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L’Île-de-France va s’effondrer... et la vie y sera belle

Publié le par Notre Terre

De Justine Guitton-Boussion (Reporterre)

Ile-de-France-verte


En 2050, la douceur de vivre se sera installée en Île-de-France, selon le dernier rapport de l’Institut Momentum. Un optimisme étonnant mais reposant sur une condition, que des mesures soient mises en place tout de suite, et que le monde politique commence à anticiper l’effondrement.

Science-fiction ou prémonition ? À la lecture du résumé du dernier rapport de l’Institut Momentum, on se retrouve songeur. En mars dernier, ce think tank spécialisé du thème de la décroissance a présenté une étude sur l’Île-de-France en 2050, à la demande du Forum Vies mobiles. Avec une consigne : décrire un scénario [1] dans lequel la région (comme le reste de la France) aura subi l’effondrement de notre civilisation industrielle. Imaginez. Plus de 30 années se sont écoulées, il n’y a plus de pétrole, toutes les centrales nucléaires ont fermé et les voitures ont quasiment disparu du paysage. Pas évident à visualiser, mais l’ancien ministre de l’Environnement Yves Cochet, l’écrivaine Agnès Sinaï et l’ingénieur Benoît Thévard s’y sont attelés.

Les trois auteurs ont utilisé différentes études et statistiques [2] pour appuyer leur scénario hybride, mi-fiction, mi-scientifique. Premier constat de ce futur pas si éloigné : la mobilité a diminué. Alors que le nombre de voitures en Île-de-France s’élève aujourd’hui à 5 millions, elles ne seront plus que 55.000 en 2050. « Ce n’est plus une flotte privée qui appartient à des individus, mais aux communes, prévoit Agnès Sinaï. Chaque commune a une flotte d’automobiles ou de véhicules comme des minivans ou des minibus utilisés pour des personnes handicapées, âgées, des usages médicaux... » Les habitants seront donc obligés de marcher, ou emprunteront des trains, métros, RER… Oui, rassurez-vous, il y en aura encore en Île-de-France. Mais ils ne seront plus que 3.000 à circuler chaque jour, contre 10.000 actuellement.
« On sera redevenus des habitants, pas seulement des usagers »

Une autre possibilité viendra s’offrir aux habitants : la traction animale. « Alors que moins d’une centaine de chevaux de trait étaient présents en Île-de-France en 2020, 100.000 ânes, mules et chevaux de trait vivent dans la région en 2050, grâce à une réorientation massive des haras, imagine Benoît Thévard. Ils mobilisent 150.000 hectares de terre pour leur alimentation, soit le quart des surfaces cultivées ! » Évidemment, le vélo sera également un moyen de transport privilégié. Les villes auront perdu le bruit incessant des moteurs et des klaxons, la nature aura recouvert les routes bétonnées, et les trottoirs seront des espaces partagés et verdoyants.
Continuons à nous projeter. L’étude de l’Institut Momentum établit un deuxième constat : la répartition de la population francilienne sera bien différente. En 2050, les territoires ruraux accueilleront 700.000 habitants supplémentaires. À l’inverse, Paris et sa zone urbanisée verront leur population divisée par deux. À cause du manque d’emploi, du coût de la vie, des températures extrêmes et des risques d’épidémies, les Franciliens préféreront partir s’installer dans des « biorégions ». « Une biorégion est un territoire dont les limites ne sont pas définies par des frontières politiques, mais par des limites géographiques », peut-on lire dans le résumé de l’étude. Les trois chercheurs ont d’ores et déjà identifié huit biorégions potentielles, en prenant en compte leurs rivières, leurs forêts, leur relief, etc. (voir schéma) « On s’est inspiré des cohérences écologiques et on s’est un peu calé sur les anciens pays », explique Agnès Sinaï.

