Le changement climatique en région méditerranée va bientôt engendrer des pénuries alimentaires

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Le changement climatique affecte fortement les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord. Résultat : une baisse de la production de céréales qui menace la sécurité alimentaire dans cette zone, va bousculer les marchés mondiaux et appelle des réponses techniques et politiques.

champ de blé sécheresse

Offre, demande, flux commerciaux… Lors d’un séminaire organisé le 14 décembre, le Conseil international des céréales s’est demandé quel était l’avenir des bilans céréaliers mondiaux face au changement climatique, en particulier pour les pays de la région " MENA" (Moyen-Orient et Afrique du Nord).

Même si certains obtiennent des hausses graduelles de production, les pays de cette zone sont tous en déficit de production par rapport à la consommation en raison de conditions climatiques peu propices. « Les pires conditions au monde pour produire du grain », selon Jack Wade, météorologiste pour l’observatoire Aura Commodities.

Ils sont donc tous en situation de dépendance par rapport aux importations.

Et le changement climatique va rendre la production de céréales de plus en plus difficile dans cette zone. Le renforcement de l'effet de serre provoque de fait des conditions de plus en plus sèches et chaudes. « On produit du blé dans les endroits les plus chauds du monde, c’est logique qu’à un moment, on heurte un plafond ! », lance Jack Wade.

Épisodes de stress thermique, anomalies de températures et de précipitations sont déjà observées dans la région Mena. « La Méditerranée se réchauffe déjà 20 % plus vite que le reste du monde », souligne Elen Lemaître-Curri, économiste et directrice adjointe du CIHEAM (Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes) de Montpellier.

D'ajouter : « Dans un scénario haut d’émissions de gaz à effet de serre, on peut imaginer d'ici à l'année 2100 une hausse de température comprise entre 3,8 et 6,5 °C en région méditerranée »

Tempêtes, sécheresses, baisses de rendements

Autre conséquence du changement climatique : la hausse de la température de la surface de la mer pourrait déboucher l’été sur des cycles de tempêtes particulièrement fortes et destructrices. Les effets de la Niña pourraient aussi se trouver décuplés, or « un excès de sécheresse entre septembre et novembre affecte négativement les semis de céréales d’hiver, selon Jack Wade. C’est déjà le cas au Maroc et cela pourrait toucher le Pakistan et l’Afghanistan ».

Les rendements dans certains pays de la zone Mena pâtissent déjà de la situation, par exemple « en blé en Iran et en Afghanistan sur la campagne 2021/22 », note Jack Wade. Le président du Centre de recherche agricole de l'Égypte, Mohamed Soliman, décrit sur les céréales de son pays « un taux de photosynthèse perturbé, des dates de floraison plus précoces et une multiplication des pathogènes et des ravageurs, ce qui fait baisser les rendements ».

La hausse du niveau des eaux inquiète particulièrement au pays des pharaons : « On le voit dans les deltas, dans les zones côtières... Il faut s’attendre à des risques d’inondations dans le nord de l’Égypte. Cela aura un impact sur la production », poursuit Mohamed Soliman.

En Tunisie, on s'attend à ce que les années sèches soient de plus en plus fréquentes et mènent à une diminution des superficies en céréales : « À l’horizon 2100, les zones favorables aux blés et à l’orge diminueraient en moyenne de 8 à 16 % selon les scénarios climatiques », explique Rabaa Bensalah, de la Direction générale de la production agricole en Tunisie. Les rendements sont aussi prévus à la baisse quelles que soient les céréales.

Dépendance et volatilité accrues sur les marchés

Des baisses de production s'annoncent dans les pays de la région Mena, donc une hausse de leur vulnérabilité et de leur dépendance aux importations. Jack Wade prévoit aussi : « une production plus erratique de céréales, un manque de fiabilité dans la production », et donc une volatilité accrue sur les marchés.

La volatilité sera d'autant plus accrue que le changement climatique affecte aussi le reste du monde, notamment les zones productrices. « Il y a aussi un risque de grande variabilité de production et de prix dans l’hémisphère nord : il y a des potentialités positives, par exemple en Russie et au Canada, mais ce ne sera pas viable tous les ans car la protection neigeuse peut fondre, exposant les céréales », détaille l'expert météorologiste.

