"L'Air Apocalypse" frappe à nouveau Pékin

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«Il y a de moins en moins de visiteurs ici», constate jeudi avec amertume Xiao Yan, une Chinoise offrant ses services de guide touristique place Tiananmen, tandis que Pékin subit un nouveau pic redoutable de pollution atmosphérique.


«Il faut dire que sur Internet on parle sans cesse de l'air irrespirable», poursuit-elle devant l'entrée de la Cité interdite, enveloppée dans un épais brouillard.

La purée de pois polluante oblige des véhicules à rouler les phares allumés en plein jour sur l'avenue de la Paix éternelle, une artère qui coupe Pékin sur une trentaine de kilomètres.


Le Mausolée où repose Mao, imposant cube de béton au centre de la place, semble perdu dans la brume. Et, au sud du quadrilatère, la massive porte Qianmen érigée au début du XVe siècle est carrément invisible.

La densité de particules de 2,5 microns de diamètre (PM 2,5), les plus nocives, a atteint tôt jeudi à Pékin le seuil de 671 microgrammes par mètre cube, selon l'ambassade américaine.


Ce niveau est 27 fois plus élevé que le plafond préconisé par l'Organisation mondiale de la santé pour une exposition de 24 heures. De telles situations sont désormais surnommées «airpocalypses» en Chine.

Place Tiananmen, devant le célèbre portrait du Grand Timonier, les touristes enlèvent leur masque filtrant le temps d'une photo. Le sourire est de mise pour conjurer l'atmosphère crépusculaire.

«Je n'ai jamais connu un truc pareil», s'exclame Richard Deutsch, un Américain de 59 ans qui profite d'une pause dans son voyage d'affaires pour faire un saut à la Cité interdite.


Une odeur de charbon brûlé


Il explique avoir senti l'odeur caractéristique du charbon brûlé en descendant plus tôt dans le hall de son hôtel, où un employé lui a remis un masque.

En ce mois de janvier où il gèle à Pékin, les centrales thermiques tournent à plein régime à l'intérieur et à l'extérieur de la mégalopole. La Chine consomme la moitié du charbon dans le monde et en tire plus de 70% de son énergie.

Cette semaine le quotidien China Daily a rapporté une chute de plus de 10% du nombre de touristes dans la capitale au cours des onze premiers mois de 2013. Une baisse s'expliquant notamment par la dégradation de l'air.


En voyant le ciel plombé à leur réveil, des parents ont décidé de ne pas envoyer en classe leur enfant. Tous les établissements n'ont pas les moyens de l'Ecole internationale de Pékin, qui s'est dotée de deux dômes gonflables géants sous lesquels l'air est purifié.

«Je suis désolé pour tous ces gens. Car ils voient se réduire de plusieurs années leur espérance de vie», confie M. Deutsch.

«Aux Etats-Unis la population n'accepterait jamais cela. Mais ici on dirait que cela passe», ajoute cet habitant du Vermont, «l'État des montagnes vertes» réputé pour sa faible urbanisation.


La pollution atmosphérique est pourtant devenue l'un des principaux sujets de mécontentement des Chinois, lassés de suffoquer et d'assister à l'explosion des cancers du poumon dans les zones urbaines.

Les médias officiels évitent d'être trop alarmistes. Mais, les autorités chargées de l'environnement ont recommandé jeudi d'éviter autant que possible les activités en plein air, notamment pour les enfants, les personnes âgées et celles souffrant de problèmes cardio-pulmonaires.


Le maire de Pékin, Wang Anshun, a lui appelé à une «mobilisation tous azimuts» contre la pollution, dans une déclaration à l'agence Chine nouvelle. Il a notamment promis la restructuration d'environ 300 industries et l'élimination des chaudières à charbon dans le périmètre du cinquième périphérique de la métropole.

Rencontré place Tiananmen, Gerald Meissner, un professeur de violon allemand marié à une Chinoise, en visite à Pékin, confie ne pas avoir emmené leur enfant. «L'air est trop mauvais pour les bébés, même pour une courte durée», dit-il.