biorégions


D’après l’écrivaine, il sera plus agréable de vivre en biorégions que dans la capitale. En outre, ces territoires ruraux seront plus aptes à résister au changement climatique. « On sera redevenus des habitants et pas seulement des usagers, anticipe Agnès Signaï. On connaîtra nos voisins, on saura si l’on peut échanger avec eux. On connaîtra les milieux dans lesquels on vit, on saura où trouver de l’eau, des pommes, des sources, où on peut manger telle chose. On sera plus autonomes. » Pour assurer la sécurité des biorégions, certains équipements seront nécessaires : « Plus un système est redondant, plus il est résilient, poursuit Agnès Sinaï. Si le mégahôpital tombe en panne, il n’y en a plus. Donc, il faut démultiplier les lieux du genre vitaux, c’est-à-dire tout ce qui est distribution d’eau, dépollution de l’eau, traitement des eaux usagées, des déchets… »

En 2050, les habitants ne dépendront plus d’industries pour se nourrir : « La moitié de la population — environ trois millions de personnes — participera à une activité agroalimentaire biologique en Île-de-France [de manière professionnelle ou amatrice], qui deviendra autosuffisante », écrivent les auteurs du rapport. Plusieurs corps de métiers seront amenés à disparaître, notamment ceux de la high-tech. Pourtant, Agnès Sinaï assure que personne ne devrait être au chômage : « On aura au moins deux activités chacun. Tout le monde devrait pouvoir avoir un revenu inconditionnel, lié au fait qu’on sera tous impliqués à temps partiel dans une activité de restauration, de réparation, d’acclimatation, de plantation, ou de récupération. On sera tous formés pour ça. »

Le secteur des énergies renouvelables sera également très actif : éolien, solaire photovoltaïque, solaire thermique, hydraulique, géothermie, etc. En 2050, ces « énergies vertes » seront les seules disponibles. Cependant, en raison de leur intermittence, la demande devra s’adapter à l’offre. Selon le rapport, la consommation énergétique de l’Île-de-France sera divisée par 2,6, ce qui correspond à l’équivalent de la consommation française par habitant du début des années 1960. « On acceptera que, quand on appuie sur un bouton, le monde entier ne vienne pas à nous dans la microseconde, parce qu’on aura été éduqués à penser différemment », prédit Agnès Sinaï.


« Moins de confort, est-ce le retour au Moyen-Âge ? »

Des moyens de transport doux, des biorégions où la nature a repris le contrôle, une convivialité entre voisins, du travail pour tous… Même si le scénario diffère beaucoup de ce que nous connaissons actuellement, l’hypothèse d’un effondrement semble presque désirable. « Le bien-vivre arrivera si on anticipe l’effondrement, estime Agnès Sinaï. Notre rapport décrit un système civilisé, donc anticipé par les politiques actuelles. Mais s’il n’est pas anticipé, ce sera peut-être moins civilisé. »

aéroport-verdure

Les trois auteurs ont choisi d’écrire cette étude pour proposer un scénario utilisable dès aujourd’hui par les autorités : la ville de Paris, la région Île-de-France, le ministère de la Transition écologique, le Premier ministre… « Il y a des créations politiques à imaginer à partir de ces constats », juge Agnès Sinaï. Elle pense que ces institutions devraient « accompagner les agriculteurs dans une réorientation radicale de leurs pratiques », lancer des pôles de formation en maraîchage, en agroforesterie, en low-tech, etc. L’écrivaine souhaite également que les institutions multiplient « les démonstrateurs en technologie douce de recyclage, de récupération, de démontage de supermarchés pour transformer ces espaces en serres horticoles, par exemple ». Enfin, elle voudrait que les organismes s’associent à des écologues pour découper géographiquement l’Île-de-France en plusieurs biorégions. Les auteurs de l’Institut Momentum espèrent présenter leur rapport aux institutions à la rentrée, ou dans le courant de l’année 2020.