L'augmentation de la demande va amplifier la dépendance aux importations dans les dix ans, dopée par la hausse démographique « particulièrement vive dans le sud et l’est de la région Mena », note Elen Lemaître-Curri.

Ajoutons que le changement climatique et son impact sur la production de grains en Méditerranée jouent sur le budget des pays concernés. Abani El-Bachir, du ministère de l’agriculture du Maroc, explique ainsi les conséquences de la chute de production céréalière : « Face à la pénurie, les prix ont fortement augmenté. L’État intervient par des subventions directes sur les importations de blé tendre pour maintenir un prix stable sur le marché national ».

S'adapter pour limiter la dépendance

Comment lutter contre les impacts négatifs du changement climatique sur la production céréalière en région Mena et sur les marchés agricoles ? Jack Wade liste des solutions : « augmenter la capacité de stockage de l'eau pour tirer parti des épisodes de pluies intenses, améliorer la technologie »... Il cite une technique d'ensemencement des nuages, testée à petite échelle au Moyen-Orient avec des cristaux de sel mais très controversée car elle pourrait être dévoyée à des fins politiques.

Les pays de la zone travaillent d'ores et déjà à réduire leur dépendance en céréales importées et garantir la sécurité alimentaire de leur population. Un plan d'adaptation a ainsi été mis en place en Tunisie, basé sur des programmes de recherche et d'obtention variétale, des systèmes de production adaptés au changement climatique, la vulgarisation et l'accompagnement des agriculteurs.

Alors que secteur agricole consomme 85 % de la part annuelle hydrique apportée par le Nil, l'Égypte mène de son côté un travail de grande ampleur sur l’utilisation en l’eau. Le pays va construire 47 usines de dessalement d’ici à 2035 et prévoit dans les trois ans qui viennent de remplacer ses systèmes d’irrigation par des dispositifs modernes et économes en eau, sur 1,554 million d’hectares.

Face au défi de taille qui se pose à la région Mena et à ses partenaires commerciaux, tous les intervenants ont souligné l'importance de mettre en place des partenariats internationaux, partager les données de marché, se coordonner sur le plan politique. « Il faut changer de système, de pratiques. Et nous devons travailler ensemble pour mettre en œuvre des actions ! », exhorte ainsi Mohamed Soliman.

 

 

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Climat, biodiversité : le retour gagnant des arbres champêtres

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Depuis le milieu du XXe siècle, 70 % des haies ont été détruites pour augmenter la productivité des fermes françaises.

La vallée de Villé (67) travaille au maintien de paysage diversifiés, associant arbres champêtres et prairies permanentes. Geoffrey Mesbahi (2019), CC BY-NC-ND

 

Pourtant, on leur reconnaît aujourd’hui de nombreux bénéfices économiques, écologiques mais aussi agronomiques… À l’heure de la mobilisation contre les dérèglements climatiques et le recul de la biodiversité, quel rôle joueront ces espaces dans le développement d’une agriculture mieux adaptée aux changements globaux ?

Abattre les arbres pour produire davantage

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les arbres ont été vu comme un frein au développement agricole de la France.

Afin d’augmenter la productivité des fermes, le remembrement a été mis en place par l’État, de gré ou de force. Les haies ont été arrachées pour assembler de petites parcelles voisines en une grande parcelle, permettant d’augmenter la surface cultivable et de simplifier le travail des agriculteurs.

On reproche alors aux arbres d’entraver la bonne circulation des engins agricoles : difficile pour les tracteurs de passer dessous, difficile de slalomer entre les troncs pendant le labour, obligation de multiplier les allers-retours avec de petits semoirs, pulvérisateurs et autres moissonneuses-batteuses.

Les arbres peuvent aussi constituer un frein au bon développement des cultures. Leur ombre créer un retard de croissance : lors de la moisson, les grains sont moins mûrs et donc de moins bonne qualité. Dans les prairies, les plantes légumineuses, riches en protéines, se développent moins à l’ombre du feuillage, pouvant occasionner un fourrage à la valeur nutritive moindre.

