23 articles avec biocarburants : l'erreur

Des mauvaises récoltes qui ne remettent pas en question la politique insensée des agrocarburants

Publié le par Gerome

Plusieurs personnalités politiques et experts soucieux de penser à l’avenir appellent l’administration Obama à suspendre le programme de promotion des agrocarburants. De même, en raison des pénuries alimen­taires, les trois agences alimentaires des Nations unies (Orga­nisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Programme alimentaire mondial et Fonds international de développement agricole) ont demandé à ce que la produc­tion de biocarburants soit « ajustée » à la baisse des récoltes aux Etats-Unis et dans d’autres pays.  La FAO, en particulier, est extrêmement inquiète du manque de nourriture au niveau mondial et de l’augmentation des prix, dans un contexte de conditions météorologiques qui réduisent les récoltes au niveau mondial.

 

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Pour ce qui est des Etats-Unis, on s’attend à une chute d’au moins un tiers de la récolte de maïs par rapport à l’an passé. De même, dans la ceinture céréalière eurasiatique qui s’étend de la Russie au Kazakhstan et à l’Ukraine, on fait face à de graves pénuries en raison de la sécheresse et de la forte chaleur de cet été. Certaines régions pourraient se voir contraintes de suspen­dre leurs exportations, ce qui aurait aussitôt des conséquences désastreuses vu l’importance de la production.

 


En vertu de la loi américaine sur le carburant renouvelable, l’essence vendue aux Etats-Unis doit contenir au moins 10 % d’éthanol. Jusqu’à présent, pas moins de 40% des récoltes de maïs étaient destinés à la production de ces agrocarburants. Mais cette proportion devra augmenter en fonction de la chute des récoltes pour respecter la norme de 10 %.

 

Face à la sécheresse exceptionnelle, sept gouverneurs amé­ricains ont appelé à suspendre cette norme, et le 30 juillet, une coalition de groupes d’éleveurs de bétail, de producteurs d’alimentation animale et d’autres ont demandé une déroga­tion, faisant valoir que tout le secteur de production de viande risque de sombrer, vu la pénurie de fourrage et les prix astro­nomiques. Or l’administration Obama refuse non seulement de suspen­dre les normes en question, mais elle veut même augmenter la part d’éthanol dans l’essence.

 

Et son Agence de protection environnementale est sur le point d’approuver l’utilisation de sorgho pour produire de l’éthanol. L’administration Obama veut faire croire aux agriculteurs que la suspension de la norme provoquerait une chute du prix de maïs, provoquant la faillite des producteurs.

L’idée d’utiliser de la nourriture pour faire du carburant dans un monde où se développe la faim n’est-elle pas une aberration ?


Comme le Baltimore Sun l’a souligné, la quantité de maïs requise pour remplir d’éthanol, ne serait-ce qu’un réservoir de SUV de 95 litres, « nourrirait un Asiatique affamé » pendant un an. (Source : EIR) Quand est-ce que les responsables américains reviendront-ils à la raison ? Le problème est que tous ces gens sont dans la logique financière et le copinage de réseaux. Ils ont perdu le sens de l’intérêt général et probablement la compréhension des menaces qui viennent.

 

 


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Les biocarburants ne sont pas moins polluants que l'essence

Publié le par Gerome

Seuls très peu de biocarburants présentent un bilan écologique global meilleur que l'essence, selon une nouvelle étude de l'EMPA, de la station Agroscope Reckenholz-Tänikon (ART) et de l'institut Paul Scherrer (PSI) qui ont actualisé les critères établis en 2007. 

 

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Au cours des dernières années, la demande en biocarburants "présumés écologiques" a nettement augmenté dans le monde entier, de même que leur culture, a indiqué lundi le Laboratoire fédéral suisse d'essai des matériaux et de recherche (EMPA). De nouvelles méthodes de production ont été développées pour la seconde génération de biocarburants et parallèlement, les experts en bilans écologiques ont affiné les méthodes d'évaluation de leur bilan environnemental. 



En 2007 déjà, l'EMPA était arrivé à la conclusion que les biocarburants ne sont pas forcément plus respectueux de l'environnement que les carburants fossiles. Certes, nombre d'entre eux produisent jusqu'à 30% de gaz à effet de serre en moins mais leur production et leur fabrication causent souvent des nuisances plus élevées que l'essence ou le diesel, en termes notamment d'hyperacidité des sols et d'eaux polluées par l'abus d'engrais. 