D’après Agnès Sinaï, le scénario de l’Île-de-France en 2050 présente une douceur de vivre, loin de ce que nous connaissons actuellement, mais qui ne signifie pas un retour dans le passé. « C’est une espèce d’éthique et de responsabilité, argumente-t-elle. Ça passe en effet par moins de confort, c’est sûr, mais est-ce que ce que moins de confort, c’est le retour au Moyen-Âge ? On pourra quand même se retrouver dans des cafés, écouter de la musique, écrire et fabriquer des choses ensemble, faire pousser des choses, se déplacer, faire du spectacle, fabriquer des low-tech, créer de nouveaux savoirs, communiquer avec les animaux… Tout cela n’est pas moyen-âgeux si on a un système politique qui maintient des acquis de démocratie, de pensée. »

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Après avoir été rasée par les Vikings, l'Islande a lancé un vaste de plan de reboisement

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L'Islande est considérée comme l'un des pays les moins boisé au monde à cause de son histoire et de son climat. Le gouvernement cherche désormais à replanter des arbres, importés notamment d'Alaska.

C'est le pays le moins boisé d'Europe. L'Islande, plus connue pour ses glaciers, ses volcans et ses cascades, a lancé un ambitieux plan de reboisement au nom de la biodiversité et du climat. Le pays a vu la quasi-totalité de ses forêts rasées lors de colonisation par les Vikings au IXe siècle. Le pâturage des moutons et des vaches, ainsi que les éruptions volcaniques, ont achevé le travail. Les forêts représentent aujourd'hui 0,5% de leur territoire, selon un rapport publié en 2015 par l'Agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation.

De nombreuses plantations dans un climat difficile

Au cœur d’une vaste étendue de 6 000 hectares au sud-ouest de l’Islande, le service forestier reboise. Dans le sol, composé de sable et de petites pierres volcaniques, il n'y avait que de la mousse qui poussait jusqu'ici. Hreinn Óskarsson, responsable de stratégie au sein de l’agence publique, y plante désormais des pins et des épicéas. "Nous plantons dans ces conditions extrêmes parce que nous savons que les arbres peuvent survivre ici. Nous prévoyons de reboiser le terrain pour stabiliser le sol et protéger la ville voisine des tempêtes de sable et de poussières", explique-t-il.

Avant sa colonisation par les Vikings, les forêts recouvraient plus d’un quart de l’Islande. Aujourd’hui, le pays est considéré comme le moins boisé d’Europe mais il retrouve un peu de sa verdeur originelle depuis les années 1950. Lentement, car la croissance est ici plus longue qu’ailleurs à cause de la météo explique Aðalsteinn Sigurgeirsson, le directeur adjoint du service forestier.
Aux quatre coins de l’île, des dizaines de serres produisent, comme celle de Kvistar près de Reykjavík. Jusqu’à 900 000 pins et peupliers y poussent chaque année. "À l’origine, ils viennent d’Alaska, explique Hólmfríður Geirsdóttir, horticultrice. Mais nous avons maintenant des arbres de 30, 40 ou 50 ans qui donnent des graines. Nous les collectons et les utilisons pour la production de plants".

De nouveaux animaux arrivent

Avec les forêts, une nouvelle biodiversité est apparue en Islande avec la colonisation récente d’oiseaux comme le hibou grand-duc ou la bécasse des bois. C’est aussi l’un des objectifs du gouvernement islandais et du ministre de l’Environnement, Guðmundur Ingi Guðbrandsson. "Nous insistons particulièrement sur la prise en compte non seulement du climat mais aussi de la biodiversité en restaurant la fertilité de la terre, la structure et le fonctionnement de ce qui était auparavant un écosystème sain", explique-t-il. L’équivalent d’environ 150 millions d’euros sera consacré spécialement au reboisement du pays ces quatre prochaines années.

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L'Autriche devient le premier pays d'Europe a supprimer totalement le glyphosate. Bravo!

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Voté le 2 juillet 2019 par l’assemblée, ce texte de loi fait entrer l’Autriche dans l’histoire. Aucun pays d’Europe n’avait encore pris une telle mesure.

Par mesure de précaution faut-il interdire le Glyphosate ? Pour l’Autriche oui et c’est ce qu’a décrété son gouvernement qui est le premier pays d’Europe à voter une telle loi. Cela s’est passé le 2 juillet 2019 et le parlement autrichien a pris une décision radicale, l’interdiction complète de l’utilisation de cet herbicide sur tout son territoire.

