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Séismes, inondations, canicule... les catastrophes naturelles ont marqué 2010 de leur empreinte

Publié le par Gerome

Séisme à Haïti, canicule en Russie, inondations au Pakistan, éruptions volcaniques en Indonésie... les forces de la nature ont été particulièrement meurtrières en 2010. Avec au moins 250.000 morts, le bilan humain des catastrophes naturelles pour l'année écoulée est le plus élevé depuis au moins 1983.

 

L'homme a souvent une part de responsabilité dans le bilan de ces tragédies, soulignent les experts. Le séisme de magnitude 7 qui a frappé Haïti le 12 janvier, faisant plus de 220.000 morts et quelque deux millions de sans abri, en est un parfait exemple.

Ravagée par le tremblement de terre, Port-au-Prince compte presque trois fois plus d'habitants et davantage de bidonvilles qu'il y a 25 ans. Si le même séisme s'était produit en 1985, le nombre total de morts aurait été probablement d'environ 80.000, estime Richard Olson, spécialiste de la réduction des risques naturels à l'université internationale de Floride.

Le 27 février, un séisme bien plus puissant, de magnitude 8,8, a provoqué un tsunami et la mort de "seulement" 486 personnes dans une région du Chili moins peuplée, moins pauvre et dotée de bâtiments plus résistants que Port-au-Prince.


L'année a aussi été marquée par deux épisodes météorologiques exceptionnels. Cet été, la Russie a connu une canicule meurtrière durant laquelle une température record de 38,2 degrés Celsius a été enregistrée à Moscou. De son côté, le Pakistan a été frappé par des inondations catastrophiques qui ont submergé 160.000 km carrés. Les deux catastrophes, causées par le même système météorologique, ont fait près de 17.000 morts au total.

Les épisodes météo extrêmes survenus cette année apparaissent comme des symptômes du réchauffement climatique, causé par l'homme. Les chercheurs ont calculé que sans le réchauffement, la canicule de cet été en Russie ne se produirait qu'une fois tous les 100.000 ans. Des données préliminaires montrent que 2010 a été l'année la plus chaude jamais recensée dans 18 pays. Et elle pourrait être l'année la plus chaude jamais répertoriée sur la planète ou au moins l'une des trois plus chaudes, selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM).


Si le séisme en Haïti a été de loin la catastrophe la plus meurtrière, devant la vague de chaleur en Russie et les inondations au Pakistan, des tremblements de terre ont également tué au Chili, en Turquie, en Chine et en Indonésie. L'activité sismique a été intense en 2010. Entre janvier et la mi-décembre, 20 séismes de magnitude 7 ou plus ont été dénombrés, contre une quinzaine habituellement.

 

Au 30 novembre, les catastrophes naturelles avaient fait près de 260.000 morts depuis le début de l'année, contre 15.000 en 2009, selon le réassureur suisse Swiss Re. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui n'a pas actualisé ses chiffres depuis le 30 septembre, avance de son côté presque 250.000 morts.

Les catastrophes naturelles n'avaient plus été aussi meurtrières depuis 1983, année marquée par la sécheresse et la famine en Ethiopie, selon l'OMS. Swiss Re estime de son côté qu'il faut remonter à 1976 pour trouver un nombre plus élevé de décès liés à de tels événements.

Les catastrophes naturelles ont également causé pour 222 milliards de dollars (169 milliards d'euros) de pertes économiques en 2010. C'est plus que la moyenne, mais ce n'est pas un record. En Islande, le volcan Eyjafjöll a paralysé le trafic aérien pendant des jours en Europe, avec des conséquences notables sur l'activité économique du continent.

 

Les inondations ont fait 6.300 morts dans 59 pays entre janvier et septembre, selon l'OMS. En début d'année, de fortes tempêtes de neige se sont abattues sur les Etats-Unis, tandis que la Chine et la Russie ont enregistré des chutes de neige record.

En octobre, l'Indonésie a connu en l'espace de 24 heures un séisme meurtrier de magnitude 7,7, un tsunami qui a fait plus de 500 morts, et le réveil du volcan Merapi, dont les éruptions se solderont par plusieurs centaines de morts. Le pays avait déjà eu son lot de catastrophes depuis le début de l'année, enregistrant des centaines de morts dans des inondations, des glissements de terrain et des séismes.

 

Aux Etats-Unis, l'Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) a déclaré un nombre record de catastrophes majeures dans le pays en 2010: 79, contre 34 dans une année moyenne. "La science montre clairement qu'on peut s'attendre à davantage" de catastrophes naturelles tant que les émissions de gaz à effet de serre ne seront pas "fortement réduites", prévient le conseiller scientifique de la Maison Blanche John Holdren.