Sur mandat de l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), l'équipe de Rainer Zah, de l'EMPA, a mis au point une nouvelle méthode d'évaluation incluant de nouvelles plantes énergétiques et de nouveaux processus de transformation. Conclusion : "La plupart des biocarburants ne font que déplacer les pollutions engendrées : peu de gaz à effet de serre, mais plus de dommages consécutifs sur les sols affectés à leur culture", explique Rainer Zah, cité dans le communiqué. 



Seuls quelques biocarburants présentent un bilan écologique meilleur que l'essence. En premier lieu le biogaz issu de matières résiduelles ou de déchets qui, selon la matière employée, a un impact jusqu'à moitié moindre que l'essence. L'utilisation de paille, déchets verts ou bois résiduel s'avère ainsi favorable, mais seulement si ces matières ne sont pas déjà utilisées d'une autre manière, ou si leur retrait du cycle naturel ne diminue pas la fertilité des sols et la biodiversité, écrit l'EMPA. 



Parmi les biocarburants, ceux à base d'éthanol présentent de manière générale un meilleur bilan écologique que ceux à base d'huiles. Les résultats dépendent toutefois considérablement des procédures et des technologies de production. 

Les chercheurs se sont en outre rendu compte qu'ils avaient sous-estimé en 2007 les effets de la transformation de surfaces naturelles, par exemple le défrichement de forêts tropicales, sur le bilan des gaz à effet de serre. L'étude actuelle montre que les biocarburants issus de surfaces défrichées génèrent habituellement plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles. 



Ceci est également valable pour la transformation indirecte de terres, c'est-à-dire lorsque des surfaces agricoles existantes sont utilisées pour la première fois pour produire des biocarburants. Cela qui nécessite en effet de défricher des forêts afin de pouvoir maintenir la production de produits alimentaires ou de fourrage. 

L'EMPA cite tout de même certains effets positifs pouvant être obtenus lorsque ce type de cultures augmente la teneur des sols en carbone. Par exemple par la culture de palmiers à huile sur des pâturages inutilisés en Colombie ou par des plantations de jatropha en Inde et en Afrique orientale grâce auxquelles des terres désertifiées peuvent à nouveau être rendues cultivables. 



Malgré tout, on ne peut pas parler du jatropha comme d'une "plante miraculeuse". Son bilan écologique dépend considérablement de la pratique agricole sur place et de l'utilisation antérieure des terres, selon Rainer Zah. Chaque biocarburant doit être examiné séparément et de manière très précise. 

Depuis juillet 2008, les biocarburants sont exemptés de l'impôt sur les huiles minérales en Suisse s'ils affichent un bilan écologique favorable et sont fabriqués dans des conditions acceptables. En septembre dernier, le gouvernement a estimé qu'il n'est pas judicieux d'accroître les incitations.

 

 


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Quand les agrocarburants privent de céréales 127 millions de personnes

Publié le par Gerome

Nourrir les êtres humains ou faire rouler les voitures ? Selon un rapport de l’organisation Oxfam, les agrocarburants utilisés dans les voitures européennes auraient pu servir à fournir du blé, du maïs ou du soja à 127 millions de personnes pendant un an. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll vient de décréter une « pause » dans la politique de soutien à la filière agro-industrielle.

 

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NotesLes cours du blé, du maïs et du soja ont atteint des niveaux record cet été. Entre mi-juin 2012 et fin juillet, le prix du blé a bondi de 50 %, celui du maïs de 45 %. Quant au soja, il a grimpé de 30 %. La sécheresse n’est pas seule en cause. « Les politiques européennes de soutien aux agrocarburants jouent un rôle central dans la hausse des prix alimentaires », assure Oxfam. L’ONG révèle dans un nouveau rapport [1] que la surface agricole nécessaire pour alimenter les voitures européennes en agrocarburants en 2008 aurait pu permettre de produire assez de blé et de maïs pour nourrir... 127 millions de personnes pendant un an ! « C’est simple : si les gouvernements européens ne renoncent pas à leurs politiques de soutien aux agrocarburants, ils mettent en péril le droit à l’alimentation de millions de personnes », poursuit Oxfam.


