Le futur de l'eau se dessine au Forum mondial à Marseille

Publié le par Gerome

Accès à l'eau potable, changement climatique, sécurité alimentaire: le 6e Forum mondial de l'eau, la plus importante manifestation internationale sur cette ressource vitale, s'ouvre pour une semaine lundi à Marseille avec la volonté affichée de passer du stade des débats à celui des solutions.

La manifestation doit rassembler 25.000 personnes de 140 pays, dont une dizaine de chefs d'Etat et plus de 80 ministres.

 

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Tous les acteurs sont attendus: gouvernements et parlements, autorités régionales et locales, organisations internationales et ONG, banques de développement, entreprises et experts.

"Ce n'est rien moins que le futur de l'eau qui se décide à Marseille", déclare Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau, organisateur de ce forum qui se tient tous les trois ans.


La population mondiale est passée de 1,7 milliard d'individus en 1900 à plus de six en 2000. Alors que la population triplait, la consommation d'eau a été multipliée par plus de six.

Dans un rapport publié mercredi, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne l'urgence de réformer la gestion de l'eau pour éviter une grave détérioration des ressources.


"Faute d'une modification en profondeur des politiques, nous nous exposons à des coûts élevés sur le plan de la croissance économique, de la santé humaine et de l'environnement", prévient le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, dont la présence est annoncée mardi.


UN RISQUE POUR 4 MILLIARDS D'HUMAINS


Selon ce rapport, 3,9 milliards de personnes vivront vraisemblablement d'ici 2050 dans des bassins confrontés à un fort stress hydrique.

Plus de 240 millions de personnes demeureront sans accès à une source d'eau améliorée d'ici à 2050 et près de 1,4 milliard resteront privées d'accès à un assainissement de base.


L'augmentation des apports d'azote, de phosphore et de pesticides d'origine agricole et les rejets d'eaux usées amplifiera la pollution des eaux souterraines, des cours d'eau et des océans, ce qui aura des effets dommageables sur la santé humaine et l'environnement, poursuit le texte.

"L'eau est aujourd'hui un problème clairement politique qui nécessite donc des décisions politiques", explique Loïc Fauchon.

Le Premier ministre français, François Fillon, inaugurera le Forum lundi.

Pressenti, Nicolas Sarkozy a renoncé au déplacement, tandis que son rival pour l'élection présidentielle François Hollande, favori des sondages, est annoncé mercredi.


Des détracteurs de la manifestation, qui jugent trop commerciaux les remèdes proposés, organisent en parallèle un Forum alternatif mondial de l'eau à Marseille, aux mêmes dates.

Ses organisateurs veulent s'opposer à la libéralisation du secteur, accélérée selon eux par l'austérité, notamment en Europe. Ils prévoient plus de 2.000 participants.

 

 


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La citation du jour

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L'homme saccaga sa planète et mène une guerre contre la nature, s'il la gagne il sera perdu!

 

Hubert Reeves

 

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Le prix Sustainia

Publié le par Gerome

Arnold Schwarzenegger et la Commissaire européenne à l’Action pour le climat Connie Hedegaard viennent de lancer une initiative originale : un modèle virtuel du monde durable de demain, afin notamment de favoriser le développement de nouvelles technologies respectueuses de l’environnement.

 

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Difficile de se faire une idée précise de ce que seront les mondes de l’après-pétrole et de l’après-nucléaire, s’ils existent un jour. Arnold Schwarzenegger nous aide tout de même à imaginer un avenir durable, dans lequel les énergies renouvelables sont de mise. Aux côtés de Connie Hedegaard, la Commissaire européenne à l’Action pour le climat, il vient de lancer l’initiative Sustainia, soutenue par les Nations-Unies, dans le but de créer un monde durable virtuel, permettant à chacun de se faire une idée plus précise de ce que serait une société davantage respectueuse de l’environnement. A cette fin, des designers vont représenter visuellement une douzaine de nouvelles technologies, des énergies renouvelables au bus à hydrogène.


Cette entreprise serait nécessaire afin de dissiper les craintes selon lesquelles opter pour des pratiques durables plus respectueuses de l’environnement pourrait conduire à une baisse de la qualité de vie. « Nous pouvons montrer que ceci n’est pas une fatalité. Nous pouvons créer des villes où l’air est pur, où les gens ont de meilleurs moyens de transport et de belles maisons. Montrer cela est très important », a expliqué Mme Hedegaard à nos confrères du Guardian.