Roger Bilham, professeur de sciences géologiques à l'université du Colorado, note que 400 à 500 millions de personnes dans le monde vivent dans des grandes villes exposées à un risque sismique majeur. Un séisme comme celui d'Haïti pourrait, selon lui, se reproduire dans une dizaine de villes, par exemple à Alger ou Téhéran.

 

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Séismes, inondations, tempêtes : en 2010, la Terre est devenue folle

Publié le par Gerome

Tremblements de terre, vagues de chaleur, inondations, éruptions volcaniques, tempêtes, glissements de terrain et sécheresses ont tué au moins 250 000 personnes en 2010, l'année la plus meurtrière depuis plus d'une génération. Cette année, plus de personnes ont été tuées dans le monde du fait de catastrophes naturelles que par toutes les attaques terroristes des quarante dernières années.

« C'est comme si elles étaient venues les unes après les autres, et par vagues », a dit Craig Fugate, qui dirige l'Agence Fédérale de Gestion d'Urgence américaine. Elle a traité un nombre record de catastrophes en 2010.

« Le terme ‘évènement centenaire' a vraiment perdu toute signification cette année ».

Et d'après les scientifiques et les spécialistes des désastres, la plupart du temps, dans ces catastrophes, l'homme ne peut s'en prendre qu'à lui-même.

Car s'il est vrai que beaucoup de catastrophes portent la marque du hasard, c'est surtout la main de l'homme qui a rendu cette année particulièrement meurtrière, coûteuse, extrême et bizarre, que ce soit du fait du temps déchaîné ou des tremblements de terre.

Des constructions et des pratiques de développement mauvaises contribuent à rendre les tremblements de terre plus meurtriers qu'ils ne devraient l'être. Davantage de gens vivent en état de pauvreté dans des bâtiments vulnérables situés dans des villes surpeuplées. Cela veut dire que quand la terre tremble, quand le fleuve déborde ou quand la tempête tropicale frappe, plus de gens meurent.

Les catastrophes venant du fond de la Terre, comme les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques, « sont bien plus fréquentes », a dit Andreas Schraft, Vice-président de Périls de Catastrophe pour le géant suisse de l'assurance Re, basé à Genève. « Tous ces changements sont dus à la main de l'homme ».

Ainsi le séisme de janvier dernier qui a tué plus de 220 000 à Haïti en est un parfait exemple. Port-au-Prince compte près de trois fois plus de personnes, et la plupart d'entre elles en état de pauvreté et vivant dans des bidonvilles, qu'il y a 25 ans. Par conséquent, si le même séisme avait frappé en 1985 plutôt qu'en 2010, le nombre total des morts aurait été situé aux alentours de 80 000, a dit Richard Olson, Directeur de la réduction des risques de catastrophes à l'Université Internationale de Floride.

En février, un séisme d'une magnitude plus de 500 fois supérieure à celui qui a frappé Haiti a touché une zone du Chili moins peuplée, mieux construite et pas si pauvre. Le plus grand séisme qu'a jamais connu le Chili a causé la mort de moins de 1 000 personnes.

D'après les scientifiques spécialistes du climat, le climat de la terre change aussi du fait du réchauffement global causé par l'homme, qui provoque des conditions météorologiques extrêmes comme des vagues de chaleur et des inondations.

Cet été, c'est le même phénomène météorologique qui a causé une chaleur torride en Russie, tandis que plus au Sud il a provoqué des inondations au Pakistan sur 160 580 km carrés, soit à peu près la taille du Bangladesh. Ce phénomène couplé de chaleur et de tempêtes a coûté la vie à près de 17 000 personnes, soit plus que toutes les catastrophes aériennes du monde entier depuis quinze ans.

« C'est une forme de suicide, vous ne trouvez pas ? Nous construisons des maisons qui nous tuent nous-mêmes (dans les tremblements de terre). Nous construisons des maisons dans des zones inondables, qui nous noient nous-mêmes », a dit Roger Bilham, professeur de sciences géologiques à l'Université du Colorado. « Nous sommes coupables de n'avoir pas su anticiper ces choses. Vous savez, c'est la Terre qui commande ».

Pas besoin de dire à Vera Savinova si les choses risquent de mal tourner ; son visage en dit long. Elle a 52 ans et est administratrice dans une clinique dentaire. En août dernier, elle a dû fuir Moscou et sa chaleur record, son brouillard et ses feux sauvages.