Ce verdict, écrit Le Monde, a été pris par « principe de précaution». "Nous ne pouvons pas jouer avec la santé", a lancé Erwin Preiner, membre du conseil national.  Le doute et les soupçons étaient devenus trop grands et trop nombreux pour continuer l’utilisation de ce produit. Les députés de gauche ont ainsi profité de l’absence provisoire de  la majorité au parlement pour faire passer cette loi. Ils ont été soutenus notamment par les écologistes, les libéraux et l’extrême droite.

Le glyphosate est classé comme « cancérogène probable » par le CIRC, l’une des agences de l’OMS. Certaines études pointent également des risques pour la faune et les abeilles. Dans le reste du monde, le Sri Lanka avait été le premier pays à interdire totalement le glyphosate, avant d’ajouter des dérogations pour des cultures comme le thé ou l’hévéa.
Son interdiction en Autriche a été saluée par les organisations écologistes, comme Greenpeace qui parle d’un vote historique.

Mais selon le parti ÖVP, opposé à cette mesure, l’interdiction serait contraire au droit de l’UE. Il s’appuie entre autres sur la décision de 2017 qui avait permis le renouvellement pour 5 ans de la licence autorisant l’herbicide.

Espérons que cette loi ne soit pas révoquée par l’UE (qui avait reconduit la licence d’utilisation du glyphosate jusqu’au 15 décembre 2022) et espérons que d’autres pays prendront le même chemin que l’Autriche.

 

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Bayer bientôt ruiné par Monsanto

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épandage glyphosate

L'histoire folle d'une très mauvaise acquisition :

Cela devient un feuilleton et il leur faudra prendre beaucoup d’aspirine aux dirigeants de Bayer et aux actionnaires pour s’éviter de gros maux de tête suite à leur rachat de Monsanto en juin 2018.
Après la décision de la justice française donnant raison à l’agriculteur charentais Paul François en avril 2019 voici la justice californienne qui donne raison en mai à Alva et Alberta Pilliod et condamne Bayer-Monsanto à plus de 2 milliards de dollars de dommages compensatoires et de dommages punitifs.
Depuis 2004, Paul François qui avait utilisé le Lasso, désherbant désormais interdit  commercialisé par la multinationale a été atteint d’un lymphome non-hodgkinien, un cancer du système lymphatique. Il décrivait des périodes de coma, des crises d’épilepsie, des maux de tête, des pertes de connaissance, des troubles de l’équilibre et de la mémoire, ainsi que des troubles neurologiques et hépatiques.

Paul François ne s’est pas laissé faire, il a attaqué Monsanto en justice. Après une condamnation en première instance, en 2012, et en appel, en 2015 la firme s’est pourvue en cassation.
Dans son arrêt du 11 avril 2019, la cour d’appel reproche à Monsanto « de ne pas avoir sur l’étiquetage et/ou l’emballage du produit apposé une mention sur la dangerosité spécifique des travaux dans les cuves et réservoirs ».
Les Pilliod, deux septuagénaires californiens atteints eux aussi du lymphome non-hodgkinien accusent, en 2011 et en 2015, le Roundup de Monsanto qui contient du glyphosate, l’herbicide le plus employé au monde, d’être responsable de leur vie gâchée. Le 13 mai 2019 la cour de justice d’Oakland leur a donné raison contre Monsanto devenue Bayer-Monsanto. La somme demandée de 2 milliards de dollars atteint un ordre de grandeur inquiétant pour la multinationale.

En août 2018, un jury californien avait déjà condamné Monsanto à payer 289 millions de dollars à Dewayne Johnson, un jardinier américain de 46 ans atteint du même lymphome en phase terminale. Une autre juge avait ensuite réduit cette somme à 78,5 millions de dollars et le groupe a fait appel du fond du verdict.
Dans un autre procès, le 28 mars 2019, un retraité de 70 ans Edwin Hardeman, vivant à Forestville au nord de San Francisco, a expliqué avoir utilisé du Roundup pendant près de trente ans sur son terrain pour venir à bout d’une plante très urticante, le sumac vénéneux. Les six jurés du tribunal fédéral de San Francisco ont délibéré pendant quatre jours, après un procès de deux semaines. Ils ont décidé, à l’unanimité, que le retraité avait prouvé que l’herbicide était plus qu’un facteur substantiel dans le développement du lymphome non hodgkinien qu’on lui a diagnostiqué en 2015.
Les poursuites s’enchaînent désormais et la multinationale doit déjà faire face à 13 400 autres plaintes aux États-Unis.