Agriculture vivrière, agriculture de rente

En parallèle, l’agriculture française s’est inscrite dans la mondialisation. Les fermes se sont spécialisées, permettant de baisser les coûts de production, abandonnant ainsi leur système économique semi-autarcique. Les arbres ont souvent perdu de leur intérêt, puisque les éleveurs ont moins besoin de produire eux-mêmes leur bois de chauffe, ou de stocker leurs pommes et noix pour l’hiver.

Les productions agricoles sont désormais des cultures de rente et non des cultures vivrières, même si de nombreux agriculteurs ont maintenu un potager, un verger ou quelques animaux pour leur consommation personnelle.

Aujourd’hui, les arbres souffrent souvent d’une image désuète, tandis qu’une agriculture plus technologique se développe, là encore complexifiée par la présence d’arbres : pilotage automatique des engins agricoles, surveillance des cultures par drones et satellites, etc.

Des conséquences négatives pour la biodiversité… et pour nous

Les conséquences les plus connues de ces abattages d’arbres concernent l’environnement. Les haies nourrissent et abritent en effet des oiseaux et des arthropodes, mais aussi du gibier comme le lapin de garenne ou la bécasse.

L’arrachage des haies crée de grandes surfaces favorables au ruissellement de l’eau, surtout en hiver lorsqu’il n’y a aucune culture en place et que les précipitations sont importantes. Ce ruissellement emporte la terre des champs dans les rivières, induisant une baisse de la qualité de l’eau mais aussi une baisse de productivité du champ.

Enfin, l’arrachage des arbres champêtres entraîne la perte de paysages typique à certaines régions : le bocage normand, les frênes têtards du marais poitevin, ou encore les vergers hautes tiges des Vosges du Nord font partie du patrimoine et constituent une source d’attractivité touristique.

La biodiversité, la qualité de l’eau et le patrimoine sont difficilement chiffrables, ce qui peut expliquer qu’il a été pendant longtemps difficile de voir les effets négatifs de l’arrachage des arbres. Aujourd’hui, les haies sont surtout concentrées dans l’Ouest et le Centre de la France, dans des régions où l’élevage s’est maintenu.

L’arbre champêtre, un allier contre le réchauffement

On sait désormais que les arbres ont des avantages pour les agriculteurs, ce qui pourrait inciter à leur retour dans nos campagnes.

Les arbres créent un microclimat, protégeant les cultures et les animaux du vent, du soleil, et de la chaleur. Ils permettent donc de limiter l’effet des intempéries sur les productions agricoles. Les arbres agroforestiers stockent le carbone atmosphérique dans leurs troncs et branches, mais aussi et surtout dans le sol. Le carbone du sol est important pour les cultivateurs, puisqu’il augmente la fertilité et la réserve en eaux, permettant de meilleurs rendements.

En élevage, les arbres favorisent le bien-être animal en fournissant des abris et des endroits où se frotter. Plusieurs programmes de recherche étudient actuellement l’utilisation d’arbre comme fourrage, ce qui peut être particulièrement intéressant en été lorsque les prairies perdent en valeur nutritive et ne poussent quasiment plus. Enfin, les arbres sont aussi une source de nectar et de pollen, pouvant intéresser les apiculteurs.

Enfin, l’avantage économique de l’agroforesterie est désormais démontrés. Cultiver du blé et des merisiers en agroforesterie produit par exemple 17 % de biomasse (blé et bois) de plus que de les cultiver sur deux parcelles distinctes.

Plantations stratégiques

Les nouvelles plantations d’arbres sont désormais réfléchies pour être adaptées aux engins et ne plus gêner le travail des agriculteurs. L’orientation des lignes d’arbres est définie selon que l’agriculteur souhaite éviter de faire de l’ombre à ses cultures pour maximiser leur croissance (orientation nord-sud), ou au contraire apporter de l’ombre pour protéger des excès de soleil (orientation ouest-est).

