Le stockage de l'électricité, véritable enjeu des énergies renouvelables

Publié le par Gerome

Sur l'île de La Réunion, quand le soleil est au zénith, les champs de panneaux photovoltaïques fournissent jusqu'à 30 % de la demande d'électricité. Impossible d'aller au-delà : un arrêté du 23 avril 2008 a fixé ce plafond pour les énergies intermittentes, solaire et éolien. Car que survienne un passage nuageux ou une saute de vent et la production chute brutalement, menaçant de déstabiliser le réseau.

 

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L'exemple réunionnais illustre le rôle crucial qu'est appelé à jouer le stockage de l'énergie dans l'essor des filières renouvelables. Au moment où la France se prépare à tenir un débat national sur la transition énergétique, cette question est, avec celle de la réduction des coûts, l'une des clés, ou plutôt l'un des verrous sur lesquels travaillent électriciens et chercheurs.


EXPLOITER TOUT LE "JUS"


L'enjeu n'est pas seulement de mieux gérer le réseau en lissant pics et creux de production. Il est aussi d'exploiter tout le "jus" que peuvent livrer les fermes solaires et éoliennes lorsqu'elles fonctionnent à plein rendement, en emmagasinant le courant non consommé pour le restituer à la demande, quand le soir tombe ou quand le vent faiblit.


Des systèmes de stockage sont également nécessaires pour les sites isolés, comme les îles ou les villages de montagne non raccordés au réseau. Il en faudra aussi pour accompagner le développement du parc de véhicules électriques ou hybrides : sans réserves mobilisables à volonté, aucun réseau de distribution ne supporterait le choc de millions de véhicules se rechargeant au même moment, le plein d'une batterie consommant à peu près autant d'électricité qu'une maison.


Le stockage de l'énergie se pratiqueen réalité de longue date, grâce aux barrages hydrauliques et aux stations de transfert d'énergie par pompage (STEP), formées de deux réservoirs d'altitude différente, entre lesquels l'eau est pompée lors des périodes de faible consommation, pour être relâchée vers une turbine lors des périodes de forte demande.

En France, EDF exploite une trentaine de stations de ce type, dont six de grand gabarit dans les Alpes, les Ardennes et le Massif central, la plus importante étant celle de Grand'Maison, en Isère. "La puissance disponible est d'environ 5 gigawatts (GW) et il est possible d'installer 2 ou 3 GW supplémentaires", indique Jean-François Astolfi, directeur de la production hydraulique.


CONTRAINTES FONCIÈRES


EDF a dans ses cartons plusieurs projets de nouvelles STEP. L'une des pistes explorées est celle de stations côtières alimentées par de l'eau de mer, comme il en existe déjà sur l'île d'Okinawa, au Japon, et comme il en est envisagé en Guadeloupe, sur le site de Petit-Canal, déjà équipé d'un parc éolien et photovoltaïque.

Toutefois, le développement de ces installations est limité par les contraintes foncières ou environnementales. "L'hydraulique doit trouver sa place dans les différents usages de l'eau, qui ne peut être confisquée aux seules fins énergétiques", observe Jean-François Astolfi. Si, sur le papier, les massifs montagneux ou le littoral de la Manche se prêtent à merveille à la construction de STEP, on imagine mal une station de pompage-turbinage accrochée à un lac de la Vanoise ou aux falaises d'Etretat... En outre, ces systèmes de grande puissance sont mal adaptés à la desserte de sites non raccordés au réseau.


D'où la recherche d'autres solutions de stockage. A commencer par les batteries, semblables à celles qui alimentent les appareils électroniques, la taille exceptée : il s'agit ici d'accumulateurs géants, de plusieurs mètres cubes, qui peuvent être disposés en série.

La Réunion est pionnière dans ce domaine : depuis fin 2009, elle teste à Saint-André, dans le nord-est de l'île, une batterie de grande capacité (1 mégawatt) sans équivalent en Europe. Ce n'est qu'un début : les derniers appels d'offres lancés par la Commission de régulation de l'énergie, pour la construction de fermes solaires et éoliennes dans les territoires d'outre-mer et en Corse, prévoient tous des systèmes de stockage.


D'autres technologies sont étudiées : air comprimé, volants d'inertie, stockage thermique ou thermochimique, supercondensateurs... L'hydrogène (obtenu par électrolyse de l'eau puis reconverti en électricité dans une pile à combustible) est aussi une voie prometteuse, expérimentée depuis quelques mois en Corse, près d'Ajaccio.