L’industrie de l’influence

Les arguments de la cour de justice d’Oakland pour les Pilliod en mai 2019 comme ceux des trois autres cas se concentrent enfin sur le plan de la dangerosité du glyphosate. Elle refuse de céder au travail de brouillage méthodique et de discrédit des recherches scientifiques indépendantes opéré par Monsanto, au contraire elle en révèle le caractère manipulatoire et contraire à l’intérêt général.

Les avocats de Monsanto tentent de noyer chaque cas dans des causalités multiples et indiscernables. Il faudrait, disent-ils, isoler une cause unique et indiscutable du cancer. Le juge a permis également d’élargir l’analyse des actions de Monsanto et de la confronter à son attitude active de « manipulation de la science, des médias et des agences de régulations » et son refus d’évaluer les torts causés aux humains et aux animaux.

Depuis la publication des « Monsanto papers » en 2017, il est difficile à la firme de justifier son double langage. Ces documents internes montrent le contraste entre la (re)connaissance en interne de nuisances identifiées et de l’autre le discours public de déni rassurants de la firme et de certaines agences de régulation sous influence.

En fait dès 1980 Monsanto avait des doutes sérieux sur la nocivité de son produit miracle.

En 1983, une étude en interne indique par exemple que des souris exposées au glyphosate développent une tumeur rénale rare. Dès 1985 l’Agence américaine de protection de l’environnement (Environment Protection Administration) classe le glyphosate dans la catégorie « cancérogène possible ».

souris tumeur roundup

Un considérable travail de lobbying a permis à Monsanto :

de mettre en place aux États-Unis et en Europe toutes sortes d’officines à sa main, de placer des hommes dans des agences de régulation, notamment l’EFSA – European Food Safety Authority / Autorité européenne de sécurité des aliments

l’ECHA – Agence européenne des produits chimiques, de dicter à des parlementaires ou des administrations des lois et des règlements.

Monsanto utilise également Fleishman-Hillard l’un des principaux cabinets de lobbying et de relations publiques au monde. Basé à Saint Louis dans le Missouri, comme Monsanto, il travaille pour la firme agrochimique depuis au moins les années 1980. C’est la plus grosse firme de lobbying à Bruxelles, avec un budget déclaré de 7 millions d’euros en 2018 et 59 lobbyistes accrédités.
C’est cette fabrication du doute qui permet d’étouffer dans la controverse toute proposition de protection de la santé ou de l’environnement.

Les gouvernements Bolsonaro ou Trump vont au-devant des demandes de ce type de compagnies : ils vident les agences environnementales de leurs équipes compétentes, reviennent sur les lois protectrices ou annoncent même benoîtement que le glyphosate ne cause pas de cancer et qu’il est inoffensif.

Mais la Californie l’a mis sur la liste des produits cancérigènes, et l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a conclu qu’il était « probablement cancérigène pour les humains »

Éduquer et surveiller les opposants

Les Monsanto papers ont accéléré les choses : des millions de documents internes, mémos stratégiques, courriels, contrats confidentiels… ont été rendus public l’été 2017 à la suite de procédures judiciaires engagées aux États-Unis.

Elles ont révélé entre autres la pratique du Ghostwritting, une « écriture fantôme » qui constitue une fraude scientifique. Monsanto faisait rédiger des études scientifiques conformes à ses intérêts et les faisait signer par des scientifiques réputés, moyennant rémunération. D’autres pratiques ont également été mises en lumière comme le discrédit systématique sur des études prouvant la dangerosité du glyphosate, les influences auprès de responsables de l’EPA (Agence américaine de protection de l’environnement)…

Monsanto s’appuie également en les finançant sur des think tanks comme le Genetic Literacy Project, un projet soi-disant éducatif en génétique et l’American Council on Science and Health (Conseil américain sur la science et la santé), des organisations qui visent à dénigrer des scientifiques.