 

La représentation d’un monde idéal… n’est-on pas dans l’utopie ? Derrière ce beau projet, il y a pourtant bien du concret, à savoir le R20, un nouveau partenariat public-privé en faveur de projets green. Son intitulé fait bien sûr référence à la Conférence Rio +20, qui se déroulera en juin prochain et dont le thème est « l’avenir que nous voulons ». Les organisateurs de Sustainia ont en outre imaginé le « Prix Nobel du développement durable », récompense prestigieuse à destination des initiateurs ou partisans de technologiques et de réalisations s’attaquant aux problèmes environnementaux.

 

Cité par le quotidien britannique, M. Schwarzenegger a jugé « important de démontrer que la durabilité est le meilleur choix pour nous tous ». « Pour les communautés du monde entier, et pour chaque individu, le prix Sustainia offre une multitude de possibilités en termes de santé, de villes et de régions plus vivables. Mais nous devons effectivement le voir pour le comprendre, et c’est ce que nous allons rendre possible », a-t-il poursuivi. Un rêve éveillé en somme.

 

 


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Produire de l'éléctricité à partir d'eaux usées

Publié le par Gerome

Bruce Logan et son équipe nous avaient déjà étonné avec un dispositif produisant du courant et de l’hydrogène à partir de trois types d’eau : salée, douce et usée. Problème : le dispositif MREC ne pouvait être utilisé qu’à proximité du littoral. Il peut maintenant s’installer n’importe où grâce au remplacement de l'eau de mer par des sels de bicarbonates d’ammonium, récupérables. La nouvelle cellule est même plus efficace que l'ancienne, y compris pour traiter les eaux usées...



En septembre 2011, Bruce Logan de l’université de Pennsylvanie, avait proposé un concept étonnant : produire de l’hydrogène et de l’électricité à partir d’eau de mer, d’eau de rivière et d'eaux usées. Sa solution : la « cellule d’électrolyse par électrodialyse inverse microbienne », dite MREC (pour Microbial Reverse-electrodialysis Electrolysis Cell).



Petit rappel : ce système se compose d’un RED intercalé entre les électrodes d’un MFC. Mais encore ? RED (Reverse Electrodyalisis) désigne un dispositif d’électrodyalyse inverse, qui génère un courant grâce à un gradient de salinité, par exemple entre de l’eau de mer et de l’eau douce. Il fonctionne grâce à des membranes perméables aux ions. Un MFC est une pile à combustible microbienne (Microbian Fuel Cell). Elle se compose d’un compartiment contenant des eaux usées et des bactéries. Il y a cependant une astuce : ces petites bêtes sont exoélectrogéniques, rejetant des électrons durant leurs repas.



Le MREC combine donc deux dispositifs générant de l'électricité gratuitement et employée pour hydrolyser des molécules d'eau au niveau d'électrodes. Or, cette réaction chimique provoque un dégagement d’hydrogène, combustible recherché. Entre 0,8 et 1,6 m3 de gaz peut être produit par jour pour 1 m3 d’eau utilisé. Soit, mais qu’y a-t-il de nouveau ?

La MREC a deux défauts. Premièrement, elle ne peut être employée qu’à proximité d’un littoral. Il faut en effet continuellement remplacer l’eau de mer. Deuxièmement, les particules en suspension encrassent le dispositif. Dans un article de la revue Science Express paru ce 1er mars, Bruce Logan explique comment il s'est affranchi de ces problèmes, en collaboration avec deux de ses étudiants.



Un peu de chaleur et hop… on recommence

L’emploi d’eau de mer est certes très écologique tant qu’il ne faut pas la nettoyer. Malheureusement, elle contient de nombreuses particules organiques en suspension susceptibles de boucher les pores des membranes du RED. Les sels de bicarbonate d’ammonium, poudre à lever communément employée dans l’industrie alimentaire, supprimeraient ce problème.