"Les besoins de stockage vont fortement augmenter dans les années à venir", est convaincue Hélène Burlet, responsable scientifique du Laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles (Liten) au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). "Des solutions sont déjà disponibles, d'autres sont en développement. Mais toutes restent chères et nécessitent encore des recherches", ajoute-t-elle.


LABORATOIRES GRANDEUR NATURE


Les régions insulaires constituent, à cet égard, des laboratoires grandeur nature. "Elles préfigurent le paysage énergétique du territoire métropolitain dans les prochaines décennies", estime Stéphane Lascaud, chef de projet sur la gestion de l'intermittence à EDF.

Le dernier "bilan prévisionnel", publié en septembre, du gestionnaire du réseau de transport d'électricité français (RTE) fait l'hypothèse, dans un scénario de "réduction significative de la capacité nucléaire en France", d'un parc d'énergies renouvelables de 40 GW pour l'éolien et 30 GW pour le photovoltaïque, à l'horizon 2030. Soit respectivement 6 et 9 fois le potentiel actuel.


Tout dépendra bien sûr du cap que fixera la loi de programmation sur l'énergie annoncée pour juillet 2013. Mais, dans tous les cas, il y faudra des capacités de stockage à grande échelle.

 

 


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Chine: Une étude révèle une pollution côtière grave et étendue

Publié le par Gerome

Une étude nationale chinoise semble indiquer une pollution côtière très étendue en Chine, les écosystèmes marins étant particulièrement menacés.

 

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Les résultats d’une étude marine nationale chinoise réalisée sur une période de huit ans peignent un tableau dérangeant de l’environnement côtier de la Chine.L’étude, lancée en 2004 par l’Administration Océanique d’Etat de la Chine (SOA) et terminée le mois dernier, est « l’étude marine la plus complète jusqu’à présent » réalisée dans le pays, d’après Gao Kunshan, un écologiste marin à l’Université de Xiamen, qui n’a pas été impliqué dans le projet.

L’étude « fournit une bonne base pour protéger et gérer les ressources marines » a déclaré Liu Xigui, directeur de la SOA, d'après un article du journal Nature.

Mais cette étude non publiée montre que ces ressources sont en danger, d’après Xinhua, l’agence de presse nationale. Près de 90% des villes côtières sont affectées par des pénuries intermittentes d’eau. Les mangroves de la Chine ont enregistré une réduction de leur superficie de 73% et les récifs de corail de 80% depuis les années 1950, et les zones humides côtières ont diminué de 57%.

Près d’un tiers de ces pertes de zones humides côtières sont liées à la ré-attribution des terres. « Les projets à venir de ré-attribution des terres doivent être évalués avec plus de précaution » indique le rapport.

La dernière décennie a enregistré une augmentation continue de la pollution déchargée dans les estuaires, et les trois-quarts de ces décharges ne respectaient pas les limites régulatrices. Près de 48 estuaires sont contaminés par des métaux lourds, l’insecticide DDT et des hydrocarbures.

Ces polluants, combinés aux rejets et aux écoulements de fertilisants chimiques et de fumier animal provenant des champs agricoles, ont entraîné l’accumulation de nutriments en quantité excessive ainsi que des invasions dangereuses d’algues dans les eaux côtières, indique Sun Song, directeur de l’Institut d’Océanologie de l’Académie chinoise de Sciences à Qingdao.

L’étude montre qu’au cours des 20 dernières années, les eaux côtières de la Chine ont enregistré une moyenne de 83 « marées rouges » chaque année, des invasions dangereuses d’algues caractérisées par le pigment rouge des espèces dominantes de phytoplancton- principalement dans la Mer de l’Est de la Chine.

« Les marées vertes », dominées par le plancton vert, ont lieu principalement dans la Mer Jaune et affectent l’économie nationale plus durement.

En 2008, les pertes économiques directes étaient de 1,3 milliards de yuans chinois (soit 208 millions de dollars). En 2009, la Chine a été frappée par « des marées brunes », qui tuent les coquillages.

Etant donné l’état désastreux de l’environnement côtier de la Chine, le rapport prévient que le pays enregistrera probablement un déclin général des ressources côtières en poissons.

Le krill au seuil de l’extinction

Par exemple, le krill dans la Mer de l’Est est au seuil de l’extinction, avec des effets dévastateurs pour les poissons qui se nourrissent du krill.

Sun Song a félicité les efforts de la SOA mais a indiqué que l’étude n’allait pas suffisamment loin pour évaluer les écosystèmes côtiers. « Elle ne donne pas un aperçu clair de la façon dont les écosystèmes sont en train de changer » a-t-il indiqué.