Cette stratégie d’influence systématique s’accompagne d’un fichage tout à fait illégal. Monsanto a fait établir en 2016 en France des fichiers secrets – nom, adresse professionnelle, numéros de téléphone et loisirs des intéressés – sur des personnalités politiques, des scientifiques, des défenseurs des consommateurs, des journalistes et autres personnes impliquées dans le débat sur le glyphosate et les manipulations génétiques. Les personnes fichées étaient classées selon leur degré d’influençabilité, les alliés, les potentiels alliés à recruter, les personnalités à éduquer et celles à surveiller. Ce travail a été réalisé par l’agence Fleishman Hillard et ses partenaires moyennant finances comme l’ont rapporté Le Monde et la chaîne de télévision publique France 2 (émission : « l’œil du 20 heures »).

Des plaintes contre ce fichage illégal, issues de plusieurs médias, ONG ou parti politique (Europe cologie Les Verts) ont été déposées. « Jusqu’à présent on se disait que Monsanto était une menace pour la santé, via sa production de pesticides et du glyphosate, mais on sait maintenant que c’est aussi un danger pour la démocratie », s’est indignée Michèle Rivasi, eurodéputée, lors d’une conférence de presse à Paris.

Les médias dits sociaux font partie de la stratégie d’influence de Monsanto : l’agence de communication irlandaise, Red Flag, a été chargée de lancer la campagne « Freedom to Farm (Liberté de cultiver) » Des agriculteurs faisaient de la publicité pour le glyphosate sur les réseaux sociaux sous une fausse identité, entre autres Twitter et Facebook ; Bayer y a mis un terme il y a quelques mois.

Les parlementaires, enjeux ou jouets des multinationales?

Dans cette guérilla médiatique à la fois en coulisse et devant l’opinion, une attention toute particulière est donnée aux relations aux politiques. Une commission des quatre parlementaires a été constituée avec pour fonction d’évaluer « l’indépendance et l’objectivité » des agences chargées d’évaluer la dangerosité des substances mises sur le marché, principalement les agences européennes (EFSA) et française (Anses).

L’un de ses membres, Cédric Villani, précise son but « informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin, notamment, d’éclairer ses décisions » mais non « de mener des travaux scientifiques ».

Voici pourtant le sénateur UDI de Haute-Garonne, Pierre Médevielle, vice-président de l’Opecst (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) qui se lance avant même la publication du rapport parlementaire.

Celui-ci annonce en avant-première à la presse un drôle de résumé « À la question : Le glyphosate est-il cancérogène, la réponse est non ! Il est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui ne sont pas interdites ». Comme le dit son co-rapporteur le sénateur Médevielle déclenche « la confusion et la polémique avec ses propos prématurés en mélangeant les éléments du rapport et ses opinions personnelles ».

Faut-il d’ailleurs ouvrir de nouvelles recherches sur les risques sanitaires aussi de la charcuterie industrielle et inciter à la diminution de sa consommation ?

Si certains parlementaires jouent ainsi un rôle complaisant favorable à la multinationale, on peut s’interroger sur la façon dont ils sont facilement relayés dans les grands médias. Il suffit de diffuser sur les ondes un rapport parlementaire qui apporte une voix divergente par rapport aux rapports des scientifiques pour semer le doute et neutraliser la recherche exigeante des faits. C’est le principe des fake news. Un faible nombre de négationnistes permet de contrebalancer le travail de milliers de chercheurs !
Une agriculture dissociée de l’alimentation et de la santé

Quelques parlementaires sauvent l’honneur, ainsi le député socialiste européen, Eric Andrieu, reste lui inflexible. À la tête de la commission spéciale sur les pesticides, Eric Andrieu est chargé avec un groupe de 30 eurodéputés d’enquêter sur les conditions d’évaluation des pesticides avant leur mise sur le marché. Il a été approché par un cabinet de consultants pour une rencontre secrète avec les dirigeants de Bayer après le rachat de Monsanto. Il a refusé puis a reçu des appels anonymes et sa messagerie a été piratée.