« Je crois que c'est la fin du monde », a-t-elle dit. « Notre planète nous avertit de ce qui risque de nous arriver si nous ne faisons pas plus attention à la nature ».

La quantité excessive de temps extrême qui a dominé 2010 est un signe classique d'un réchauffement global dont les scientifiques du climat nous avaient averti depuis longtemps. Ils ont ainsi calculé que la vague de chaleur meurtrière qui a frappé la Russie et établi un record national à 44 degrés Celsius, ne serait arrivée que tous les 100 000 ans sans le réchauffement global.

Des données préliminaires ont montré que 18 pays ont battu leur record de la journée la plus chaude jamais enregistrée.

« Ces évènements (météorologiques) ne seraient pas arrivés sans le réchauffement global », a dit Kevin Trenberth, directeur des analyses climatologiques pour le Centre National pour les Recherches Atmosphériques de Boulder, au Colorado.

C'est pour cela que les personnes dont le métier est d'étudier les catastrophes disent que nous aurions tort de considérer 2010 comme une autre mauvaise année de plus.

« La Terre frappe en réponse aux mauvaises décisions de l'homme », a dit d'une voix lasse Debarati Guha Sapir, directeur du Centre de Recherche sur l'Epidémiologie des Désastres de l'Organisation Mondiale de la Santé. « C'est tout comme si les politiques adoptées, les politiques gouvernementales et les politiques de développement contribuaient à faire réagir la Terre au lieu de la protéger. Nous avons créé les conditions dans lesquelles la moindre petite chose que fait la Terre peut vraiment avoir des conséquences disproportionnées ».

 

 


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Non à la capture et la destruction de blaireaux‏

Publié le par Gerome

 

 

Cyber @ction 388 :Non à la capture et la destruction de blaireaux
 
 
 


 Un arrêté préfectoral autorisant la capture et la destruction de blaireaux dans les massifs forestiers de Brotonne-Mauny 
 a été mis en place visant à organiser la destruction de 50 blaireaux adultes en forêt de Brotonne. Les blaireaux propageraient la tuberculose, ce qui n’est absolument pas avéré. Ce premier arrêté mentionne « le prélèvement » de 50 blaireaux adultes mais pourrait conduire au même massacre qu’en Côte d’Or.

Aussi, considérant que :
* plusieurs études scientifiques ont montré que les Blaireaux  n'étaient pas responsables de la transmission du virus aux animaux domestiques (bovins) mais au contraire, ce sont les animaux domestiques qui transmettent la maladie aux animaux sauvages.
* l'Angleterre et l'Irlande ont éliminé un total de 12901 Blaireaux entre 1974 et 1992 , et malgré cela la maladie n'a pas reculé dans les  élevages bovins...Il a été conclu que: [.. la destruction des Blaireaux au Royaume-Uni n'avait aucun effet prophylactique pertinent, et qu'elle tendait, au contraire, à augmenter l'incidence de la  tuberculose bovine sur le cheptel bovin...]
*en France, l'AFFSA précisait fin 2009, que : [.. la faune sauvage, dans le département de la Côte d'Or, est victime de l'infection bovine mais ne constitue pas un réservoir à partir duquel les ruminants se contaminent...]
* lors des analyses de Blaireaux morts on constate que le taux d'animaux infectés est très faible.
persécuter une espèce comme le Blaireau, est une façon détournée de masquer les carences dans la surveillance sanitaire des cheptels.
* dans le cas du Renard, à propos de la rage, la seule action qui s’est avérée efficace est la vaccination : il a fallu attendre plusieurs dizaines d'années.

 La LPO Haute-Normandie souhaite faire annuler cet arrêté et propose aux associations et aux naturalistes un envoi massif d'un message de protestation à la préfecture.

 La faune sauvage est une richesse. Ensemble, agissons pour protéger notre patrimoine naturel
Alain Uguen Cyber @cteurs

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Google Earth Engine veut aider à lutter contre la déforestation

Publié le par Gerome

À l’occasion du sommet de Cancun, Google met en ligne un service baptisé Google Earth Engine, une énorme collection d’images satellites des forêts de la planète, accompagnées d’outils logiciels pour les analyser. Présenté l’an dernier à Copenhague, le service est désormais accessible aux scientifiques et à des organisations environnementales.

Dans la dernière mouture de Google Earth (numéro 6), quelques images d’archives sont disponibles pour le grand public. À certains endroits, on peut comparer les vues d’une même zone prises à différentes périodes. Les professionnels travaillant sur la déforestation auront beaucoup plus avec la mise en ligne de Google Earth Engine qui réunit une énorme quantité d’images (Google parle de « trillions », c’est-à-dire probablement des milliers de milliards).



