“Je refuse d’avoir des enfants” : la jeunesse arabe refroidie par le dérèglement climatique

Publié le par Notre Terre

Le réchauffement climatique est désormais au cœur des préoccupations de la jeunesse arabe, malgré les multiples défis et difficultés politiques et économiques auxquels elle fait face. Une véritable prise de conscience qui pousse même certains à renoncer à se marier et à avoir des enfants.

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“On n’a pas envie de faire venir un enfant dans ce monde en surchauffe.” Voilà l’état d’esprit de Rouwaida Mahmoud, 26 ans, et de Sayed Ali, 35 ans. Ils vivent dans le gouvernorat de Gharbeya, en Égypte [dans le delta du Nil, à une centaine de kilomètres au nord du Caire], après avoir passé les deux premières années de leur vie maritale en Allemagne, pour permettre à Sayed Ali de finir ses études en génie mécanique.

Et c’est là qu’ils ont été surpris par le climat, qui ne correspondait pas du tout à ce qu’ils avaient imaginé. Ce fut un choc pour eux de constater que, même en Europe, il faisait très chaud.

Ils se sont mis alors à beaucoup réfléchir à ce que l’avenir pouvait réserver aux enfants, pour arriver à la conclusion qu’il valait mieux qu’ils repoussent, pour le moment, l’idée d’avoir eux-mêmes des enfants.
Depuis, la question climatique est en tête des préoccupations de Rouwaida. Elle dit vouloir contribuer à limiter la portée des changements climatiques, même si cela implique des sacrifices. Et comme elle a lu que l’augmentation démographique contribuait à aggraver la situation, elle n’aura en tout état de cause pas plus d’un seul enfant.

Sarah, 24 ans, vit au Caire. Diplômée depuis deux ans en gestion, elle envisage de ne pas se marier. Elle voit bien la vie que mène sa mère, qui travaille comme enseignante dans l’école publique mais doit en plus préparer trois repas par jour et s’occuper du ménage : nettoyer, passer le balai, faire la vaisselle, laver le linge…

À cela s’ajoute le souvenir que Sarah garde des moments où sa mère était obligée de gérer les coupures d’eau ou d’électricité, qui se multiplient, elles aussi, sous l’effet des fortes chaleurs, ou au contraire de pluies torrentielles, liées au dérèglement climatique.

“Je suis à bout de forces quand je rentre du travail, surtout si je dois faire le trajet du retour dans une chaleur étouffante, témoigne-t-elle. Imaginez ce que ce serait si j’étais mariée. J’aurais alors les mêmes obligations [domestiques] que ma mère.”
Prise de conscience croissante

Un récent sondage international [réalisé par l’ONG Avaaz] auprès de 10 000 jeunes entre 16 et 25 ans dans 10 pays à travers le monde révèle qu’ils sont 59 % à se sentir très ou extrêmement inquiets du changement climatique, et 45 % à estimer que l’anxiété climatique affecte leur vie quotidienne de manière négative.

Beaucoup de jeunes font aussi état de leur inquiétude face à l’échec des gouvernements à trouver des solutions au problème. Ainsi, 4 jeunes interrogés sur 10 affirment hésiter à avoir des enfants. Dans le monde arabe, le Conseil de la jeunesse arabe pour le changement climatique [Arab Youth Council for Climate Change, AYCCC] estime que les jeunes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord sont en première ligne pour ce qui est des conséquences du réchauffement climatique. Mais, ajoute le rapport, ce sont les questions politiques et sociales qui restent pour l’instant leurs principales préoccupations.

Cela étant, la conscience environnementale progresse parmi les jeunes de la région. Une autre étude montre en effet qu’ils attendent plus d’initiatives climatiques et qu’ils voudraient pouvoir y contribuer. À titre d’exemple, 65 % des jeunes Émiratis, par exemple, voudraient que l’on prenne des mesures de protection de l’environnement.

La jeunesse se détourne du mariage

Ahmed Mahrous, 35 ans, habite dans le nord-est du delta du Nil. Lui aussi s’est mis à douter de l’intérêt de se marier et d’avoir des enfants. Directeur d’une chaîne de grands magasins, il désespère à la vue des jeunes couples qui font leurs courses et qui se trouvent confrontés à des prix chaque jour plus exorbitants.

Et d’expliquer que la hausse des températures est l’une des principales raisons de cette inflation. Car fromages, produits laitiers et gâteaux se gâtent en quantité dans les entrepôts, provoquant des pertes qu’il est impossible de compenser autrement que par une augmentation des prix.