«J'espère que le gouvernement va fermer les usines les plus polluantes», glisse son épouse Ma Di.


Les autorités chinoises font régulièrement des promesses dans ce sens, mais continuent à s'équiper en sources d'énergie polluantes. Selon Greenpeace, 570 centrales à charbon sont programmées ou en construction en Chine.

Jeudi à 20H00 la pollution de l'air à Pékin conservait un niveau «dangereux» selon l'ambassade américaine, avec une concentration de particules PM 2,5 de 437, soit 17 fois le plafond fixé par l'OMS.

 

 


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Des produits toxiques détectés dans des vêtements pour enfants

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L’ONG a appelé la Chine, premier producteur textile et premier consommateur de produits chimiques du monde, à cesser d’utiliser des substances néfastes dans son industrie textile.

Ce n’est pas la première fois que Greenpeace met en cause de grands fabricants de vêtements.


Greenpeace a affirmé mardi à Pékin avoir détecté des substances chimiques dangereuses dans des vêtements pour enfants fabriqués par des grandes marques, parmi lesquelles Disney,Burberry ou Adidas.

L’organisation de défense de l’environnement a expliqué dans un communiqué avoir soumis 82 articles de douze marques à des analyses, et avoir retrouvé chez chacune de ces enseignes des produits chimiques nocifs.


Parmi les marques ciblées par l’ONG figuraient également Nike, American Apparel,C&A et Gap. Les articles testés ont été fabriqués dans douze régions ou pays, et pour un tiers d’entre eux en Chine.

« "Les parents soucieux d’acheter à leurs enfants des vêtements qui ne contiennent pas de produits chimiques dangereux font face à un véritable cauchemar", a commenté Chih An Lee, de Greenpeace. »


Ces deux dernières années l’ONG a publié plusieurs études montrant la présence de substances chimiques susceptibles de provoquer des cancers et des désordres hormonaux dans des produits de marques telles que Zara, Calvin Klein, Levi’s et Li Ning.

Et en 2011, Greenpeace avait publié "Dirty Laundry" et "Dirty Laundry 2", deux rapports qui montraient comment les fournisseurs de grands groupes textiles empoisonnaient l’eau de certains fleuves chinois avec leurs rejets, ces substances chimiques se retrouvant également dans les fibres des produits vendus.

 

 


Publié dans Nutrition & Santé

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La fonte actuelle du glacier Pine Island aura des conséquences dramatiques

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L'un des plus gros glaciers du monde serait dans une phase de fonte irréversible...


Les effets du réchauffement climatique n'ont pas fini de se faire sentir. Une équipe internationale de chercheurs, pilotée par le Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement (LGGE) de Grenoble, vient ainsi de démontrer que la fonte du glacier de Pine Island, dans l'Antarctique, est inexorable. Responsable de 20% de la perte totale de l'Antarctique occidental, ce glacier pourrait reculer encore d'une quarantaine de kilomètres à l'horizon des cinquante prochaines années. Les conséquences sur l'élévation du niveau des eaux seront gravissimes : « En relarguant plus de glace vers l'océan,  le glacier contribuera trois à cinq fois plus à l'élévation du niveau des mers qu'il le fait actuellement » précise Gaël Durand, chercheur CNRS au LGE et co-auteur de l'étude.


Digues de protection


Quelles conséquences pour la planète ?  «Ce n'est pas très  réjouissant.  D'ici 2100, on s'attend à des élévations du niveau comprises entre 26 et 82 cm», poursuit Gaël Durand. Au-delà de cette date, «les gens qui habitent dans des régions dont l'altitude est proche de la mer, comme New York, Miami, le delta du Nil ou encore les Pays-Bas pourraient être touchés si le niveau de la mer augmente d'1 mètre par siècle. Il faudra construire et relever des digues ». En revanche, ailleurs, la menace est plus proche : « Plus le territoire a une altitude peu élevée, plus il sera impacté. Pour certaines iles du pacifiques, quelques dizaines de centimètres peuvent représenter un danger majeur.