Avoir recours à ce composé chimique présente un avantage non négligeable. Plus besoin de changer continuellement l’eau douce et celle contenant les sels au départ. Exposés à une température de 43 °C, les ions dissous réagissent et s'échappent des liquides sous la forme d'un dégagement gazeux d’ammoniac et de dioxyde de carbone (CO2). Ces deux composés peuvent alors être captés, modifiés puis réemployés. La chaleur requise pourrait provenir des pertes d'énergie thermique affectant de nombreuses entreprises (7 à 17 % des énergies consommées) durant leurs différentes phases industrielles.

Production de courant et… traitement des eaux usées

L’utilisation des sels de bicarbonate d’ammonium présente un autre avantage de taille. Les MREC pourraient être construits à l’intérieur des terres, puisqu’il ne faudrait plus d’eau de mer. Ce changement de stratégie permettrait alors d'obtenir une puissance de 17 gigawatts à partir de l'ensemble des déchets organiques américains.


Le MREC purifie également les eaux usées grâce à l’action de ses bactéries. Selon les auteurs, le nouveau procédé aurait accéléré la dégradation de la matière organique de très petites tailles en suspension. Ces déchets sont difficiles à éliminer dans les stations d’épuration car ils requièrent des filtres particuliers. Le traitement des eaux usées dans le MREC aurait des répercutions sur l’énergie électrique employée pour purifier l’eau dans les circuits conventionnels. Une puissance de 60 gigawatts pourraient être économisés.



Voici donc comment ce dispositif pourrait produire de l’électricité ou de l’hydrogène sans émettre de gaz à effet de serre et en purifiant les eaux usées. Et le rendement alors ? Il serait supérieur à celui obtenu en utilisant de l’eau de mer. Une puissance de 5,6 watts par mètre carré de surface de cathode est avancé.

 

 

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L’Europe n’échappera pas à son Fukushima

Publié le par Gerome

I. Nouvelles inquiétantes du soleil levant

 Le Japon est un pays habitué aux séismes. Cette particularité géophysique a d’ailleurs façonné la conscience nippone depuis des siècles. En Europe, les séismes sont peu fréquents et quand ils se produisent, ils troublent puissamment les populations concernées. Ce fut le cas en 1756 lors du tremblement de terre de Lisbonne devenu célèbre dans la littérature grâce à une réflexion de Voltaire. Le Japon de 2012 n’aurait pas dû être affecté par le séisme du 11 mars 2011, qui fit moins de dégâts matériels que son précédent de Kobe. Sauf qu’un tsunami a endommagé fortement une vieille centrale nucléaire à Fukushima et dévasté une longue zone côtière. Ce qui a plongé le Japon dans une sorte de résiliente torpeur.

Accompagnée de subtiles réflexions proposées par des écrivains et philosophes japonais. On ne saurait que recommander au lecteur soucieux de pénétrer le sens du monde la dernière livraison de Books où sont traduites quelques pensées parmi les plus pertinentes sur la situation singulière du Japon en 2012. On se croirait projeté dans un film de Tarkovski. Une atmosphère apocalyptique à la Solaris doublée d’un paysage peuplé d’étranges sages dont les propos semblent pénétrés d’un pouvoir mystagogique par lequel l’âme multiséculaire du Japon transparaît en ce pays traversé par une désolation nous projetant dans un univers à la Stalker. Et comme dans le film de Tarkovski, il est question d’une crise existentielle, que traverse le Japon après le choc de Fukushima.

 

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 Le bouleversement que vit le Japon est décrit par ces quelques mots de Shin’ichi Nakawaza extrait de son livre écrit comme des prolégomènes à une société à inventer « Il y avait quelque chose que la défaite de la guerre du Pacifique n’avait pas réussi à briser, mais il semble que cela se soit effondré cette fois pour de bon et que nous ne savons pas où le destin nous mène ». L’auteur pense que le choc que subit le Japon révèle en fait une transition d’essence profonde. La capitulation de 1945 n’avait pas affecté les strates les plus profondes de la conscience japonaise mais cette fois, dans le sillage du tsunami et de Fukushima, le Japon semble se réveiller dans un monde inédit, avec des citoyens presque tétanisés, égarés, ne sachant plus où ils habitent. Nakawaza a parfaitement compris ce qui s’est passé après la guerre. L’idéologie japonaise n’avait pas changé mais elle s’était canalisée vers le développement économique.