Au niveau européen, la Directive énergies renouvelables impose que 10 % de l’énergie utilisée dans les transports soit produite à partir de sources renouvelables d’ici à 2020. Ces énergies renouvelables sont quasi-exclusivement (à 90%) des agrocarburants de première génération, c’est-à-dire produits à partir de matières premières agricoles (soja, colza, tournesol, huile de palme, maïs, blé...), ajoutés aux carburants traditionnels.

L’appétit croissant de l’Europe pour les agrocarburants pourrait continuer de faire grimper les prix de certaines denrées alimentaires de 36 % supplémentaires d’ici à 2020, souligne Oxfam. Une inquiétude que partage plusieurs agences des Nations Unies [2], qui ont lancé le 4 septembre un appel conjoint intitulé : « Affronter les causes profondes de la hausse des prix alimentaires et de la faim dans le monde ».


Vers la fin des agrocarburants ?


Face à ces dramatiques effets pervers, la Commission européenne envisagerait de réviser ses objectifs d’incorporation d’agrocarburants à la baisse, en baissant le seuil de 10 à 5 % d’ici 2020. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a également déclaré vouloir marquer une pause dans le développement des agrocarburants entrant en concurrence avec les cultures à vocation alimentaire. Selon le plan d’action pour l’agriculture présenté le 12 septembre, le taux d’incorporation d’agrocarburants serait limité à 7 %. Rappelons qu’en France, les subventions aux agrocarburants, via des incitations fiscales, se sont élevés, entre 2005 et 2010, à 3 milliards d’euros.


Cette pause dans le soutien aux agrocarburants est une bonne nouvelle a priori. Sauf que dans le cas de la France comme de l’Union européenne, ces limitations ne concernent que les agrocarburants de première génération. L’un comme l’autre désirent encourager les agrocarburants de deuxième génération. Ceux-ci proviennent de matière organique n’entrant pas en apparence en conflit avec l’alimentation : l’éthanol est par exemple produit à partir de lignine et de cellulose, et l’agrodiesel à partir d’algues. Mais le risque demeure d’une concurrence avec la production vivrière pour l’accès aux terres ou à l’eau, déplorent plusieurs organisations environnementales.


Lire aussi :


Quand l’agriculture sert à nourrir les machines aux dépens des humains

Agrocarburants : bienvenue dans l’enfer vert

[1Télécharger le rapport « Les semences de la faim »

[2] L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM)

 

 


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Maïs: la catastrophe du biocarburant

Publié le par Gerome

Jour après jour, alors que la sécheresse continue d’étouffer le Midwest américain, le caractère scandaleux de la transformation du maïs en carburant s’impose de plus en plus.

Ces six dernières semaines, les prix du maïs ont augmenté d'environ 50%. Il ont récemment atteint 8,20$ le boisseau, une première. Et si la sécheresse persiste aux États-Unis et en Europe, ils continueront peut-être à monter.

 

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Plusieurs facteurs influencent les cours des céréales, notamment la réduction des réserves et l’augmentation de la consommation de viande dans les pays en voie de développement (souvenez-vous que la plus grande partie du maïs est utilisée pour nourrir le bétail, pas les humains).

Mais il ne fait aucun doute que l’obligation faite par le Congrès américain d’incorporer de l’éthanol de maïs dans le carburant fausse le marché, ce qui signifie une augmentation de tous les prix, du lait jusqu’aux cheeseburgers.

Et pourtant, l’arnaque à l’éthanol se poursuit. En effet, grâce à l’Environmental Protection Agency [EPA, agence de protection de l’environnement], qui permet aux détaillants d’augmenter le pourcentage d’éthanol que l’on peut mélanger à l’essence, la catastrophe du biocarburant s’étend maintenant de l’épicerie à la station service.


Cela pourrait être une mauvaise nouvelle pour votre tondeuse à gazon et votre débroussailleuse, qui n’ont pas été conçues pour fonctionner avec du carburant contenant plus de 10% d’éthanol. Et si tout cela ne suffisait pas, sachez ceci: les États-Unis exportent désormais de grandes quantités d’éthanol de maïs, accrochez vous... au Brésil.