 

En France, la première région impactée par l'élévation du niveau des mers serait vraisemblablement la Camargue. Il faut d'ores et déjà se poser des questions sur la protection ou la migration des populations » conseille le chercheur.

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L’énergie solaire gagnée par le gigantisme

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Jusque là dominée par une myriade de petits projets, l’énergie solaire voit naître des centrales géantes –des centaines de mégawatts, bientôt au-delà du gigawatt– grâce à la baisse des prix et à la confiance croissante des investisseurs.
Parmi les 20 plus grandes centrales photovoltaïques en fonctionnement dans le monde, pas moins de 18 ont été inaugurées en 2013, pour l’essentiel en Chine et aux Etats-Unis, selon des classements d’analystes croisés par l’AFP.

Et la plus grande centrale photovoltaïque au monde, celle d’Agua Caliente en Arizona aux Etats-Unis qui aligne 348 mégawatts de panneaux sur près de 10 kilomètres carrés, devrait rapidement perdre son titre avec la fin de grands chantiers en cours qui dépassent allègrement les 500 mégawatts.

 

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Centrale thermodynamique en Arizona



« Avec les panneaux bon marché, il est maintenant possible d’acheter 500 mégawatts d’un coup, ce qui n’était pas le cas il n’y a même pas cinq ans, quand aucun industriel n’en fabriquait autant », souligne Jenny Chase, analyste du secteur solaire chez Bloomberg New Energy Finance (BNEF).

En Europe, où se sont construites les premières centrales solaires, les grands terrains disponibles n’étaient pas foison. Le solaire trouve de nouveaux terrains de jeu dans les grands espaces plus fréquents sur d’autres continents.

« Les gens réalisent qu’avec un site suffisamment grand et une capacité suffisante de transmission au réseau électrique, ces grands projets ont du sens. Il y a des économies d’échelle dans la planification et dans le financement », souligne Mme Chase.

Buffett dans le coup

En Chine, 12 projets de plus de 100 mégawatts ont été inaugurés en 2013, selon BNEF. Et le fabricant Trina Solar, le numéro deux mondial, vient d’annoncer un projet de 1 gigawatt dans la région peu peuplée du Xinjiang.

Après une bataille commerciale qui a laissé ses concurrents occidentaux exsangues, « la Chine veut soutenir sa demande intérieure pour soulager ses propres fabricants mais il faudra voir s’ils iront tous jusqu’au bout », analyse Josefin Berg, analyste chez IHS.
Ces grands projets se font aussi plus facilement parce que le solaire a gagné la confiance des investisseurs, comme le plus célèbre d’entre eux, le milliardaire Warren Buffett, qui vient d’injecter des milliards de dollars dans plusieurs grands projets américains.

« Buffett a dit un jour que posséder des centrales n’était pas une façon de devenir riche, mais que c’était une bonne façon de rester riche », s’amuse Jenny Chase. « Il est vrai que ce sont des investissements assez ennuyeux, ils restent juste là à produire de l’électricité… »

 

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Un peu ennuyeux, mais de plus en plus spectaculaire. A raison d’un terrain de 2,2 hectares (trois terrains de football) par mégawatt à l’heure actuelle, un projet d’un 1 gigawatt suffirait à couvrir la surface d’un cinquième de Paris intramuros.

Au point que l’échelle de ce qui est « grand » ou ne l’est pas a été complètement chamboulée. « Quand j’ai commencé à suivre l’énergie solaire il y a 10 ans, 1 seul mégawatt était déjà un grand projet », se souvient Jenny Chase. Aujourd’hui, un grand projet commence plutôt à 20 mégawatts, voire 100, selon les analystes.

L’immense centrale française de Toul-Rosières, avec 115 mégawatts installés sur une ancienne base aérienne, pouvait prétendre au podium mondial lors de son inauguration en 2012, mais n’est même plus dans le top 10.
« Le plus grand projet en chantier actuellement se trouve aussi aux Etats-Unis, l’Empire Valley Project qui doit en principe atteindre 890 mégawatts. Les travaux ont commencé en 2012 et devraient se terminer fin 2014″, explique Josefin Berg.