Cette base de données regroupe les photographies prises par les satellites Landsat durant 25 ans mais aussi d’autres collections de données, comme celles des spectromètres Modis (Moderate-Resolution Imaging Spectroradiometer) des satellites Aqua et Terra, de la Nasa.

Un peu de puissance informatique offerte à la science

Google Earth Engine inclut aussi des algorithmes qui permettent de réaliser en ligne des analyses sur ces images. Pour les institutions scientifiques ou autres, il est aussi possible, sur demande, de télécharger le logiciel (Earth Engine API) pour manipuler l’intégralité de la base de données. Google s’engage à fournir 10 millions d’heures de travail de CPU dans les deux prochaines années pour des projets de lutte contre les déforestations. Trois vidéos (en anglais), mises en ligne par Google, expliquent ces perspectives.

L’outil peut aussi servir d’autres causes, comme « la cartographie des ressources en eau, la lutte contre une épidémie ou la réponse à une catastrophe » explique Rebecca Moore, responsable de cette prestation.

Le prototype de ce service avait été montré au sommet de Copenhague (COP 15), avec la promesse d’une mise en ligne en 2010. L’annonce a été faite durant la réunion de Cancùn qui doit justement discuter du programme REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation in Developing Countries), destiné à contrer la destruction des forêts mondiales par des aides financières aux pays de la zone intertropicale.

 

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Les multinationales de l'industrie alimentaire et les négociations sur le climat

Publié le par Gerome

Un nouvel ordre économique mondial émerge et l'agriculture, particulièrement la biomasse, en est l’interface. Les décideurs et les responsables des grandes entreprises qualifient ce nouvel ordre de “bioéconomie”, ils prétendent que l'humanité peut passer d'une économie mondiale fondée sur les combustibles fossiles à une économie fondée sur la biomasse à partir de cultures agricoles, de forêts et d'algues. Présentées comme “propres”, “vertes”, “renouvelables” et “durables”, les fausses solutions proposées par les gouvernements et les multinationales en réponse aux crises climatique, énergétique et alimentaire, sont le moteur de l'expansion de la bioéconomie. Cependant, ces prétentions cachent le fait que la bioéconomie facilite l'expansion de l'agriculture industrielle, ainsi qu'une intégration verticale et une consolidation du marché pour les grandes multinationales (TNC).


La Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement climatique (CCNUCC) devient rapidement une plate-forme où la bioéconomie se trouve légitimée, réglementée et développée. Les grandes entreprises de céréales, de biotechnologie et de sylviculture bénéficient de l'accroissement du nombre, de la portée et du pourcentage de méthodologies agricoles approuvées par la CCNUCC dans les domaines de la compensation des émissions de carbone, de la séquestration du carbone et de l'adaptation au changement climatique.

 

Et pourtant, au lieu de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de stabiliser le climat, ces fausses solutions à la crise climatique fournissent aux multinationales de nouveaux moyens pour étendre et consolider leur contrôle sur les semences, la terre, l'eau et les forêts menaçant ainsi les paysans, les peuples autochtones, les pêcheurs et les travailleurs ruraux.



Les fausses solutions à la crise climatique reposent sur des mythes, en particulier celui de la biomasse renouvelable et sans limite. Même les ressources qualifiées de renouvelables, par exemple les cultures agricoles pour les agrocarburants, dépendent de ressources limitées: une zone géographique de terre, les éléments nutritifs du sol, l'eau douce; alors même que l'on nous dit que la biotechnologie va résoudre le problème des ressources limitées.

 

Nombreuses sont les fausses solutions proposées au sein de la CCNUCC qui s’appuient sur les mythes énoncés ci-dessus et en intègrent d'autres, d'autant plus que le même modèle économique – et les mêmes multinationales – qui ont provoqué la crise climatique, sont présentés comme la solution à la crise grâce au marché du carbone. Le marché du carbone est aussi fondé sur des mythes, particulièrement le mythe d'un système unique mondial capable de réguler et contrôler toutes les émissions de gaz à effet de serre et qui serait géré par les mêmes financiers et multinationales ayant provoqué la crise climatique. Le marché de crédits carbone est basé sur plusieurs mécanismes qui tiennent aussi du mythe:

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      La mise en place des Mécanismes de Développement propre (MDP, CDM en anglais) permet aux pays industrialisés et aux multinationales du Nord de continuer à émettre la même quantité de gaz à effet de serre, au même niveau, tout en atteignant leurs objectifs de réduction d'émissions par le financement de projets MDP dont la plupart sont situés dans les pays en développement du Sud.
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      Le crédit compensatoire de carbone, basé sur un système de plafonnement et d'échange, signifie qu'une multinationale polluante peut acheter des crédits pour réduire, éviter ou séquestrer des émissions ailleurs au lieu de réduire ses émissions à la source.
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      La séquestration du carbone permet de continuer à produire des émissions dans la mesure où la même quantité est capturée ailleurs. Le Groupe d'Experts intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) considère que la capture du carbone dans le sol offre de grandes possibilités d'atténuation du changement climatique par l'agriculture. Selon Wikipedia, la séquestration est le processus qui enlève le carbone de l'atmosphère et le dépose dans un puits.

 

C'est une technique de géo-ingénierie qui stocke à long terme le dioxyde de carbone. (1) La séquestration est problématique car les méthodes utilisées (biochar, préservation des forêts comme puits de carbone, etc.) dépendent d'un modèle d'utilisation continue de la terre dans une zone spécifique, par exemple, la terre où le biochar a été enfoui ne sera jamais cultivée ni construite. Ce procédé fournit aussi des excuses aux pollueurs qui peuvent continuer à polluer à la source, sous prétexte que leurs émissions sont séquestrées ailleurs.
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      Le mécanisme REDD Réduction d'Emissions dues à la Déforestation et de la Dégradation des forêts, qui a été décrit comme “l'accaparement des terres en puissance le plus important de tous les temps”, place les forêts (et les terres agricoles, si l'on considère REDD+) directement au cœur du marché du carbone pour le bénéfice des multinationales polluantes, en leur donnant la possibilité d'acheter une réduction d'émissions de gaz à effet de serre tout en soi-disant préserver les forêts. Cependant, selon le Réseau indigène environnemental, REDD est plein “d'incitations perverses” qui poussent à convertir des forêts naturelles en monoculture de plantations d'arbres, ce qui, de fait, accentue la déforestation.

Jusqu'à présent, seul un faible pourcentage du financement des Mécanismes de Développement propre (MDP) a été alloué à des pratiques agricoles (non compris la production d'énergie à partir de biomasse de déchets), mais ce nombre augmente au fur et à mesure que de nouvelles technologies de séquestration et de compensation sont approuvées. Selon le site web du CCNUCC, l'agriculture ne représente que 2,58% des méthodologies approuvées alors que le boisement et le reboisement en représentent 9,28%. Ceci n'inclut pas les méthodes de production d'énergie par la biomasse et la biomasse de déchets.

 

(2) L'agriculture représente 4,38% de tous les projets de MDP enregistrés, soit 128 projets; alors que le boisement et le reboisement en représentent 0,58%, soit 17 projets. La plupart des méthodologies agricoles se concentrent sur la réduction des émissions dans les installations industrielles de production de viande plutôt que d'imposer des modes de production plus durables (à petite échelle par exemple) qui génèreraient moins d'émissions.

Agrocarburants: La production d'agrocarburants n’est devenue une méthodologie approuvée par les Mécanismes de Développement propre (MDP) que récemment alors que la production d'énergie à partir de déchets de biomasse est approuvée depuis un certain temps. Par exemple, Cabrera Central Energética Açucar e Alcool Ltda, filière brésilienne d’Archer Daniels Midland et du groupe Cabrera, a un projet MDP qui produit de l'électricité à partir de déchets de bagasse venant de sa plante à éthanol.

 

En octobre 2009, le comité de direction MDP a approuvé une méthodologie de production d'agro-diésel à partir de plantations sur des terres “dégradées ou en voie de dégradation”; une définition si large qu'elle peut inclure la plupart des terres agricoles et de nombreux écosystèmes naturels. Pour la première fois, cette méthodologie permet à de grands producteurs d'agrocarburants tels qu’Archer Daniels Midland et Cargill de bénéficier directement de crédits carbone.

 

Toute méthodologie MDP qui suppose une production énergétique à partir de cultures, que ce soit de résidus ou de production d'agrocarburants, va profiter aux multinationales de la biotechnologie. Celles-ci, avec leurs techniques d'ingénierie génétique sont en train de créer des micro-organismes et des enzymes dans le but de réduire l'énergie nécessaire à la décomposition de la biomasse en agrocarburants, d'augmenter la biomasse cellulosique à partir de récoltes et de résidus (tiges et feuilles de maïs, eucalyptus) et de modifier le taux de lignite par rapport à la cellulose dans la biomasse afin de faciliter la conversion en agrocarburants et en agroplastiques. Selon Syngenta, “l'agriculture peut réduire les gaz à effet de serre avec des cultures productrices d'agrocarburants, une alternative aux combustibles fossiles faible en carbone ”.