Par exemple, les recherches préliminaires menées par Gao montrent que les eaux côtières près de Xiamen deviennent plus acides, ce qui rend la vie plus difficile pour les phytoplanctons et a des effets sur la structure des écosystèmes.

Mais les scientifiques ne savent pas à quel point le problème est étendu, parce que les études réalisées jusqu’à présent sont fragmentaires.

« Il y a un besoin urgent de mettre en place un réseau de surveillance sur le long terme pour évaluer les changements de la chimie de l’eau côtière et de leur impact sur les écosystèmes marins » a indiqué Gao Kunshan.

Ce genre d’information est « directement pertinent pour les ressources en poissons et essentielle pour notre compréhension de ce qui cause ces changements » a déclaré Sun Song. « Sans une telle connaissance, nous ne pouvons pas dire grand-chose à propos des politiques de limitation ».
 

 

 


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Deux agriculteurs américains témoignent des méfaits des OGM

Publié le par Gerome



    « Les OGM détruiront votre modèle d’agriculture familiale s’ils sont adoptés ! »

C’est en substance le message que sont venus porter en France deux agriculteurs américains « repentis » des OGM. L’un, Wes Shoemyer, petite barbichette, grand sourire et chevalière frappée d’un symbole franc-maçon, dirige une exploitation de 1 200 hectares dans le Missouri, l’Etat abritant le siège de Monsanto.

 

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Elu démocrate au sénat du Missouri, il est en lutte contre « l’accaparement monopolistique de l’agriculture par une poignée de firmes ».

A ses cotés, Wendel Lutz, la cinquantaine débonnaire du typique « mid-west farmer », l’air tragique en plus de l’homme en résistance.



Ils ont été invités à témoigner par Greenpeace afin de raconter « leur réalité ».

Solidement installé au fond de sa chaise, Wes Shoemyer raconte :

    « Avant l’introduction des OGM, nous utilisions déjà l’herbicide Roundup pour brûler les mauvaises herbes, c’était miraculeux ! Entre 1996 et 2001, au moins 80% des agriculteurs ont adopté ce système des OGM. »

L’élu reproche aujourd’hui à Monsanto d’avoir mis en place une stratégie de capture du marché avec des prix attrayants, en particulier sur le Roundup, pour ensuite organiser l’envolée des prix.

Il est inquiet de voir « les agriculteurs payer de plus en plus cher, non plus pour financer la recherche ou améliorer leur production, mais pour s’acquitter d’un brevet contrôlé par une seule compagnie ».

Aux États-Unis, la technologie brevetée Roundup Ready de Monsanto est présente dans 94% des variétés de soja génétiquement modifié et 70% du maïs génétiquement modifié d’après le ministère de l’Agriculture.
Des mauvaises herbes résistantes au Roundup



Aux Etats-Unis, entre 2000 et 2011, la consommation annuelle de glyphosate, la substance active du Roundup est passée dans les champs de maïs de 1,8 million à 30 millions de tonnes dues à l’expansion massive des OGM. Une explosion de la consommation qui s’explique également par l’augmentation des doses pour tenter de contrôler certaines mauvaises herbes devenues tolérantes au Roundup, découvertes pour la première fois en 2000 dans le Delaware.

Une mauvaise surprise dure à digérer pour Wendel Lutz :

    « C’est en 2011, que j’ai observé les premiers plants d’amarantes rugueuses résistants au glyphosate se développer dans mes champs.

    C’est injuste qu’après seulement cinq ans d’exploitation des OGM mes champs aient été envahis, c’est à ce moment que j’ai décidé d’arrêter et d’alerter mes collègues ! »



Au moins 5 millions d’hectares de cultures, d’après l’industrie, seraient contaminés par ces « super adventices », capables de résister à plusieurs classes d’herbicides. L’organisation internationale chargée de leur contrôle(ISHRW), financée par les producteurs de pesticides, a déjà recensé23 espèces sauvages résistantes, un chiffre sous-estimé selon d’autres experts.
La fuite en avant vers toujours plus de pesticides

Wendel raconte :

    « Certains de mes voisins qui ont le même problème préfèrent continuer en augmentant les doses ou en cumulant plusieurs molécules. C’est une fuite en avant avec le risque qu’à terme la plupart des mauvaises herbes deviennent résistantes à tous les herbicides. »



Une tendance que suit l’industrie. Sur 20 nouveaux OGM en cours d’évaluation auprès de la FDA, l’agence de régulation sanitaire américaine, 13 sont élaborés pour résister à de multiples herbicides. La firme Dow pense répondre à ce fléau en réintroduisant d’anciens herbicides comme le Dicamba ou le 2-4 D, ayant servi dans la composition de l’agent orange lors de la guerre du Vietnam et auquel des résistances de plantes sauvages ont déjà été observées.
Un retour aux semences conventionnelles ?