La tendance est similaire dans le solaire thermodynamique, qui produit de l’électricité est chauffant un liquide avec l’aide de grands miroirs. Trois projets de plus de 100 mégawatts ont été inaugurés aux Etats-Unis et dans les Emirats Arabes, et cinq projets de plus de 300 MW sont en construction dans ces deux pays, au Maroc et au Chili.

Est-ce pour autant la fin du « +small is beautiful+ », qui a souvent prévalu dans le solaire? Dans le photovoltaïque, les projets géants de plus de 100 mégawatts ne devraient représenter qu’environ 15% des quelque 40 gigawatts de panneaux solaires prévus pour 2014, selon IHS.

« C’est la grande force du photovoltaïque, c’est qu’il s’adapte à toutes les échelles », souligne Josefin Berg.

 

 


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Pire que la pollution, la Chine face à l'étroitesse de ses ressources en eau

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Atlantico interroge Franck Galland.


Franck Galland est l'un des meilleurs spécialistes français des questions liées à la géopolitique de l'eau. Il a publié L'eau : géopolitique, enjeux, stratégies, aux éditions du CNRS (2008). Il a créé en 2011 Environmental Emergency & Security Services, cabinet d’ingénierie-conseil dont la vocation est d’accompagner les opérateurs d'infrastructures critiques eau & énergie dans l’anticipation et la gestion de situations de crises dues à des catastrophes naturelles.

La population de la Chine représente 21% de la population mondiale mais le pays ne dispose que de 7% des ressources en eau douce de la planète. Un problème d'autant plus majeur qu’il existe une très forte inégalité d'accès et une très forte pollution de cette ressource.


Atlantico : A l'heure actuelle, l'eau est le plus grand problème écologique de la Chine en raison de sa rareté et de sa pollution. Ainsi, par exemple, Pékin a les mêmes problèmes de pénurie d'eau qu'il peut y avoir dans un pays comme l'Arabie Saoudite. Quelle est la réalité de la situation dans le pays ?

Franck Galland : A l'évidence la Chine a un énorme problème de quantité comme de qualité de l'eau. Mais à cela s'ajoute un problème d'inégalité de répartition. En effet, à l'échelle nationale, il y a une moyenne de 2 100 m3 d'eau par habitant et par an. Avec ces chiffres, la Chine se situe au-dessus de la barrière de stress hydrique (estimée à 1 000 m3 d'eau par habitant et par an, ndlr). Mais en réalité, dans certains bassins du pays, notamment au nord et au nord-est, c'est-à-dire là où vivent près de 45% de la population chinoise, il n'y a que 500 m3 d'eau par habitant et par an. Ces zones sont donc à des niveaux critiques de ressources en eau. Ces provinces se retrouvent effectivement au même niveau que des pays comme l’Algérie (environ 300 m3 d’eau par habitant et par an) et le Pakistan (300 m3 d’eau par habitant et par an). Le niveau de stress hydrique est donc le même que celui de pays désertiques.

En clair, si la Chine du sud concentre 80 % des ressources en eau et 55 % de la population du pays, la Chine du nord s’apparente à un parent pauvre : elle possède moins de 15 % de l’eau disponible tout en hébergeant 45 % de la population chinoise. Force est de constater que la Chine se retrouve face à un énorme problème à régler. Problème d'autant plus important que la population chinoise est supérieure à 1,3 milliard d'habitants. Dès lors, pour nourrir l'ensemble du pays, l'agriculture a besoin de beaucoup d'eau et doit jongler avec les problèmes de pénurie.

C'est dans cette optique que fin 2012, le Comité central du parti communiste et le Conseil d'Etat ont édicté trois lignes rouges à ne pas dépasser : limiter l'usage de l'eau, améliorer l’efficacité de son utilisation sur l'ensemble du territoire et sur le nord du pays en particulier. Ainsi, il a été décidé de fixer à 700 milliards de m3 (ce qui représente les ¾ du volume de l'eau annuellement renouvelable, ndlr) la limite annuelle de ponction sur les ressources.