L’arbre champêtre augmente ainsi la résilience de l’agriculture face au changement climatique. Et il se plante aujourd’hui de plus en plus d’arbres en milieu agricole, autour et au cœur des parcelles, notamment grâce au programme « Plantons des haies ! » et un accompagnement à la fois économique et technique.

Il est aussi important de repenser l’économie entourant des haies après leur implantation : les haies fournissent des services à toute l’humanité (séquestration de carbone, maintien de la biodiversité, épuration de l’eau…), les agriculteurs ne devraient donc pas être les seuls à en assurer l’entretien.

Source : the conversation

 

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Face au changement climatique, la France prépare la migration assistée des forêts

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Chêne
Un chêne dans les bois de Saint-Bonnet-Troncais, en Auvergne, le 25 octobre 2018. La forêt de Troncais est célèbre pour ses chênes tricentenaires.

La migration assistée, en botanique, est le fait de déplacer artificiellement des espèces d’arbres d’une zone à une autre. Face à la rapidité du changement climatique, cette méthode est mise en avant en France par l’Office national des forêts (ONF), mais des précautions doivent être prises, alerte de son côté la Société botanique de France (SBF).

Des hommes écureuils à la recherche de graines. Durant l’automne 2021, l’Office National des Forêts (ONF), organisme chargé de la gestion des forêts publiques en France, a envoyé ses grimpeurs cueilleurs collecter des graines de cèdres dans la forêt des cèdres du Lubéron, dans le Vaucluse. Cet arbre résistant au changement climatique et apprécié pour ses qualités dans la construction et le mobilier pourrait être planté plus au nord, dans une démarche de migration assistée.

Un enjeu vital, alors que depuis 2018, 300 000 hectares de forêts sur le sol métropolitain subissent un dépérissement lié au changement climatique et aux bioagresseurs. Mais cette démarche de migration assistée, saluée par tous, ne doit pas prendre le risque de se tourner vers des espèces extracontinentales, alerte la Société Botanique de France (SBF) qui a publié un livre blanc sur le sujet début décembre.

Un constat de base qui fait l’unanimité

En temps normal, les arbres sont déjà des espèces mobiles. Ils étendent leurs territoires, migrent d’une zone biogéographique à une autre selon le climat, sur des centaines d’années. Mais d’ici trente ans, en France, de grands écosystèmes forestiers sont amenés à disparaître, sans être naturellement remplacés par d’autres essences. Jean-Marie Dupont, ingénieur forestier, botaniste indépendant et membre du conseil d’administration de la SBF, confirme : « Le rythme du changement climatique actuel est original et fulgurant, on n’a jamais connu cela par le passé. Les espèces risquent de ne pas avoir le temps de migrer. »

D’où l’objectif pour l’ONF de mettre en œuvre une migration assistée, pour assurer la continuité des zones forestières, dans un intérêt écologique… mais aussi économique : en France, la filière bois génère 400 000 emplois, pour 60 milliards d’euros de chiffre d'affaires par an. Xavier Bartet est le directeur adjoint du département Recherche, développement et innovation de l’ONF et chargé des projets liés aux adaptations des forêts au changement climatique. Pour lui, il y a urgence à transformer les forêts françaises : « On savait qu’il allait y avoir une évolution climatique, on ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi violent. Là, on a déjà subi cinq sécheresses d’affilée. Heureusement, l’été dernier a été plus humide. La forêt a énormément trinqué, avec des dépérissements massifs. » L’idée de mettre en place une migration assistée est partagée par Jean-Marie Dupont, sous conditions : « L’idée de faire migrer des écosystèmes est très bonne, il faut le faire puisque les forêts vont dépérir et qu’il faut les aider à passer le cap. Mais encore faut-il que les essences proposées aux forestiers soient adaptées aux futurs climats de la zone ».

Des régions pas encore assez résilientes ?