Un lien entre éthanol et augmentation des prix des denrées alimentaires


Nul besoin d’être économiste pour comprendre pourquoi le secteur de l’éthanol pousse les cours des denrées alimentaires vers le haut. Cette année, environ 4,3 milliards de boisseaux de maïs seront transformés en carburant, a calculé Bill Lapp, président de l’Advanced Economic Solutions, cabinet de conseil sur les marchés de matières premières basé à Omaha. Cela signifie que presque 37% de la récolte de maïs de cette année, que Lapp estime à environ 11,6 milliards de boisseaux, seront détournés vers la production d’éthanol.


Comparez ces chiffres avec ceux de 2005, quand le maïs coûtait juste 2 dollars le boisseau. Cette année-là, 1,6 milliard de boisseaux de maïs —soit 13% de la production nationale—ont été distillés pour être transformés en éthanol.

En augmentant de façon spectaculaire le volume d’éthanol qui doit être mélangé à notre essence, en sept ans à peine le Congrès a presque triplé le volume de maïs détourné de la production alimentaire vers la production de carburant. Et aujourd’hui que la pire sécheresse de ces dernières années est en train de racornir nos champs de maïs, ces lois nuisent aux consommateurs déjà accablés par un chômage obstinément élevé et une économie à la peine.


Une récente étude publiée par une coalition de producteurs de matières premières alimentaires, comprenant la National Turkey Federation, le National Pork Producers Council et la National Cattlemen’s Beef Association révèle que depuis 2007, date à laquelle les lois sur l’éthanol ont été mises en application, les prix d’aliments nécessitant une utilisation intensive des céréales comme les produits céréaliers, de boulangerie, la viande, la volaille, les œufs, les matières grasses et les huiles ont augmenté de près du double de l’inflation.


Cette étude fait partie des 16 rapports minimum—publiés par des entités allant de la Purdue University à la Banque mondiale—qui font le lien entre lois sur l'éthanol et augmentation des prix des denrées alimentaires.

Les automobilistes américains consomment autant de maïs que tous les animaux réunis


Et le maïs n’est pas le seul en cause. Les cours du blé et du soja flambent aussi. Le prix du blé est directement lié à celui du maïs: les boulangers et autres utilisateurs de blé doivent faire monter son prix pour qu’il reste à un niveau de parité relative avec celle du maïs, car à défaut, toute la récolte de blé pourrait être rachetée pour nourrir les animaux. En ce qui concerne les récoltes de soja, Lapp explique qu’elles souffrent de la même sécheresse que celle qui frappe le maïs.


Mais pour comprendre vraiment la raison de la flambée des cours de la viande, des œufs, du fromage et autres aliments utilisant beaucoup de céréales, considérez ceci: le secteur de l’éthanol de maïs américain consomme aujourd’hui à peu près autant de céréales que tout le bétail du pays. Lapp estime que cette année, 4,6 milliards de boisseaux de maïs seront utilisés pour nourrir les bêtes. Ce qui est à peu près l’équivalent des 4,3 milliards de boisseaux qui seront utilisés pour la production d’éthanol de maïs. Ainsi, les automobilistes américains consomment à peu près autant de maïs dans leurs voitures que tous les poulets, dindes, vaches, cochons et poissons du pays réunis.


Vous voulez une autre comparaison? Cette année, la flotte automobile américaine consommera environ deux fois plus de maïs que toute la production de l’Union européenne. En d’autres mots, le secteur de l’éthanol américain consommera presque autant de maïs que ce que produisent le Brésil, le Mexique, l’Argentine et l’Inde réunis.

 

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Quand on regarde le phénomène dans son ensemble, les chiffres sont désolants: cette année, les États-Unis utiliseront environ 13% de la production mondiale de maïs —c’est-à-dire environ 4,6% de toute la production mondiale de céréales— pour pouvoir produire une quantité d’éthanol contenant l’énergie équivalente à environ sept dixièmes de 1% des besoin pétroliers à l’échelle mondiale.


L'Amérique pourrait devenir le premier producteur de pétrole


Mais ce qui rend la comédie de l’éthanol encore plus perverse, c’est que sa raison d’être s’est tout bonnement évaporée. Pendant des décennies, le croquemitaine du pétrole étranger a fourni un bobard bien pratique que l’industrie de l’éthanol pouvait utiliser pour justifier ses subventions et ses lois. Ce n’est plus le cas. Le problème de l’énergie étrangère concerne de moins en moins les États-Unis.