Avant, les autorités chinoises ne restreignaient pas l'eau à des fins industrielles, domestiques ou agricoles. Ils pompaient allègrement dans les rivières. Depuis 2012, c'est fini ! Ils n'ont plus le choix sinon ils vont tout droit à la catastrophe !

 

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A cause de la surexploitation, des rivières entières disparaissent totalement du paysage. Comment lutter contre ce phénomène ? Les immenses projets de barrages et de canaux sous-terrains sont-ils une solution suffisante ? Comment faire pour trouver un équilibre durable ?

Effectivement, il y a l'heure actuelle la mise en place de grands programmes de transferts destinés à ramener de l'eau du sud au nord. Mais c'est "déshabiller Pierre pour habiller Paul". Il faut donc trouver d'autres solutions. C'est pour cela qu'ils ont annoncé fin 2012, en même temps que les trois lignes rouges, la mise en place d'un programme d'augmentation à 60% de l'efficacité des techniques d'irrigation à horizon 2030. L'agriculture qui consomme toujours plus d'eau va donc bénéficier de lourds investissements dans ce domaine et sa consommation sera mieux gérée, mieux régulée.

Pour arriver à relever un tel défi, la Chine a pris l'exemple de Singapour et d'Israël. Aujourd'hui l'Etat hébreu réutilise 76% des ses eaux usées. Et ce dans le but d'arroser les champs agricoles, les espaces verts, la production industrielle... Grâce à cette technologie, Israël est devenu auto-suffisant dans le domaine de l'eau. Israël allait en guerre à cause de l'eau il y a trente ans, ce n'est plus le cas désormais grâce à la réutilisation des eaux et grâce à une haute-technologie dans ce domaine. Haute-technologie que les Chinois commencent tout juste à acquérir.

Par ailleurs, la Chine se met à pratiquer de plus en plus la technique du désalement de l'eau. Et les autorités s'en donnent tellement les moyens qu'à terme la Chine sera l'une des plus grandes puissances dans ce domaine. Selon des données du ministère chinois de l'Aménagement du territoire datant de 2011, le taux d'urbanisation des zones côtières va passer de 46,6% à 65% en 2030. La population chinoise sera donc de plus en plus côtière. Et qui dit côte , dit possibilité de désalement. En 2013, les stations de désalement traitent 1 million de m3/jour d'eau. Le Conseil d'Etat table sur 2,6 millions de m3/jour pour 2015.

Efficacité opérationnelle en milieu urbain, irrigation intelligente dans l'agriculture, réutilisation des eaux usées, désalement et tout une batterie de technologies que les Chinois vont copier sur les pays développés sont autant de solutions déjà mises en place pour faire face aux problèmes de l'eau dans le pays. D'autant plus que tout cela vient bien évidemment de leurs grands programmes d'aménagement hydraulique qui visent à ramener de l'eau du sud au nord.

Le problème de l'eau est pris à bras le corps par les autorités chinoises. C'est le sujet le plus important des 100 prochaines années.
Le sujet est d'autant plus d'importance qu'en 2009 la Banque mondiale a estimé que le coût global de la crise de l'eau en Chine représentait 2,3% de son PIB. A terme, comment la Chine peut-elle survivre ? Comment faire en sorte, en plus des solutions déjà envisagées, que la croissance ne soit pas affectée à ce point ?

Effectivement, la Chine subit l'impact de la crise de l'eau sur son PIB et continuera de le subir. Tout cela sans parler de la dégradation de la qualité de la ressource en eau. Car la pollution a aussi un impact très important. C'est un peu un cercle fermé dont il est difficile de sortir. Trop d'activité industrielle engendre de la pollution, la pollution induit une dégradation de la qualité des nappes, des rivières et de la qualité de l'air. La croissance chinoise va continuer à être altérée mais je pense que la Chine l'a pris en compte. Et toutes les solutions déjà évoquées vont avoir des conséquences sur la croissance. Car qui dit forts investissements dans le désalement ou dans l'irrigation intelligente, dit création d'entreprises et création d'emplois. Toutes les infrastructures développées vont à terme avoir un impact positif sur la croissance.