L’ONF, lorsqu’elle récolte des graines, les fait sécher dans la sècherie de la Joux , dans le Jura. Elles sont ensuite stockées et mises à disposition des forestiers, sous forme de listes, qui seront approuvées régions par régions par les préfets de région. 129 essences sont subventionnées, donc encouragées par l’État, et listées dans les Programmes régionaux de la forêt et du bois. Mais c’est là que le bât blesse pour Jean-Marie Dupont : « Dans certaines régions comme en Normandie ou en Haut-de-France, plus de 50 % des essences proposées à subvention sont inadaptées au climat à venir. On plante encore aujourd’hui des arbres qui dans 20 ou 30 ans ne seront pas adaptés au climat dans lesquels ils vont grandir. La moitié de ce qui est proposé nous met dans le mur. Il y a même des essences proposées qui ne sont déjà plus adaptées au climat actuel ! »

Une incompréhension pour la SBF, alors que le corpus scientifique est dense sur le sujet. Surtout que l’État investit dans la recherche et dans la gestion des forêts. « On parle d’argent public dans le cadre des subventions aux plantations, mais on parle aussi d’argent public pour la recherche sur le sujet ! C’est quand même fou qu’il n’y ait pas une cohérence entre ces deux choses qui sont l’amont et l’aval d’un même enjeu », soupire le botaniste.

Si l'ONF admet que certaines essences ne sont pas adaptées à la totalité du territoire sur lesquelles elles sont proposées, elle considère en revanche que c'est parce qu'un territoire n'est pas homogène. « Quand on propose une liste, il faut qu’elle puisse s’adapter à tous les contextes. Il y a des endroits où l’on est en fond de vallon dans les régions, où il y a de l’humidité, de la fraîcheur, et où même avec le réchauffement climatique, on sera compatible avec les essences en place. Donc les éliminer parce que sur certaines zones précises, le climat sera défavorable, ce serait dommage. Aux forestiers de sélectionner celles qui sont les plus adaptées dans leur zone », argumente Xavier Bartet. 

Exotiques mais pas toujours sympathiques

L’État réfléchit également à utiliser plus d’espèces étrangères lors de migrations assistées, car plus résistantes aux climats futurs et aussi plus rentables : certaines poussent plus vite, produisent du meilleur bois. Des espèces non-indigènes sont expérimentées dans des îlots d’avenirs, des zones-tests, d’autres sont déjà présentes dans les listes subventionnées. Elles sont étrangères aux zones biogéographiques concernées et viennent pour certaines hors du continent européen.

Or, sur cent espèces exotiques introduites sur un territoire nouveau, dix s’acclimatent en moyenne, et sur cent qui s'acclimatent, une est invasive. Une probabilité certes faible, mais pas nulle, estime Jean-Marie Dupont : « C’est un gros souci, on a des exemples nombreux d’espèces qui sont devenues des pestes végétales contre lesquelles on dépense chaque années des milliers et des millions d’euros. »

Le botaniste alerte également sur la non prise en compte des risques de diffusion de ces espèces hors des îlots d’avenir. « Quand on regarde les paramètres qui sont testés dans ces dispositifs il y en a beaucoup, mais on ne regarde pas si cette essence va s’échapper de son enclos. Pire, il n’y a pas de suivi phytosanitaire, dans le sens où l’on va aller regarder s’il n’y a pas des maladies nouvelles qui sont introduite. » Un argument que ne « comprend pas » l'ONF. Pour Xavier Bartet, toutes les précautions sont prises dans les îlots d'avenir : « On a vérifié en amont qu’elles ne sont pas déjà envahissantes là où elles poussent, et on vérifie dans ce nouveau contextes elles ne le deviennent pas, en les surveillant comme le lait sur le feu. »

Une balance bénéfices-risques

Ces essences exotiques peuvent aussi transporter avec elles des champignons ou des insectes contre lesquels les espèces de la zone ne sont pas protégées. Dans les années 1970, la graphiose de l’orme a décimé les ormes français, du fait de l’introduction d’essences qui portaient cette maladie. Actuellement, la chalarose des frênes a été introduite en Europe avec le frêne de Mandchourie, en provenance d’Asie du Sud-Est, sans savoir que ce dernier portait cette maladie.