Ce qui est une remarque importante d’autant plus qu’elle raccorde le Japon avec l’autre grand perdant de 1945, cette Allemagne qui a su se reconstruire en canalisant elle aussi son énergie dans le développement économique. A noter qu’en 1923, un séisme avait emporté plus de 140 000 âmes à Tokyo et Yokohama et qu’en 1945, les deux bombes larguées par les bombardiers américains firent plus de 200 000 morts, sans compter l’humiliation de la défaite ressentie par le pays tout entier. Malgré ces terribles épreuves, le Japon s’est relevé mais en 2012, le constat tracé par Nakawaza est édifiant pour ne pas dire terrifiant. Le Japon semble déconnecté de la force vive qui l’anima jusqu’à la fin des années 1980. Les Américains représentaient alors un modèle pour des Japonais économiquement conquérants. Ce qui n’est plus le cas maintenant. En fait, il n’y a plus de modèle et la société japonaise cherche désespérément ses marques, ses repères, ses valeurs. C’est ce qui ressort des analyses fournies par les fins scrutateurs de cette civilisation qui a su traverser les siècles en conservant un solide sentiment national.

 Ce qui transparaît aussi, c’est que le séisme de 2011 et le grave incident nucléaire ne peuvent être considérés comme la cause du marasme japonais contemporain. Ce serait plutôt un élément révélateur et déclencheur d’une prise de conscience inédite que les temps ont vraiment changé. Il faut en effet replacer toute cette évolution dans un contexte de durée élargie. Après les années conquérantes, le Japon est entré dans une stagnation durable depuis 1990, suite à la bulle immobilière mais aussi à un contexte local évident, celui marqué par la concurrence de la moyenne Corée et surtout de l’immense Chine, sans compter les autres tigres et dragons de la région. Ce ne sont pas une mais deux décennies qui ont été perdues.

De plus, en 2008, la crise financière planétaire vient amplifie l’« atonisation de la croissance ». La Chine est passée devant le Japon en 2010 et en 2011, année du séisme, le commerce extérieur est largement déficitaire ce qui n’arrange pas le moral. Si les observateurs ont touché le fond du réel, alors on pourrait penser que ce n’est pas la guerre mais le mode d’existence hyperindustriel qui a éloigné le Japon de ses fondamentaux façonnés et transmis depuis des siècles. Parler de décadence ne serait pas exagéré, mais à la condition que ce jugement soit uniquement esthétique et philosophique, sans contenu d’ordre moral. D’ailleurs, les Occidentaux ne sont pas les mieux placés pour donner des leçons de civilisation.

 L’archipel du soleil levant est maintenant face au crépuscule de la civilisation. Tel est en une formule ce qu’on ressent en lisant les analyses du vécu dont on peut tirer deux traits fondamentaux. Le premier, c’est la critique d’un mode de société basé sur la consommation excessive de produits souvent futiles, jetables, avec à la clé une séries de maux psychiques et autres errances ayant fait le bonheur des romanciers qui ont su capter le fond des âmes perdues. Et le second enseignement, c’est l’état presque comateux d’un pays qui sait que le passé ne reviendra plus et qui ne sait pas encore comment inventer l’avenir. Cette société en croissance folle était basée sur le « bonheur nucléaire ». Comme l’explique Hiroshi Kaikuma, la population japonaise a parfaitement intégré le nucléaire comme une bénédiction de la technique apportant le bien-être matériel, y compris pour tous ceux qui trouvèrent dans cette activité un levier pour vivre heureux même en habitant près des centrales. C’est ce qui ressort des témoignages.

Dans son livre, Kaikuma utilise le concept de soumission automatique pour rendre compte de la docilité avec laquelle les habitants des villes ont voulu faire venir près de chez eux la manne du nucléaire avec ses installations. Les gens se sont appropriés un objet pouvant être source de nuisance. Et les Japonais ont joui, avant le séisme de 2011, d’un bonheur avec le nucléaire. D’où l’enjeu évident qui se dessine maintenant pour le Japon : comment inventer un avenir heureux sans le nucléaire ? Mais aussi comment concevoir cet avenir avec une restriction des moyens financiers, autrement dit une baisse du pouvoir d’achat pour reprendre une idée chère au Français ?