Autre problème économique soulevé par les problèmes d'eau en Chine : le pays se met à importer du maïs, du riz et des céréales. Auparavant, elle ne le faisait pas. Cette importation n'a pas pour objectif de nourrir la population mais bien le bétail. En effet, il faut environ 15 000 litres d'eau pour produire un kilo de viande et cela la Chine ne peut plus se le permettre. Donc ils importent du maïs. C'est donc un phénomène nouveau à prendre en compte : la Chine, auparavant auto-suffisante, se met à importer.  Et ce malgré une production record !


Le manque cruel d'eau dans le pays peut aussi avoir des conséquences internationales. En effet, les pays frontaliers (Inde, Bangladesh, Kazakhstan, Russie, Vietnam...) commencent à s'inquiéter de la surexploitation de la Chine car cela affecte leur consommation et ralentit le débit des fleuves communs. On parle d'une éventuelle guerre de l'eau. Est-ce que la situation peut dégénérer à ce point ?

Non, il faut être un peu plus modéré sur cette question. Je pense qu'aujourd'hui la Chine est consciente de la menace qu'elle fait peser sur ses pays riverains, notamment l'Inde. L'une des craintes des autorités indiennes était que le programme de transfert des eaux du sud au nord est à terme des conséquences sur l'une des sources du Brahmapoutre (fleuve qui prend sa source en Chine via le Tibet et qui traverse l'Inde et le Bangladesh, ndlr). Les autorités indiennes avaient peur de constater un ralentissement du flux de l'eau. Mais, en 2009, les Chinois ont eux-mêmes désamorcés la bombe en assurant que la dérivation prévue à l'ouest n'était pas nécessaire. Les Chinois essaient de calmer le jeu sur cette question.  Pour preuve, le nouveau président Xi Jinping a fait passer des messages très clairs à ce sujet lors de la réunion des BRICS à Durban au mois de mars. La Chine propose dont une logique partenariale avec l'Inde pour l'exploitation de ce fleuve. Il y a une inquiétude réelle  mais la Chine tente de calmer le jeu coûte que coûte.

La population de la Chine représente 21% de la population mondiale mais le pays ne dispose que de 7% des ressources en eau douce de la planète. Un problème d'autant plus majeur qu’il existe une très forte inégalité d'accès et une très forte pollution de cette ressource.

Atlantico : A l'heure actuelle, l'eau est le plus grand problème écologique de la Chine en raison de sa rareté et de sa pollution. Ainsi, par exemple, Pékin a les mêmes problèmes de pénurie d'eau qu'il peut y avoir dans un pays comme l'Arabie Saoudite. Quelle est la réalité de la situation dans le pays ?

Franck Galland : A l'évidence la Chine a un énorme problème de quantité comme de qualité de l'eau. Mais à cela s'ajoute un problème d'inégalité de répartition. En effet, à l'échelle nationale, il y a une moyenne de 2 100 m3 d'eau par habitant et par an. Avec ces chiffres, la Chine se situe au-dessus de la barrière de stress hydrique (estimée à 1 000 m3 d'eau par habitant et par an, ndlr). Mais en réalité, dans certains bassins du pays, notamment au nord et au nord-est, c'est-à-dire là où vivent près de 45% de la population chinoise, il n'y a que 500 m3 d'eau par habitant et par an. Ces zones sont donc à des niveaux critiques de ressources en eau. Ces provinces se retrouvent effectivement au même niveau que des pays comme l’Algérie (environ 300 m3 d’eau par habitant et par an) et le Pakistan (300 m3 d’eau par habitant et par an). Le niveau de stress hydrique est donc le même que celui de pays désertiques.