Ainsi, le dérèglement climatique se glisse de plus en plus dans la vie quotidienne, avec des conséquences sur les conditions de travail principalement. C’est ce qui se passe pour Mohamed Abdel Qawi, 35 ans, qui travaille sur des chantiers de construction dans une autre ville du nord-est du delta du Nil. Interrogé sur son envie de fonder une famille, il dit ne plus ressentir aucun enthousiasme à cette idée.

Il ne supporte plus les longues heures de travail par grosse chaleur et a dû se résoudre à réduire ses horaires. D’autant que, l’an passé, il a perdu son grand frère, qui travaillait lui aussi dans le bâtiment. Il a subi une insolation, suivie de fièvre pendant une semaine, et il n’y a pas survécu.

Selon Bissent Ismaïl, conseillère conjugale et familiale, une partie de la jeunesse se détourne aujourd’hui du mariage. Et l’une des principales raisons réside dans le dérèglement climatique.

Car, selon elle, après avoir été longtemps ignorée, la crise climatique s’impose désormais dans les faits. Et ses conséquences sont telles qu’on ne peut plus l’ignorer.

Doaa Ahmed - Courrier international

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Coca-cola va sponsoriser la cop 27 sur le climat en Egypte

Publié le par Notre Terre

Ce n'est malheureusement pas un blague ou une fake news. Les militants de l’urgence climatique ne comprennent pas que l’Égypte, pays d’accueil de la prochaine conférence des Nations unies sur le climat, ait choisi comme parrain de l’événement le plus gros pollueur plastique au monde.

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C’est la goutte de Coca de trop. Les militants écologistes dénoncent le “greenwashing” du “premier pollueur plastique au monde” après l’annonce d’un accord de parrainage entre l’entreprise américaine et la COP27, la conférence des Nations unies sur le climat, rapporte The Guardian.
La prochaine conférence des parties, qui aura lieu du 6 au 18 novembre à Charm El-Cheikh, en Égypte, est le rendez-vous majeur des gouvernements, des entreprises et des associations de défense de l’environnement pour “s’attaquer à l’urgence climatique”, rappelle le quotidien britannique.
Emma Priestland, de Break Free From Plastic, association internationale contre la pollution plastique, dénonce :

    “Coca-Cola qui sponsorise la COP27, c’est du pur ‘greenwashing’. Sur quatre ans, lors de nos enquêtes annuelles sur les entreprises, nous avons constaté que Cola-Cola était le premier pollueur plastique au monde. Il est stupéfiant qu’une entreprise aussi liée aux industries fossiles soit autorisée à sponsoriser une réunion aussi essentielle sur le climat.”

Une pétition lancée par une militante du climat qui avait participé à la COP26 de Glasgow demande le retrait de Coca-Cola de la liste des sponsors de la COP27 – elle est déjà signée par plus de 10 000 personnes.

“Incompréhensible”

Greenpeace affirme que le sponsoring par Coca-Cola est “incompréhensible”. John Hocevar, chargé de la campagne pour les océans de Greenpeace États-Unis, explique au quotidien britannique : “Coca-Cola produit 120 milliards de bouteilles en plastique jetables par an – et 99 % des plastiques sont fabriqués à partir de combustibles fossiles, ce qui aggrave la crise du plastique et du climat.”

L’essayiste canadienne Naomi Klein joue la touche acide en fustigeant sur Twitter : “C’est super sympa d’avoir un sommet sur le climat dans un état policier sponsorisé par Coca-Cola.”
Le gouvernement égyptien a annoncé le 28 septembre ce partenariat avec la marque en se félicitant des “opportunités partagées pour les communautés et les gens dans le monde et en Égypte”. Depuis, c’est la “stupeur et la déception sur les réseaux sociaux”, qui y voient “un nouvel exemple d’écoblanchiment des entreprises”.

Coca-Cola s’est défendu en disant vouloir “faire sa part” pour relever le “défi” que constitue “l’objectif d’éliminer les déchets dans l’océan”.

La COP26 à Glasgow avait choisi pour principal sponsor le géant anglo-néerlandais de l’agroalimentaire et des produits d’hygiène Unilever. Les organisateurs avaient engrangé 250 millions de livres (287 millions d’euros) de financement privé, rappelle The Guardian, les entreprises en profitant pour verdir leur image.

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