C’est cette interrogation qui hante Natsuki Ikezawa, lequel invite ses concitoyens à corriger l’équation japonaise qui ne peut plus fonctionner dans le contexte actuel où des taxes et des efforts doivent être consentis pour reconstruire le pays ainsi que préparer une société à quitter le nucléaire. Ikezawa montre bien l’état d’ensorcellement et d’anesthésie dans lequel le pays se trouvait avant le séisme, avec des journaux remplis de réclames et autres propagandes insipides du géant Tepco et des industriels de l’électricité. Le verdict provisoire tient en une formule : « il est possible que le Japon trouve un nouveau statut de leader dans le monde : celui de pays développé pauvre »

 Leader ? Rien n’est moins sûr car beaucoup de pays peuvent prétendre à entrer dans cette catégorie et comme ont dit, bienvenue au club. La Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et pourquoi pas l’Italie, la France et même les States dans le camp des pays développés pauvres ? En France, le bonheur électrique existe et même si la contestation anti-nucléaire est plus importante qu’au Japon, le Français n’en reste pas moins un accro aux biens matériels dans un contexte culturel propre à cette nation à l’histoire vieille, riche et compliquée.

Pourtant, si on laisse de côté les futilités de campagne, on comprend bien qu’un basculement se prépare et qu’il n’est pas besoin d’un séisme ou d’un accident nucléaire pour cerner les inquiétudes et la prise de conscience progressive que le monde heureux d’avant risque d’être remis en cause. Les injonctions politiques sur le travail et la France protectrice n’y changeront rien. Les manœuvres de la BCE ne servent qu’à gagner du temps. La dette, la croissance atone et le pétrole cher vont représenter un tsunami économique que devront affronter les pays européens.

La Grèce offre un avant-goût des difficultés à affronter. Si le modèle japonais avec son électronique et son nucléaire heureux s’avère fragilisé, alors en Europe, c’est le modèle social qui s’effrite. Le bonheur nucléaire au Japon s’est fissuré avec le retour aux réalités sismique alors qu’en Grèce, Italie ou France, c’est le « bonheur des endettés » qui cette fois semble s’achever avec comme éventuel retour au réel un séisme financier que constituerait la faillite de la Grèce. Comme l’annonce Mario Draghi, le modèle social européen prend fin, quelle que soit l’issue de la dette grecque. C’est vite dit. Il faudrait plutôt suggérer que le modèle social était sur une mauvaise pente. Les crises de 2008 et de 2011 n’ayant fait que dévoiler l’état financier des Etats. Sorte de tsunami inversé. La mer se retire un peu plus vite et l’on voit apparaître l’étendue de la dette telle une série d’inscriptions picturales sur les rochers ainsi découverts. Le choc du Fukushima des dettes européennes sera lent, ce qui ne favorise pas la prise de conscience européenne sur un éventuel modèle de société à inventer. 

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 II. La France et l’Europe face au Fukushima financier

 La situation du Japon peut nous guider afin de penser la situation européenne. Ces deux civilisations ont en effet suivi un cheminement parallèle, avec la modernisation conservatrice au 19ème siècle, l’ère des conflits et des nationalismes jusqu’en 1945 puis les « virages successifs » du 20ème siècle ; industriel (1950), culturel (1960), médiatique (1970), individualiste et décadent (1980), financier (1990), hyper technologique (2000) pour finir avec la crise financière (2010). Deux questions. Saurons-nous inventer l’Europe d’après et avons-nous les ressorts pour le faire ?

 Savoir c’est aussi vouloir. Il n’est pas certain que la tendance soit à inventer un nouveau modèle. Il existe des options radicales et illusoires comme la décroissance rationalisée ou le colbertisme vert. Le reste, c’est une sorte de déshabillage et de ravalement accompagné de réformisme servant à préserver le modèle actuel. Quelques-uns croient qu’en changeant l’agencement du navire, on pourra poursuivre la croisière du modèle social. Réforme des institutions, sixième république. D’autres s’imaginent qu’en changeant de capitaine, on peut continuer la route sur une voie plus praticable. Mais hélas, le marasme social ne pourra que s’installer, surtout avec le choc pétrolier qui se prépare. Il faut changer de cap et disposer de vigies visionnaires. Et même compter sur un peuple visionnaire, éventualité bien incertaine. A vue de nez, l’époque n’est plus aux inventions et passions collectives. En caricaturant, c’est chacun dans son jardin et derrière son écran…