Tout ceci renforce Eric Andrieu dans son combat contre les pesticides et les insecticides néonicotinoïdes qui menacent les abeilles. Il déclare au Nouvel Obs  :
« Progressivement, on a isolé l’agriculture, on l’a dissociée de l’alimentation et de la santé humaine. Ce que nous mangeons est devenu une marchandise comme une autre, la finance s’en est emparée. »
Résultat : « Une poignée de multinationales décide aujourd’hui de ce que nous mettons dans l’assiette ».


Une mauvaise affaire pour Bayer ?

Il y a moins d’un an les actionnaires de Bayer ont approuvé à 97% le décision de racheter Monsanto (56 milliards d’euros) sur proposition du PDG Werner Baumann.
Ce rachat de la multinationale du siècle a hélas été accepté par la commission européenne…

Depuis le cours de la bourse de Bayer devenu le premier groupe mondial dans son secteur a perdu 40% de sa capitalisation depuis le rachat de Monsanto. M. Baumann balaie de la main les risques sanitaires « Nous demeurons convaincus du caractère sûr du glyphosate. »

Ce rachat peut coûter très cher à Bayer qui en rachetant Monsanto récupère aussi des milliers de procédures juridiques et une image déplorable.
En avril 2019 lors de l’assemblée générale des actionnaires, des centaines de militants écologistes protestaient une fois de plus à Bonn. Fait sans précédent dans le DAX, les actionnaires ont voté à 54% contre le quitus.

Cette année le 18 mai pour la 7ème année consécutive des milliers de personnes ont marché dans le monde entier contre l’irresponsabilité criminelle de Monsanto désormais Bayer-Monsanto.

Les dégâts dénoncés sont partout : aux États-Unis, en Europe, — épandages par voie aérienne en Argentine, au Brésil et en Colombie— au Vietnam (pendant la guerre américaine l’agent Orange de Monsanto, un défoliant utilisé massivement). En France le secteur viticole, en particulier dans le bordelais, voit se multiplier les mobilisations de parents d’élèves exposés à proximité des exploitations. Cette année à tous ces griefs contre la firme multinationale s’est ajouté celui de ficher illégalement les opposants.

Où en est-on en France ?

En 2002 des syndicats agricoles -et en particulier la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles)- font la promotion en France du concept fourre-tout d’agriculture raisonnée. Son référentiel est peu contraignant, il mentionne des exigences réglementaires, les produits permis par la loi et une « optimisation » floue de l’usage des pesticides qui vise à brouiller les lignes.

Le glyphosate, ingrédient actif du Roundup, a été classé « cancérogène probable » par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer agence spécialisée de l’Organisation Mondiale de la Santé).

En France l’usage des pesticides de synthèse par les particuliers et dans les espaces verts publics est désormais interdit. En revanche, il reste autorisé dans l’agriculture de l’Union européenne jusqu’en 2022.

Cet attentisme, s’il permet de faire gagner du temps à Bayer-Monsanto, ne prépare pas le monde agricole à sortir de l’ère du pétrole et des pesticides.

En mai 2018, un débat de fond avait mis en porte-à-faux les députés de la majorité présidentielle avec l’opinion qui soutenait Nicolas Hulot. Malgré la promesse de campagne du candidat Macron, l’interdiction du glyphosate n’a pas été retenue dans le projet de loi « agriculture et alimentation » présenté par le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert. Les amendements demandant une interdiction à trois ans avaient été rejetés. Le gouvernement argumentait que l’interdiction du glyphosate aura bien lieu, même si elle n’est pas dans la loi, les agriculteurs étant censés « se responsabiliser ». Nous verrons.

Mais comment ces agriculteurs en France ou en Europe peuvent-ils faire des choix éclairés devant tant de pusillanimité des autorités alors « qu’en renonçant à soutenir fortement le secteur, les décideurs politiques français et européens créent les conditions d’une insécurité économique pour les futurs candidats à la transition agro-environnementale » selon l’interpellation du président Macron par une tribune de 200 chercheurs parue le 17 mai 2019 dans Libération.