Grâce à la révolution du schiste, la production de gaz naturel des États-Unis dépasse aujourd’hui les niveaux record atteints dans les années 1970. La production de pétrole à partir du schiste et d’autres gisements dans des roches difficiles d’accès a débouché sur un surplus de pétrole dans certaines régions du pays.


Les exportations américaines de pétrole—qui atteignaient 2,8 millions de barils par jour la semaine du 20 juillet —explosent. Les analystes de Citigroup prédisent aujourd’hui que la production pétrolière américaine pourrait augmenter de plus d'un tiers d’ici 2015. Si cela se produit, l’Amérique pourrait dépasser à la fois la Russie et l'Arabie Saoudite et devenir le plus gros producteur de pétrole du monde.


Malgré tout cela, l’EPA se donne le plus grand mal pour faire plaisir à l’industrie de l’éthanol, dont la production est désormais excédentaire. Des années de subventions fédérales (qui ont enfin cessé fin 2011) ont débouché sur un excès des capacités de production de ce carburant, au point que bon nombre d’usines d’éthanol sont restées à l'arrêt. En outre, les États-Unis en exportent des quantités record. L’année dernière, ils ont exporté en moyenne 78.000 barils d'éthanol par jour: quasiment 9% de la production nationale.


L'éthanol est exporté au Brésil... qui vend son maïs aux éleveurs américains


La principale destination de cet éthanol, le Brésil, est justement le pays montré régulièrement en exemple aux États-Unis dans le domaine du biocarburant. En 2006 par exemple, le spécialiste du capital risque Vinod Khosla et Tom Daschle, ancien leader de la minorité du Sénat, ont écrit un éditorial pour le New York Times vantant le «miracle de l'indépendance énergétique» du Brésil. À leurs yeux, le Brésil prouve «qu’une stratégie agressive d’investissement dans les substituts du pétrole comme l’éthanol peut mettre un terme à la dépendance au pétrole importé


Et l’ironie de la situation ne s’arrête pas là. Fin juillet, Smithfield Foods, le plus gros producteur de porc du monde, a déclaré qu’étant donné la cherté du maïs national, il allait se mettre à importer du maïs du Brésil! L’industrie américaine utilise donc du maïs national pour faire de l’éthanol, carburant qu’elle transporte jusqu’au Brésil, tandis que des producteurs de bétail nationaux importent du maïs brésilien pour pouvoir produire du bacon en Amérique.


Le résultat de toute cette folie? Faire frire son bacon va devenir plus cher. Mais grâce aux nouvelles règles de l’EPA qui permettent aux détaillants de vendre de l’essence contenant 15% d’éthanol, il se pourrait bien que le moteur de votre bateau, de votre voiture et de votre tronçonneuse se mette à frire aussi.


Une campagne de lobbying intensive des producteurs d'éthanol


L’essence contenant 10% d’éthanol, ou E10, est vendu depuis des années. Constatant qu’elle avait des surplus d’éthanol, l’industrie a lancé une campagne de lobbying intensive auprès de l’EPA pour la convaincre d’augmenter le mélange autorisé à hauteur de 15%, ou E15. L’agence a fini par donner son accord pour le E15 le mois dernier alors même que seulement 4% de tous les véhicules motorisés des États-Unis sont conçus pour consommer du carburant contenant autant d’éthanol.


L’EPA a approuvé le passage à l’E15 malgré de véhémentes objections de groupes comme l’Outdoor Power Equipment Institute, qui affirme que le carburant contenant davantage d'éthanol est «dangereux» et pourrait abîmer ou casser les moteurs de générateurs, de tondeuses à gazon et autres machines. De nombreuses autres organisations syndicales, notamment l’Alliance of Automobile Manufacturers et l’American Petroleum Institute, se sont aussi opposées au passage à l'E15. Toyota Motor Corporation a pris l’initiative inédite d’ajouter une étiquette sur les couvercles de réservoir d’essence des voitures neuves qu’il vend en Amérique. On peut y lire «Essence E10 maximum


L’année dernière, Peter Brabeck-Letmathe, président du géant alimentaire suisse Nestlé, a déclaré qu’utiliser des récoltes alimentaires pour fabriquer des biocarburants était une «totale folie.» Il a raison. Et tôt ou tard, s’il se soucie un minimum des consommateurs, c’est une folie à laquelle le Congrès va devoir mettre un terme.

 

 


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