone mondiaux et laisse les mains libres à de gros pollueurs jadis en développement comme la Chine et l’Inde. L’enjeu est de taille, celui-ci demeurant le seul outil juridique contraignant dont dispose la communauté internationale.


Le mieux étant l’ennemi du bien, les émissions de gaz à effet de serre ne cessant de croître, il serait terrible qu’elle se retrouve orpheline de lui pendant au moins trois ans…

 

 


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Recyclage du plastique : la France 21eme sur 29 !

Publié le par Gerome

Plastique ou verre, rien n'est fait pour offrir une incitation pécunière aux français...
La consigne des bouteilles de verre il y a plusieurs années, pour quelque francs, était incitative. 
On nous demande de trier, mais les taxes ne baissent pas pour autant, et les entreprises privées du secteur s'enrichissent avec le tri gratuit que font les gens...c'est une vaste arnaque une fois de plus ! En Allemagne les gens sont rétribués lorsqu'ils retournent les bouteilles, alors qu'on ne vienne pas nous culpabiliser avec leur soi disant civisme...
Une fois de plus vive la France !

 

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Taux de recyclage en France des emballages en matières plastiques


A part l’Allemagne qui connaît une longue décrue de sa capacité à recycler les emballages en matières plastiques, tous les autres pays progressent selon une même tendance. Mais la France est en dernière position.


La France est à la traîne dans le recyclage du plastique avec une peu enviable 21e place européenne, selon une étude publiée la semaine dernière qui appelle à ce que l'incontournable dérivé du pétrole cesse totalement de finir à la décharge.
Seulement un cinquième (19,2%) des 3,3 millions de tonnes de plastique mis au rebut l'an passé dans l'Hexagone a eu droit à une deuxième vie, selon des chiffres publiés par Plastics Europe, la fédération européenne de l'industrie du plastique. C'est mieux qu'en 2010 (17,5%), notamment grâce à de gros progrès dans l'automobile et les objets électroniques ou électriques.

 


Mais au rythme actuel, il faudrait encore 20 ou 40 ans pour que tous les plastiques soient recyclés ou du moins brûlés dans un incinérateur pour produire par exemple de la chaleur, selon Michel Loubry, le directeur de Plastics Europe pour l'ouest du Vieux Continent. "Nous souhaitons qu'il n'y ait plus un seul déchet plastique valorisable qui aille en décharge d'ici 2020", a-t-il plaidé jeudi.

Usages potentiels multiples

 
Si cet effort était fait au niveau européen, c'est plus d'un milliard de barils de pétrole d'une valeur de près de 80 milliards d'euros qui pourraient être économisés, a-t-il souligné. De nouvelles bouteilles, mais aussi des couettes, des pulls, des films d'emballage, des bacs, des tubes... jusqu'à récemment le fil d'une robe de haute couture en Italie: les usages potentiels d'une simple bouteille d'eau minérale sont immenses.

Mais la France a encore beaucoup de chemin à faire. Elle apparaît au 21e rang sur 29 pays (Union européenne plus Suisse et Norvège) du classement annuel établi par Plastics Europe. En prenant en compte l'incinération (moins vertueuse que le recyclage mais plus que la décharge), la France remonte au 10e rang avec 60,9%. Mais elle est là aussi très loin des neuf premiers pays (Benelux, Scandinavie, Allemagne, Autriche et Suisse), qui sont tous au-delà des 90%.

 


Comment progresser ? 

 
Eco Emballages, l'organisme qui gère le recyclage des emballages ménagers expérimente actuellement une extension du tri du plastique auprès 3,7 millions de Français: il s'agit de séparer tous les emballages plastiques, et non plus les seuls bouteilles et flacons. Les premiers enseignements de cette expérience ont été positifs, avec une augmentation des tonnages collectés (+13%), même si de nouvelles erreurs de tri sont apparues (brosses à dents, jouets, pots de fleurs, etc.)

Côté industriels, les gros efforts à faire concernent les films servant à emballer les palettes de livraisons, les fûts et divers types de conteneurs ou encore les grandes caisses et cales en polystyrène, souligne Vincent Colard, chargé de mission environnement à la fédération de l'emballage Elipso.