En clair, si la Chine du sud concentre 80 % des ressources en eau et 55 % de la population du pays, la Chine du nord s’apparente à un parent pauvre : elle possède moins de 15 % de l’eau disponible tout en hébergeant 45 % de la population chinoise. Force est de constater que la Chine se retrouve face à un énorme problème à régler. Problème d'autant plus important que la population chinoise est supérieure à 1,3 milliard d'habitants. Dès lors, pour nourrir l'ensemble du pays, l'agriculture a besoin de beaucoup d'eau et doit jongler avec les problèmes de pénurie.

 C'est dans cette optique que fin 2012, le Comité central du parti communiste et le Conseil d'Etat ont édicté trois lignes rouges à ne pas dépasser : limiter l'usage de l'eau, améliorer l’efficacité de son utilisation sur l'ensemble du territoire et sur le nord du pays en particulier. Ainsi, il a été décidé de fixer à 700 milliards de m3 (ce qui représente les ¾ du volume de l'eau annuellement renouvelable, ndlr) la limite annuelle de ponction sur les ressources. Avant, les autorités chinoises ne restreignaient pas l'eau à des fins industrielles, domestiques ou agricoles. Ils pompaient allègrement dans les rivières. Depuis 2012, c'est fini ! Ils n'ont plus le choix sinon ils vont tout droit à la catastrophe !

A cause de la surexploitation, des rivières entières disparaissent totalement du paysage. Comment lutter contre ce phénomène ? Les immenses projets de barrages et de canaux sous-terrains sont-ils une solution suffisante ? Comment faire pour trouver un équilibre durable ?

Effectivement, il y a l'heure actuelle la mise en place de grands programmes de transferts destinés à ramener de l'eau du sud au nord. Mais c'est "déshabiller Pierre pour habiller Paul". Il faut donc trouver d'autres solutions. C'est pour cela qu'ils ont annoncé fin 2012, en même temps que les trois lignes rouges, la mise en place d'un programme d'augmentation à 60% de l'efficacité des techniques d'irrigation à horizon 2030. L'agriculture qui consomme toujours plus d'eau va donc bénéficier de lourds investissements dans ce domaine et sa consommation sera mieux gérée, mieux régulée.

Pour arriver à relever un tel défi, la Chine a pris l'exemple de Singapour et d'Israël. Aujourd'hui l'Etat hébreu réutilise 76% des ses eaux usées. Et ce dans le but d'arroser les champs agricoles, les espaces verts, la production industrielle... Grâce à cette technologie, Israël est devenu auto-suffisant dans le domaine de l'eau. Israël allait en guerre à cause de l'eau il y a trente ans, ce n'est plus le cas désormais grâce à la réutilisation des eaux et grâce à une haute-technologie dans ce domaine. Haute-technologie que les Chinois commencent tout juste à acquérir. 

Par ailleurs, la Chine se met à pratiquer de plus en plus la technique du désalement de l'eau. Et les autorités s'en donnent tellement les moyens qu'à terme la Chine sera l'une des plus grandes puissances dans ce domaine. Selon des données du ministère chinois de l'Aménagement du territoire datant de 2011, le taux d'urbanisation des zones côtières va passer de 46,6% à 65% en 2030. La population chinoise sera donc de plus en plus côtière. Et qui dit côte , dit possibilité de désalement. En 2013, les stations de désalement traitent 1 million de m3/jour d'eau. Le Conseil d'Etat table sur 2,6 millions de m3/jour pour 2015.

 Efficacité opérationnelle en milieu urbain, irrigation intelligente dans l'agriculture, réutilisation des eaux usées, désalement et tout une batterie de technologies que les Chinois vont copier sur les pays développés sont autant de solutions déjà mises en place pour faire face aux problèmes de l'eau dans le pays. D'autant plus que tout cela vient bien évidemment de leurs grands programmes d'aménagement hydraulique qui visent à ramener de l'eau du sud au nord.

Le problème de l'eau est pris à bras le corps par les autorités chinoises. C'est le sujet le plus important des 100 prochaines années.


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