 Pour Wes, il est encore possible d’agir :

    « Il faudrait revenir en arrière, vers des semences conventionnelles ; certaines compagnies en ont fait une spécialité. Malheureusement, il y a une vraie dépendance des agriculteurs vis-à-vis de ces technologies que les compagnies ont intérêt à entretenir et cela au détriment des bonnes pratiques culturales. »



Pour Wendel il faudrait « une impulsion économique, une plus grande demande pour du non-OGM, pour voir un changement d’orientation » dont l’étiquetage des OGM, actuellement en débat, pourrait être le socle.

En guise d’avertissement final, Wes Shoemyer lance :

    « Si la France ou l’Union européenne adoptaient les OGM, cela aurait un impact majeur sur les campagnes. Si vous voulez de grandes fermes en monoculture, si vous souhaitez vider les zones rurales de leurs habitants, alors vous adoptez le modèle OGM. C’est cela l’expérience américaine : une agriculture sans agriculteur contrôlée par des entreprises multinationales ! »

 

 


Publié dans OGM j'en veux pas!

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L’industrie forestière au Kenya coûte quatre fois plus chère que ce qu’elle Rapporte

Publié le par Gerome

Selon une étude publiée par le Programme des Nations Unies pour l’environnement(PNUE) et le gouvernement du Kenya, les coûts économiques engendrés par la déforestation au Kenya sont quatre fois supérieurs aux gains que rapporte l’exploitation forestière dans ce même pays.

 

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« La déforestation a privé l’économie kenyane de 68 millions de dollars en 2010 et de 77 millions en 2009, ce qui dépasse de loin les 15 millions de dollars de revenus par an que rapporte l’exploitation forestière », a indiqué l’agence onusienne dans un communiqué de presse.

L’importance économique des cinq principales forêts du Kenya, surnommées les « tours d’eau » puisqu’elles capturent les précipitations pendant la saison des pluies, assurant le flux d’eau pendant les périodes sèches, est évaluée dans l’étude intitulée The Role and Contribution of Montane Forests and Related Ecosystem Services to the Kenyan Economy.



Dans ses commentaires sur l’étude, le Directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner, a reconnu le travail de réhabilitation entrepris par le gouvernement kenyan dans la forêt de Mau, l’une des cinq « tours d’eau ». « Le Kenya montre aujourd’hui sa détermination à se placer parmi les pays pionniers qui placent la préservation des richesses naturelles au cœur de leurs ambitions en matière de développement durable« , a déclaré M. Steiner.

« Les conclusions de ce rapport sont basées sur les méthodes d’analyses les plus reconnues au monde et les données environnementales et économiques les plus récentes. C’est une étude innovante qui contribue à inspirer de plus en plus de nations africaines à choisir une transition vers une économie verte inclusive« , s’est-il félicité.



La publication de l’étude coïncide avec le lancement du « dialogue national du Kenya sur les tours d’eau, les forêts et l’économie verte ». Elle montre que ces cinq forêts apportent plus de 75% de l’eau de surface renouvelable du pays et alimentent ainsi les rivières et lacs avec plus de 15 800 millions de mètres cubes d’eau de pluie par an.

Cependant, la déforestation est en augmentation à cause de l’abattage d’arbres, de la production de charbon de bois et de l’aménagement des sols pour les cultures et pâturages.

« Entre 2000 et 2010, la déforestation a fait disparaitre près de 28 427 hectares des cinq « tours d’eau », ce qui a conduit à une diminution de la disponibilité d’eau de pluie de près de 62 millions de mètres cubes par an », a indiqué le PNUE.

Le Kenya étant particulièrement vulnérable à la pénurie d’eau, cette situation a mené à une flambée de l’inflation de 10% à trois reprises, entre 2000 et 2010, à cause de la sécheresse, de l’augmentation du prix du pétrole brut et des taux d’échange défavorables.



« Le bois et le charbon de bois restent la principale source d’énergie pour la population au Kenya, soit 75%, et l’industrie forestière crée des emplois, à la fois dans le secteur formel et dans le secteur informel, particulièrement en zones rurales », a expliqué le PNUE.

Cependant, a ajouté l’agence onusienne, cette activité « encourage la déforestation illégale et crée d’énormes dégâts par la perte des effets régulateurs des forêts ». L’effet cumulé négatif de la déforestation sur l’économie kenyane a été estimée à 42,1 millions de dollars par an, ce qui représente plus de quatre fois le revenu de la déforestation.

 

 


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