 

Tout projet MDP, permettant aux producteurs d'agrocarburants industriels d'obtenir des crédits carbone, que ce soit à partir de la biomasse des déchets ou par la production directe d'agrocarburants, représente une menace sérieuse pour les paysans, car cela encourage l'accaparement des terres et la spéculation des investisseurs étrangers, la dégradation des terres et de la biodiversité, la pollution des eaux par les produits chimiques, la production de monocultures et une augmentation des pouvoirs des multinationales sur le marché.

Des cultures modifiées génétiquement “climate-ready” : Les multinationales de la biotechnologie font la promotion des cultures modifiées génétiquement pour résister à la sécheresse, à la chaleur, au froid, aux inondations et au sel, car elles ont déclaré ces cultures nécessaires à l'adaptation au changement climatique. Les avancées des cultures OGM climate-ready menacent les droits des paysans aux semences et à l'agrodiversité en utilisant les brevets et la pollution génétique.

 

Selon le groupe ETC, sous couvert de développer des cultures “climate-ready”, les multinationales font pression sur les gouvernements pour légaliser ce qui pourrait devenir la mainmise la plus importante et la plus dangereuse sur les brevets dans l'histoire de la propriété intellectuelle. Le but des cultures n'est plus uniquement de nourrir l'humanité mais bien d'augmenter la biomasse pour la production d'agrocarburants, d'agroplastiques, etc.. A elles seules, 6 multinationales (DuPont, BASF, Monsanto, Syngenta, Bayer et Dow) contrôlent 77 % des 262 familles de brevets (à la fois les brevets déposés et les applications) qui ont été déposés entre juin 2008 et juin 2010 pour les cultures climate-ready. Trois sociétés – DuPont, BASF et Monsanto – en ont 66%. Le secteur public n'en a que 9%. DuPont seul en comptabilise 44% et Monsanto 4% .


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Agriculture chimique sans labour: Bien qu'elle ne soit pas encore approuvée, une autre méthodologie pour la séquestration du carbone est en cours: il s'agit de l'agriculture chimique sans labour (aussi appelée de “conservation” et “agriculture durable” par les multinationales). Elle part du principe que les émissions agricoles peuvent être réduites si la terre n'est pas labourée, ce qui équivaut à la capture du carbone.

 

Monsanto s'est fait l'avocat de cette technique depuis 1998 afin de la faire approuver en tant que méthodologie MDP, elle est déjà reconnue par le Chicago Climate Exchange. Monsanto prétend que son produit Roundup Ready OGM aide à contrer les changements climatiques, les cultures pouvant se faire sans labourer, les mauvaises herbes étant généreusement aspergées de larges doses de l'herbicide Round up (glyphosate). Si les agriculteurs qui vont utiliser Roundup-Ready pour leurs cultures, peuvent avoir accès à des crédits compensatoires selon la technique de culture simplifiée ou sans labour, les ventes des semences Monsanto augmenteront ainsi que les ventes de produits chimiques, car les gouvernements vont encourager les grands exploitants agricoles à utiliser des semences Roundup Ready pour bénéficier de crédits carbone. En 2009, Monsanto a gagné le prix Angry Mermaid pour ses efforts de lobbying afin de faire approuver par la CCNUCC les plantations de soja cultivées selon une agriculture chimique, sans labour avec des produits Roundup Ready.



Si l'agriculture chimique sans labour est approuvée, les monocultures industrielles avec leurs semences OGM et leurs produits chimiques toxiques augmenteront, ce qui déplacera encore plus les populations rurales en concentrant la propriété des terres entre les mains des multinationales, en empoisonnant l'eau et les êtres humains avec leurs produits chimiques.

Inoculation d’azote dans les légumes: En juillet 2009, la CCNUCC a approuvé la première méthode de production agricole pour le MDP (Mécanisme de développement propre), à partir d’une technologie qui élimine l’utilisation de l’azote dans les engrais pour légumes en traitant les semences avec une bactérie fixant l’azote. Cette méthode a été créée pour une utilisation sur les monocultures industrielles de rotation de soja et maïs. Elle est fondée sur une technologie brevetée par Becker Underwood Inc., qui l’a développé avec Amson Technology LLC et Perspectives GmbH en vue d’un projet MDP au Brésil.