En France, fin 2017, le gouvernement a mis fin à la rémunération légitime des agriculteurs biologiques certifiés. Près de 20 000 agriculteurs n’ont toujours pas reçu les aides environnementales de 2016 et 2017, d’où des emprunts forcés ou des faillites. « Les agriculteurs ayant choisi un mode de production performant, dynamique et à la pointe des combats du siècle (climat, biodiversité, santé) se retrouvent en danger de mort économique ».

Ce qui explique une augmentation constante de la quantité de pesticides utilisés en France ces dernières années et montre l’ambivalence de l’État malgré les engagements de réduction de 50% pris au Grenelle de l’environnement en 2008 et du nouveau plan Phyto de 2015.

L’utilisation massive de ces intrants dans l’agriculture intensive a créé pour les agriculteurs et dans une certaine mesure pour les consommateurs des dépendances qui s’apparentent à des drogues. Un gros dealer est identifié et il n’est plus très sûr que le crime puisse continuer à payer.
La désintoxication est difficile et sera longue.

Pourtant des communes se sont déjà engagées dans la désintoxication. Elles sont de plus en plus nombreuses telles Barjac ou Valleraugue dans le Gard, Fontainebleau en Seine-et-Marne, Solesmes ou Grande-Synthe dans le Nord, Langouët en Ille-et-Vilaine. Cette dernière commune a fait la une de l’actualité en mai 2019 en interdisant toute utilisation de pesticides à moins de 150 m de lots comprenant une habitation.
La transformation de la PAC, la politique agricole européenne, est à l’agenda. Elle ne doit pas simplement rééquilibrer les dotations des pays mais surtout mettre fin à la préférence pour l’agriculture industrielle au détriment de l’agriculture biologique et de la permaculture. Ce n’est pas gagné.

La reconversion des agriculteurs suppose de reconquérir des compétences que la division du travail actuelle a eu tendance à laminer. La chaîne de production, distribution et transformation, est marquée par la logique actuelle du gain immédiat de certains acteurs dominants – semenciers, vendeurs de machines agricoles, grande distribution, organismes de crédit – au dépend des agriculteurs et de la santé de tous. Cela constitue un enjeu de santé publique autant qu’un enjeu démocratique.

Source : agoravox

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Anne Hidalgo annonce la création de "forêt urbaine" sur "4 lieux emblématiques" de Paris

Publié le par Notre Terre

"Nous avons l’obligation d’agir aujourd’hui pour éviter l’impossibilité de vivre dans cette ville plus tard." Dans un entretien au Parisien, jeudi 13 juin, la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo annonce la création de "forêt urbaine" sur des sites parisiens.

"On a repéré quatre grands sites emblématiques sur lesquels nous allons créer de la forêt urbaine", déclare-t-elle. Les lieux sélectionnés sont "le parvis de l’Hôtel de ville, l’esplanade nord de la gare de Lyon, l’arrière du Palais Garnier" et une partie des rives de Seine. "Nous allons débitumer l’une des deux voies des berges de Seine piétonnes, Rive droite, l’autre voie devant rester goudronnée pour la circulation des véhicules d’urgence", précise l'élue.

Livraison "au cours de l'année 2020"

"À l’Hôtel de ville ou à la gare de Lyon, nous envisageons de neutraliser l’étage supérieur des parkings pour les remplir de terre", explique Anne Hidalgo. "Pour Opéra, nous serons en pleine terre, tout comme pour les voies sur berge", poursuit-elle, ajoutant que "la livraison de l’ensemble des quatre lieux pourra se faire, au mieux, au cours de l’année 2020". Pour se faire une idée, Célia Blauel, adjointe d'Anne Hidalgo, a partagé des images des futurs sites.

forêt-urbaine-Paris


Anne Hidalgo souligne que "des sites plus petits, comme la rue Louis-Blanc (10e), le boulevard Pasteur (15e) seront végétalisés". Elle relève également que "sur l’avenue Daumesnil, la plantation en pleine terre se fera à la place du stationnement". Anne Hidalgo note qu'"il est prévu une promenade végétale du parc de la Villette aux Buttes-Chaumont (19e)".

 

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