Le grand projet solaire Desertec va débuter l'an prochain au Maroc

Publié le par Gerome

Il est tellement pharaonique et implique de telles sommes, alors que la conjoncture économique ne cesse de se dégrader, qu’il y avait tout lieu de penser qu’il s’agit, sinon d’un fantasme, d’un serpent de mer. « Trop gros pour être vrai ? », nous interrogions-nous d’ailleurs en avril 2010, à une époque où le projet Desertec peinait à passer la vitesse supérieure.

 

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Il faut dire qu’il vise à la fois à fournir de l’électricité aux États du Maghreb et à couvrir 15 % des besoins énergétiques du Vieux Continent à l’horizon 2050 – en plus de se traduire, sur le plan écologique, par une économie annuelle de trois millions sept cent mille tonnes de dioxyde de carbone, d’où une réelle contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. Un immense défi qui, outre des investissements colossaux – deux milliards d’euros rien que pour la première tranche, quatre cents au total (!) -, suppose aussi l’assentiment des pays qui doivent abriter cette gigastructure solaire et éolienne. Aux contraintes financières mais aussi logistiques s’ajoutent donc des obstacles politiques qui, pour l’heure, n’ont pas tous été surmontés, même si Berlin et l’Observatoire méditerranéen de l’Énergie (OME) ont déjà, entre autres, apporté leur soutien officiel au projet.


 

La donne vient toutefois de changer et, d’abord prévu pour 2015, le lancement de Desertec devrait finalement intervenir… l’an prochain, rapportent des médias d’outre-Rhin. Le consortium allemand DII (Desertec Industrial Initiative) a indiqué la semaine dernière que le premier chantier, dans le désert marocain, couvrira douze kilomètres carrés de panneaux solaires pour une capacité de production évaluée à cinq cents mégawatts (MW), soit la moitié de celle d’une centrale nucléaire moderne [NDLR : la production globale, elle, doit atteindre deux gigawatts (GW) à l'horizon 2020]. Ce vaste « champ de miroirs » doit permettre de mettre de l’eau en ébullition pour ensuite actionner des turbines qui fourniront de l’énergie au réseau. L’électricité, elle, devrait commencer à circuler en 2014 au plus tôt et en 2016 au plus tard.


Rappelons que les électriciens allemands E.ON et RWE, la Deutshe Bank et le réassureur Munich Re, rassemblés au sein de DII, sont tous partis prenantes du projet, tout comme Saint-Gobain, les Italiens Enel et Terna et le groupe espagnol Red Electrica. La société suisse Airlight Energy pourrait les rejoindre.

Du beau monde pour une entreprise à laquelle la Libye, l’Égypte, la Turquie, la Syrie et l’Arabie Saoudite doivent aussi être associées. Subsiste néanmoins l’accusation formulée par certaines ONG de l’appropriation des ressources locales, une forme de « néo-colonialisme vert » que réfutent les promoteurs du projet, selon lesquels l’énergie produite profitera d’abord aux populations d’Afrique du Nord avant d’être exportée.


Il faudra encore attendre quelques années avant de pouvoir juger sur pièces.

 

 


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