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En 2008, Monsanto a signé un partenariat avec Becker Underwood dans le but de développer des technologies pour les traitements de semences brevetés pour le maïs, le soja et le coton. Depuis 2009, Monsanto offre des traitements de semences à l’azote et tous les sojas Roundup Ready 2 Yield sont traités avec ces bactéries fixant l’azote. Monsanto est en train de mettre au point des traitements de semence pour le coton Deltapine et pour le maïs SmartStax. Cette méthodologie est problématique parce qu’elle encourage l’expansion des monocultures à production intensive d’OGMs contrôlées par les multinationales.


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Plantations industrielles d’arbres: Sous le prétexte de « boisement ou reboisement”, des plantations industrielles d’arbres pour la production d’agrocarburants à partir de la cellulose et la production de bioplastiques prospèrent comme s’il s’agissait de « forêts » séquestrant le carbone. Or, ces plantations ne sont pas des forêts. Les forêts naturelles séquestrent beaucoup plus de dioxyde de carbone que les plantations d’arbres et elles entrainent de la biodiversité, et non des déserts verts comme dans le cas des plantations d’eucalyptus. Les entreprises forestières et papetières telles que Stora Enso, Weyerhauser, Votarantim et Kimberly Clark ont accès aux crédits carbone puisqu’elles satisfont le critère des méthodologies de “boisement et reboisement” ; leurs plantations vont donc s’étendre et menacer les territoires des communautés autochtones et traditionnelles, sans compter qu’elles menacent la forêt naturelle, la biodiversité et les ressources en eau.


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Les propositions actuelles de la REDD vont aider l’industrie des agrocarburants en subventionnant la conversion de forêts primaires en plantations industrielles de palmiers à huile, d’autres arbres ou arbustes (y compris le Jatropha) sous le prétexte que ce sont des « forêts ».


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Barrages hydroélectriques: La CCNUCC encourage la création de barrages hydroélectriques pour la production d’énergie propre. Or, les barrages sont des sources d’émissions de gaz à effet de serre. En outre, ils noient sous les eaux des territoires, des terres et des forêts séquestrant le carbone. Les barrages hydroélectriques présentent également de fortes menaces pour les paysans, les territoires des peuples autochtones et les pêcheurs tout en encourageant les lotissements et la dégradation de forêts. Par exemple, par le biais de ses holdings en Ecosecurities, Cargill aide au financement d’une série de barrages hydroélectriques dans plusieurs états amazoniens du Brésil, qui sont aussi les états où la culture du soja est en pleine expansion.


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Les calculs sur le carbone d’Ecosecurities ne tiennent pas compte du déboisement causé par de nouvelles implantations d’activités humaines dans la région dues à la construction de barrages. La plupart des projets de barrages financés par Ecosecurities au Brésil sont situés près des autoroutes les plus importantes reliant les producteurs de soja et de viande avec les industries de transformation et les installations de Cargill pour l’exportation de soja sur le fleuve Amazone.


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Capture du méthane à partir des ateliers de production: ADM et Cargill ont accès aux crédits MDP ( Mécanismes de développement propre) avec des projets pour la réduction des émissions de gaz grâce à la gestion des effluents d’élevage et du fumier (y compris la production du biogaz à partir du purin de porc), de la génération de chaleur à partir des effluents des huileries de palme et de l’utilisation des résidus agricoles pour les agrocarburants (tiges et feuilles de maïs et bagasses de cannes à sucre).


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En 2007, 90% de tous les projets MDP approuvés en Malaisie l’ont été au profit des entreprises de l’huile de palme. Au Mexique, la moitié de tous les projets MDP concernaient les exploitations d’élevage de porcs. Cargill et ADM contrôlent 50% de la production d’huile de palme en Asie, et Cargill est l’un des plus grands protagonistes dans la production de porc au Mexique.


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Biochar: Les partisans du biochar prétendent qu’en introduisant du charbon de bois dans les sols cela va créer des puits de carbone sûrs et permanents et rendra les sols plus fertiles tout en retenant l’eau. Cette proposition implique de planter de 500 millions à plus d’un milliard d’hectares de plantations industrielles d’arbres, de les brûler et d’enterrer le charbon de bois qui en résulte dans les sols. A l’exception peut-être des agrocarburants, on vante la séquestration du carbone dans les sols pour les crédits compensatoires par le biais du biochar et de l’agriculture chimique en semis direct pour avoir un plus grand potentiel pour piéger le carbone, parmi toutes les méthodes utilisées en agriculture, à condition que son exclusion du MDP soit levée.