Pour Jean-Marie Dupont de la Société Botanique de France, la solution est simple : « Le mieux serait d’appliquer le principe de précaution et de faire de la migration assistée seulement sur des essences régionales venant de climats différents qui pourraient être remontées vers d’autres climats, comme cela est déjà en partie expérimenté. » Un avis que partage en partie l'ONF, en déclarant privilégier les essences locales. « La priorité est d’utiliser des essences locales : cela nous coûtera moins cher, ce sera plus facile, on les connaît. Mais on a intérêt, dans ce contexte d’incertitude, à diversifier au maximum. Si on n’a pas besoin d'utiliser des essences exotiques, tant mieux, on aura testé cela ne nous aura pas coûté très cher. Mais si on a besoin d’une diversité plus importante, on les aura sous la main », avance Xavier Bartet. 

Finalement, la question est aussi de savoir si la France aura le temps de faire la totalité des tests avant la disparition d'une grande partie des forêts : il faut des dizaines d'années pour recréer un écosystème forestier. Pour Xavier Bartet, de l'ONF, les débats avec la Société Botanique de France sont importants : « Est-ce qu’en fait ce n’est pas déjà trop tard pour sauver nos forêts ? C’est une excellente question, on est dans une course contre la montre. (...) Il faut qu’on trouve le bon curseur entre innover et passer à une diffusion plus large, et faire attention aux gardes fous, dont fait partie la SBF, pour ne pas jouer aux apprentis sorciers. On doit faire une analyse balance-risque, et lancer le déploiement dès que la balance semblera suffisamment en sa faveur. Si tout est en train de dépérir, il faudra bien faire un pari en espérant que tout ira bien. »

Sans actions humaines et sous l’effet du réchauffement climatique ou de maladies importées, le chêne, le frêne, le hêtre, pour ne citer qu’eux, pourraient alors fortement régresser sur le territoire métropolitain d’ici la fin du siècle.

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De l’Himalaya à la forêt vierge, là où la planète brûle déjà

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Le monde tremble devant le covid? Il devrait frémir d'effroi face aux chaudrons de l'enfer qui sont en train de se déverser sur la planète. Le covid ressemble à un dessin animé de Walt Disney en comparaison de cette fin du monde programmée.
 
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Si le monde entier avait lutté contre les bouleversements climatiques avec le même zèle contre l'épidémie de covid, nous serions sauvés. Depuis la seconde guerre mondiale, nous n'avions jamais vu le monde uni et en ordre de bataille pour se débarrasser du virus. Les états ont rivalisé de prouesses technologiques, médicales et logistiques; et des sommes colossales ont été levées pour mettre au point des vaccins.

La menace climatique est devant nous, elle est palpable et d'une grande brutalité. Il y a un risque sérieux pour le devenir de l'humanité et 2050 est souvent annoncée comme date probable de fin de la civilisation humaine. En d'autres termes, nos enfants et petits-enfants vivront des temps très difficiles où la nourriture viendra à manquer faute de récoltes abondantes, l'eau deviendra un sujet de guerre entre pays mais entre régions d'un même pays, le stress migratoire sera à son paroxysme car l'Afrique sera devenue une terre inhospitalière et l'Europe, un nouveau refuge pour les migrants climatiques.
 
L'Europe aura une obligation morale d’accueillir ses frères venus d'Afrique : continent meurtri par le colonialisme et l'esclavage, meurtri par le néo-colonialisme et meurtri par les bouleversements climatiques engendrés par les pays du Nord.
Le covidisme, c'est à dire le nouveau dogme sanitaire lié à la maladie du coronavirus, aura permis d'éviter soigneusement de traiter le problème de l'urgence climatique. Certains ont même profité des confinements pour raser des forêts et placer des pylônes 5G.
Les dirigeants et les médias, en se focalisant sur un sujet unique depuis deux ans ont orienté les préoccupations des populations et dans le même temps éclipsé la menace n°1 qui est le dérèglement climatique. A l'aube des élections présidentielles françaises la presse nous raconte que la préoccupation majeure des français est le pouvoir d'achat, quelle ironie lorsqu'on pense que le réchauffement climatique fera bientôt écrouler ce pourquoi les gens s'inquiètent, leur pouvoir d'achat!
Le podcast de france culture et les trois articles ci contre donnent un état des lieux assez réaliste de la situation planétaire.
.... et là il n'y aura pas de vaccin pour nous sauver.
 