Augmenter les taxes?
"Il y a des choses qu'on n'arrivera pas à recycler, comme les tubes de rouge à lèvres ou les dosettes de café qui mélangent métal et plastique. Ou d'autres qui ne sont plus recyclables, les déchets ultimes. Mais sinon quand il y a un volume suffisant pour avoir un modèle économique, techniquement on peut le faire", souligne-t-il.

Autre piste: assortir l'obligation de ne pas mettre le plastique en dépôts d'ordures d'un pouvoir de sanction, ou encore augmenter les taxes de mise en décharge pour encourager le tri en amont. Cette hausse des taxes risque toutefois de faire grincer des dents chez les grands opérateurs de ces "centres de stockage" comme Veolia ou Suez Environnement, reconnaît une professionelle du recyclage.

Reste que l'invasion du plastique --dont le monde était encore pratiquement vierge en 1950-- a de quoi donner le vertige. En 2011, 280 millions de tonnes (28.000 tours Eiffel) ont été produites dans le monde, un chiffre en hausse de plus de 5% sur un an et le triple d'il y a 30 ans, selon Plastics Europe.

 

 


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Les deux tiers des arbres dans le monde sont menacés de dépérissement

Publié le par Gerome

Les forêts, poumons de la Terre, sont menacées de dépérissement. Les arbres se montrent beaucoup plus vulnérables à la sécheresse que ce que les scientifiques imaginaient. Quand ils manquent d'eau, ils font des embolies : des bulles d'air obstruent les vaisseaux de transport de la précieuse sève des racines à leurs cimes. Un dessèchement fatal les guette. Toutes les espèces sont concernées : feuillus ou conifères. Tous les climats également : humides ou secs.

 

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Pour la première fois, une vaste étude internationale jette un regard global sur ce phénomène. Sur plus de 220 espèces réparties dans 80 régions aux climats variés, leurs conclusions, publiées en ligne dans la revue Nature mercredi  21 novembre, pointent une vulnérabilité alarmante pour l'avenir des écosystèmes.


 

Environ 70 % des arbres étudiés seraient sur le fil du rasoir, fonctionnant à la limite de l'embolie. Leurs marges de manœuvre sont étroites, qu'ils poussent en zone tropicale, en zone tempérée ou en zone de type méditerranéen. "Tous les arbres et toutes les forêts du globe vivent en permanence à la limite de leur rupture hydraulique. Il y a donc une convergence fonctionnelle globale de la réponse de ces écosystèmes à la sécheresse", résume Hervé Cochard, chercheur à l'INRA, à Clermont-Ferrand, et coauteur de l'étude pilotée par Brendan Choat, de l'université Western Sydney (Australie), et Steven Jansen, de l'université d'Ulm (Allemagne).


Cette découverte étonnante conduit à envisager des scénarios catastrophe, sur lesquels les chercheurs ne se prononcent pas : les évolutions prévues du climat devraient être marquées par des épisodes de sécheresse plus fréquents. Une mortalité accrue des arbres fait planer sur les écosystèmes une nouvelle menace, non prise en compte actuellement dans les scénarios climatiques.

DES CHERCHEURS TRANSFORMÉS EN PLOMBIERS DE LA BIOSPHÈRE


Pour aboutir à ces constats, les chercheurs se sont transformés en plombiers de la biosphère, afin de sonder l'état de santé des systèmes vasculaires de transport du liquide nutritionnel chez les plantes. La probabilité d'apparition de bulles d'air dans la sève augmente si l'arbre est contraint d'aspirer plus fort la sève dans ses ramifications. C'est ce qui arrive en cas de fortes chaleurs, qui augmentent la transpiration de l'arbre, ou lors d'une carence en eau, qui oblige la plante à pomper intensément.


Ce phénomène d'embolie ou de cavitation a été mesuré dans les années 1960 en utilisant des microphones enregistrant l'éclatement de ces bulles. Depuis, les techniques ont été perfectionnées et les chercheurs sont capables de mesurer à partir de quelle pression dans la sève la conduction hydraulique est diminuée de moitié par la formation de bulles. Ce seuil de vulnérabilité est ensuite comparé à la pression de sève, mesurée in situ pour différentes espèces.