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Selon le Biofuelwatch, aucune méthodologie biochar n’a encore été approuvée par le conseil MDP. Par contre, la méthodologie charbon de bois a été approuvée et pourrait être facilement adaptée pour le biochar. La méthodologie proposée a été lancée par Plantar, une entreprise qui possède des plantations extensives d’eucalyptus à Minas Gerais, au Brésil. Il est particulièrement préoccupant de voir qu’Arborgen, qui développe des eucalyptus génétiquement modifiés, va tirer profit de cette méthodologie du biochar si elle est approuvée.


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De quelle façon les transnationales profitent du marché du carbone ?

Le commerce du carbone est actuellement le marché de matières premières qui se développe le plus rapidement au monde. Depuis 2005, il y a eu des transactions sur le carbone pour une valeur de plus de 300 milliards de dollars US. Les plus grandes institutions financières telles que Goldman Sachs, Barclays et Citibank ont maintenant placé le carbone dans les salles de marché; les traders qui, avant, spéculaient sur le pétrole ou le gaz, misent maintenant sur les effets les plus insidieux de notre économie fondée sur les combustibles fossiles.


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Lors de la prochaine décennie, si le Président Obama et d’autres peuvent instituer un système de plafonnement et d’échange des droits d’émission (cap-and-trade) aux Etats Unis, la demande en crédits carbone pourrait exploser avec un marché atteignant les 2 à 3 billions de dollars US (3). Les promoteurs du carbone sont, pour la plupart, financés ou appartiennent aux grandes multinationales, en particulier les groupes financiers comme JP Morgan Chase, qui possède le plus important promoteur de carbone au monde, EcoSecurities. Goldman Sachs possède une participation élevée dans l’un des plus grands promoteurs basé aux USA, Blue Source, et Cantor Fitzgerald possède CantorCO2, un autre protagoniste important. Les autres grands investisseurs dans ce domaine sont BHP Billiton, l’entreprise minière la plus importante au monde.


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Quant à la multinationale géante en produits pour l’agriculture, Cargill, l’une des entreprises privées les plus grandes au monde et entreprise de transformation pour les céréales, le sucre, la viande et autres produits agricoles (et l’un des plus grands pollueurs en gaz à effet de serre), elle est actuellement l’un des promoteurs les plus importants dans les projets de carbone. Par le truchement de sa filiale Green Hercules Trading Limited, Cargill possède maintenant sa propre entreprise de commerce du carbone se trouvant parmi les dix plus gros traders mondiaux. Avant décembre 2009, Cargill possédait 9 % d’Ecosecurities. Le marché du carbone est par essence un jeu de passe-passe élaboré qui sert subtilement les intérêts des gouvernements et des transnationales mais est incapable de relever les défis de notre crise environnementale menaçante. (4)


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De Cochabamba à Cancun: Les paysans rejettent les fausses solutions et exigent de réelles solutions pour sauver le climat.


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En réponse aux négociations sur le climat ayant échoué lors de la CCNUCC à Copenhague en décembre 2009, le Gouvernement de Bolivie a accueilli en avril 2010 La Conférence mondiale des Peuples sur le Changement climatique et les Droits de la Mère Terre qui s’est tenue dans la ville andine de Cochabamba. Trente mille personnes ont assisté à cette conférence et ont présenté de véritables solutions au changement climatique et qui sont:


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      Réductions des émissions à la source. Non au système cap-and-trade, non aux crédits compensatoires. Les pays et les multinationales doivent être tenus pour responsables de leurs émissions.
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      Agriculture paysanne durable. Les politiques menées pour une agriculture durable à petite échelle peut, non seulement, réduire les émissions d’une agriculture industrielle mais peut, de fait, contribuer à la séquestration du carbone dans le sol et préserver les forêts naturelles et la biodiversité.
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      Réduire les émissions de plus de 50% d’ici à 2017.
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      Droits de la Mère Terre. L’humanité a besoin de se réaligner avec la nature et avec la planète en respectant à nouveau et en ayant des liens étroits avec notre Mère Terre.
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      Le respect complet des droits humains et des droits des peuples autochtones ainsi que ceux des migrants climatiques. Le respect des peuples autochtones et de leurs territoires peut contribuer à la protection des forêts naturelles. Cela est fondamental pour stabiliser le climat.
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      Formation d’un Tribunal de Justice international pour le Climat.
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      Non aux nouveaux marchés du carbone.
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      6% du PIB des pays développés afin de financer les actions à mener dans les pays en développement pour faire face au changement climatique.
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      Levée des barrières à la propriété intellectuelle qui facilite le transfert de technologie.
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      Non à la « marchandisation » des forêts. (5)

 

 

Publié dans Nature

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