 
 
 

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Extinction de la biodiversité : et si c'était au tour des humains ?

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Le réchauffement climatique entraîne une réduction de la biodiversité. L'extinction des espèces connaît un emballement sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Dans le pire des scénarios, le genre humain, lui aussi, est menacé.

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Il y a urgence, car tout ce qui constitue la vie sur Terre est menacé. Selon le sixième rapport d'évaluation du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), durant les années 2011-2020, la température à la surface du monde a été plus élevée de 1,09 °C que lors des années 1850-1900, qui servent de référence préindustrielle.

Ce réchauffement climatique d'origine humaine s'est accompagné d'une hausse du niveau de la mer de 20 centimètres entre 1901 et 2018 . Il devrait également entraîner une intensification des cyclones tropicaux et des tempêtes . Or, dans le même temps, le réchauffement de l'eau fragilise les barrières de corail qui protègent les côtes. La mort du corail dans certaines îles du Pacifique a ainsi doublé la puissance des vagues sur le littoral…
Melomys rubicola, petit rongeur disparu

En 2019, Melomys rubicola, un petit rongeur qui ne vivait que sur Bramble Cay, une langue de sable de 200 mètres de large, entourée d'une barrière de corail, entre l'Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, a été déclaré officiellement éteint. Il s'agirait de la première espèce de mammifère victime du réchauffement. Bramble Cay, régulièrement inondée, s'était transformée en piège. Et Melomys rubicola n'avait pas d'autre endroit où aller.
« Dans toutes les espèces, des individus quittent leur population par erreur et s'installent ailleurs. Avant le changement climatique, si un individu allait accidentellement au-delà de l'endroit où son espèce vivait normalement, il mourait tout simplement. Mais, avec le changement climatique, ces individus peuvent rencontrer de bonnes conditions de vie et de reproduction dans des endroits en dehors de leur aire de répartition historique : ils peuvent survivre et créer une nouvelle population dans des zones situées plus au nord ou à une altitude plus élevée », explique Camille Parmesan, écologue spécialiste des conséquences du réchauffement climatique sur la biodiversité, professeur à la Sete (Station d'écologie théorique et expérimentale).

Mais si, au Nord de l'habitat d'origine, il n'y a qu'une zone non propice à la relocalisation, comme l'immense étendue d'eau du Pacifique, l'aire urbaine de Paris ou une monoculture, alors l'espèce reste sur place, diminue en nombre, dégénère sous l'effet de l'endogamie, disparaît…
La sixième extinction

Bienvenue dans la sixième extinction, encore appelée « entrée dans l'anthropocène ». « On estime que, depuis le début du XVIe siècle, 705 espèces de vertébrés - mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons - et 571 espèces de plantes connues se sont éteintes, déplore Sandra Lavorel, directrice de recherche CNRS au Leca (Laboratoire d'écologie alpine) à Grenoble et membre de l'Ipbes (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), le 'GIEC de la biodiversité'. Ceci correspond à 10.000, voire 100.000 fois plus que le taux de base avant que les humains ne deviennent un facteur majeur d'impact sur la planète », poursuit la chercheuse.
« Normalement, chaque million d'années, quelque 20 % des espèces disparaissent et sont remplacées, précise Bruno David, président du MNHN (Muséum national d'histoire naturelle). Mais nous sommes aujourd'hui sur une trajectoire qui, extrapolée sur 1 million d'années, aboutirait au chiffre de 8.000 % pour les mammifères : cela signifie qu'au cours des 40, 50 ou 60 prochaines années 500.000 à 1 million d'espèces animales ou végétales pourraient disparaître. »