Mauvaise surprise, les scientifiques ont découvert que cette différence est finalement faible pour la majorité des espèces recensées. "Que les forêts de type méditerranéen, soumises à des sécheresses, soient proches de ce seuil n'est sans doute pas étonnant. Mais même les forêts tropicales ont peu de marge de manœuvre", constate Hervé Cochard.

"J'ai pu récemment observer en Guyane que la saison sèche, particulièrement aride cette année, a causé des dégâts. Les plantes pourront sans doute s'en sortir, mais que se passera-t-il si ces épisodes se multiplient ?", s'interroge Jérôme Chave, du laboratoire Evolution et diversité biologique du CNRS, à Toulouse.


 LES ARBRES PEUVENT "MOURIR DE FAIM", PAS SEULEMENT DE SOIF


En 2010, dans la revue Forest Ecology and Management, une autre équipe avait alerté sur le nombre inquiétant de forêts affaiblies par la sécheresse. Les 88 zones recensées depuis 1970 n'étaient pas toutes en zone aride, et leur nombre était en augmentation.

"La tendance à la hausse se poursuit. En vingt ans, les superficies connaissant un dépérissement des forêts ont été multipliées par quatre. Dans l'Ouest canadien, c'est une zone équivalente à la forêt française qui est dans ce cas", précise Michel Vennetier, de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture, à Aix-en-Provence, coauteur de l'étude de 2010. Le chef de cette équipe, Craig Allen, plaide d'ailleurs pour un observatoire mondial du dépérissement des forêts, trop de zones, comme la Russie, restant hors des radars faute de données fiables.


"Il est un peu exagéré de faire des problèmes d'embolie la cause unique des dépérissements et mortalité des arbres. D'autres causes existent", note Hendrik Davi, de l'INRA à Avignon. Les arbres peuvent, par exemple, également "mourir de faim" à la suite d'une sécheresse, et pas seulement de soif.

Le premier réflexe d'un arbre soumis à un stress hydrique ou de température est de fermer les organes qui lui permettent d'échanger avec l'extérieur, les stomates. Cela pour éviter la transpiration. Mais ce faisant, le CO2 n'est plus absorbé, et la photosynthèse ne peut plus produire les sucres nécessaires à la croissance. Celle-ci ralentit. L'arbre puise alors dans ses réserves, jusqu'à l'épuisement et éventuellement la mort.


 "DISPOSER DE DONNÉES PHYSIOLOGIQUES MONDIALES"


La fin peut être accélérée par l'arrivée d'insectes, comme les scolytes, qui profitent de cet affaiblissement du végétal pour le coloniser. Les "légistes" ont donc souvent du mal à identifier une cause unique lors d'un décès. "Au minimum, ce phénomène de cavitation est un facteur déclenchant. Le seuil que nous avons estimé est aussi le seul trait physiologique pour lequel nous ayons une vision globale", indique M. Cochard.

Son équipe a constaté que les arbres ont des capacités d'adaptation. Ainsi, selon leurs estimations, 40 % des feuillus vivent au-dessus du seuil d'embolie, alors que seuls 6 % des conifères en sont capables. Ce qui prouve que des stratégies de résistance existent. Mais leurs mécanismes ne sont pas encore compris, et les auteurs notent que "ces réparations ne peuvent fonctionner que si les périodes de sécheresse sont suivies de précipitations suffisantes pour revenir à la normale".


"En Provence, les années suivant la canicule de 2003 ont également été très sèches, et nous avons constaté des mortalités importantes sur les pins sylvestres, les sapins et les chênes-lièges quelques années après", rappelle Michel Vennetier.

"C'est important pour nous de disposer de données physiologiques mondiales. Nous pourrons ainsi les intégrer dans nos modèles climatiques tenant compte de la végétation et faire le lien entre les échelles globales et locales. Mais il est trop tôt pour se prononcer sur les conséquences de la découverte de ces risques d'embolie", estime Nicolas Viovy, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (CEA-CNRS-université de Versailles-Saint-Quentin), spécialiste de ces questions de modélisation.

 

 


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