 Retour sur le Japon et les strates profondes de la société qu’on tentera de chercher en Europe et en France. Ces ressorts profonds qui ont permis à l’Europe de surmonter le désastre de 1945 sont-ils encore présents au sein des peuples et des dirigeants ? Il semblerait que non. On voit partout se dessiner la logique de l’entre soi ou du chacun pour soi. Ce qui ressemble un peu à l’Occupation. Mais attention aux comparaisons faciles. 1914-1945, une guerre de trente ans, avec nationalismes et idéologies. 1984-2015, autre guerre de trente ans, économique, la finance contre les peuples ? La finance contre le modèle social ? Cette interprétation est vraie pour une part mais elle occulte certainement le délitement individualiste de la société et le rôle de la technique, des médias et de l’argent. Le consumérisme a largement contribué au délitement des valeurs et à l’effritement du ciment social hérité de l’après-guerre.

 La vérité, c’est que le modèle social étatique hérité de l’après-guerre et propulsé pendant les Trente Glorieuses s’est effrité et que plus généralement, c’est le modèle de civilisation qui ne peut plus fonctionner vertueusement, ce qui amène les gouvernants à sauver le modèle social en le démantelant progressivement, en effectuant des corrections, des coupes. On voit se dessiner l’éclatante vérité. Le système sauve le modèle du profit en ajustant le modèle social qui se corrige et est imposé aux peuples. Les dirigeants partant du principe que la grande majorité des citoyens veut « du pain et des jeux ». En traitant l’homme comme une machine à produire et consommer, la politique finit par devenir une industrie d’élevage humain.

A qui on fournit des produits, des divertissements et des normes consuméristes, sanitaires et comportementales. Avant de concevoir un programme de gouvernement, il faudrait analyser les ressorts de la société. Quels ciments sociaux sont efficients ? Quelles valeurs partagées et espérances poussent les hommes en avant ? Pour faire simple, le religieux fut un transcendantal efficace pendant quelques siècles médiévaux puis progressivement destitué sur fond de sécularisation et de désenchantement. La nation occupa la place du religieux. Ensuite, ce furent les mouvements sociaux jusqu’en 1970 et après, le désert individualiste et les illusions néo-nationalistes. La société est éclatée et n’a plus de ciment social. Voilà pourquoi on peut être pessimiste et constater que les states profondes du ciment social en œuvre après 1945 ont été écornées. Qu’est devenue la république, l’Europe ? Une simple agence de l’emploi qui gère le marché du travail, offre aux entreprises un espace de développement encadré par le droit et un immense centre commercial dont les accès sont inégaux mais innombrables. On comprend dès lors pourquoi la campagne ne passionne pas.

 Une élection présidentielle, ce devait être la rencontre entre un homme, un peuple et un dessein commun. En 2012, l’élection c’est la rencontre entre des consommateurs et un directeur de parc à thèmes et à produire.

 En 2012, aucun élan nouveau n’est en mesure d’émerger et de structurer l’imaginaire collectif en indiquant quelques voies pour inventer une société nouvelle. D’ailleurs, une telle éventualité serait de nature à troubler le jeu des partis politiques et des dirigeants. Les candidats préfèrent vendre chacun leur propre réparation du « système France » plutôt que de se casser la tête à penser avec des Français visionnaires. Les ressorts du dessein collectif sont cassés. Les observateurs pleurent l’effacement du programme social du CNR établi en 1944.

Le vrai problème, ce ne sont pas les atteintes portées à ce contrat mais le fait que les ressorts collectifs qui l’ont propulsé n’existent plus actuellement. De plus, Etats-Unis, Japon et Europe, ces trois fers de lance de l’industrialisation au 20ème siècle sont menacés par l’éclatement social et le marasme industriel. Il ne suffit pas de sauter comme un cabri et d’invoquer la figure de Roosevelt pour résoudre le problème. Il ne reste plus qu’à vivre sa vie et attendre le passage du lent tsunami financier qui verra les uns s’élever et les autres ramer ou plonger. Les nostalgiques pourront toujours allumer leur poste pour voir les années bonheur sonorisées par Patrick Sébastien. Un jour peut-être, de nouvelles lumières éclaireront les âmes citoyennes, pour faire « renaître » une nouvelle civilisation occidentale…

 

 


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