Soit 5 à 10 % du nombre estimé d'espèces constituant la vie sur Terre. Ce pourcentage peut paraître faible, mais les scientifiques sont incapables de préciser à partir de quel seuil l'extinction risque éventuellement de s'emballer et de provoquer un effondrement de tout notre écosystème.
Effondrement des ressources halieutiques

Déjà, il semblerait que plusieurs espèces - comme la morue au large de Terre-Neuve - aient dépassé le point de non-retour. « A certains endroits, la chaîne du vivant est en train de s'effondrer : il y a une accélération sans précédent de l'extinction de la biodiversité et celle-ci est d'origine anthropique, insiste Pierre Dubreuil, directeur général de l'OFB (Office français de la biodiversité), le bras armé de l'Etat français pour la préservation de la biodiversité. Si la trajectoire actuelle se poursuit, la Terre survivra, mais peut-être pas l'homme… ».

« Au-delà de 2 °C de réchauffement climatique à la fin du siècle, nous perdrons tous les récifs coralliens, affirme Karl Burkart, l'un des coauteurs de Global Deal for Nature, un plan d'urgence pour sauver la diversité de la vie sur Terre. Il y aura alors un effondrement des ressources halieutiques ; or 3 milliards de personnes dépendent de la pêche pour se nourrir. »
« Repenser le modèle de consommation »

Que faire ? « D'abord, il faut bien comprendre que les sujets 'lutte contre le réchauffement climatique' et 'préservation de la biodiversité' sont intrinsèquement liés et cela pour plusieurs raisons, prévient Alexandra Deprez, chercheuse sur la gouvernance internationale du climat à l'Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Premièrement, le changement climatique a un impact sur la biodiversité ; ensuite maintenir des écosystèmes - qui, par exemple, stockent du carbone - aide à réguler le climat ; changement climatique et réduction de la biodiversité partagent des causes communes comme la surexploitation des ressources … Et pour résoudre ces deux problèmes, il faut notamment repenser notre modèle de consommation non-durable et accélérer la décarbonation de nos économies. »

Enfin, il faut être conscient que certaines solutions envisagées pour lutter contre le réchauffement, comme les technologies de séquestration du dioxyde de carbone, peuvent mettre à mal la biodiversité et se retourner contre l'homme.

Ainsi, selon les dernières estimations, pour atteindre les objectifs fixés pour la fin de ce siècle lors de la COP de Paris, il faudrait consacrer entre 300 et 700 millions d'hectares de terre à la seule BECSC (Bioénergie avec captage et stockage de dioxyde de carbone : extraire la bioénergie de la biomasse et capturer et stocker le carbone qu'elle contient). Soit la taille de l'Inde ou de l'Australie. Certains scénarios avancent alors un doublement du prix de la nourriture…

Quelles zones protéger en priorité ?

Wilfried Thuiller, directeur de recherche CNRS au LECA (Laboratoire d'Ecologie Alpine), à Grenoble, le reconnaît : « C'est vrai, on ne pourra pas tout sauver, on ne pourra pas protéger toute la surface de la planète, mais on peut protéger un maximum d'espèces dans des endroits clés, notamment les espèces qui sont menacées ou endémiques. » Avec sept collègues européens, il a publié une étude intitulée « Equilibrer les priorités de conservation pour la nature et pour les personnes en Europe ». Ses auteurs y affirment que « bien choisir les 5 % de terres supplémentaires à protéger en Europe peut doubler le potentiel de conservation de la biodiversité. »

Aux Etats-Unis, deux chercheurs de l'Université d'Arizona, John J. Wiens et Cristian Román-Palacios ont montré que les espèces vivant sous les tropiques sont les plus menacées : « sous les tropiques, à basse altitude, le climat est chaud tout au long de l'année ; à haute altitude, le climat est frais toute l'année. Alors que dans la zone tempérée, toutes les espèces doivent survivre à une large gamme de températures chaque année. Les espèces tropicales sont, elles, adaptées à une plage de températures plus étroite et pourraient donc ne pas être en mesure de survivre à l'augmentation des températures les plus élevées due au réchauffement climatique », explique John J. Wiens.

J. H.

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