Une forêt exceptionnelle du Gard décimée pour fournir du bois de chauffage

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Elle date de la dernière période glaciaire, abrite une hêtraie méditerranéenne rare et une biodiversité riche... Et pourtant, la forêt de Valbonne (Gard) est en train d’être en partie décimée afin de fournir du bois de chauffage. « La forêt est en danger », alerte une association, auteure de cette tribune.
Cette tribune est rédigée par la Frapna Ardèche (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature), une association membre de la fédération France nature environnement.

Une survivante. Rien de moins. La forêt de Valbonne, dans le Gard, est passée depuis l’ère glaciaire entre les gouttes du réchauffement climatique, des catastrophes naturelles et surtout de cette manie toujours vive chez les humains : abattre tout ce qui pousse. Aujourd’hui, le péril qui la menace mêle profits économiques et mauvaise gestion de l’Office national des forêts (ONF).

Pour mieux comprendre, rembobinons : cette forêt domaniale de plus de 1.380 hectares, nichée dans le nord du département du Gard, à la lisière de l’Ardèche, date de la dernière période glaciaire. Une partie de cette forêt est constituée par une hêtraie méditerranéenne, très rare. Le hêtre est une espèce qui a besoin d’une humidité atmosphérique assez forte et que l’on trouve dans les régions méditerranéennes au-dessus de 800 mètres. À Valbonne, le hêtre pousse bien plus bas. Les scientifiques ont longtemps pensé qu’elle avait été implantée par les moines de la Chartreuse auxquels elle appartenait depuis le XIIIe siècle, mais une étude du [CNRS|Centre national de la recherche scientifique] sur les charbons de bois fossiles prélevés dans les sols a montré qu’elle était beaucoup plus ancienne.

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À l’époque des Romains il y avait ainsi des forêts de plaines un peu partout. Elles ont toutes été coupées par les humains et en l’an 1000, il n’en restait plus. Cette hêtraie est donc rarissime à plus d’un titre. Elle abrite une biodiversité riche, mêlant des espèces de milieu plus froid et d’autres méditerranéennes.
« Elle est une sorte de conservatoire, une ressource génétique intéressante pour les chercheurs »

Le lieu est composé également de forêts de chênes verts gérées avec respect depuis près d’un siècle, leur faisant atteindre un stade de maturité remarquable et de chênaies blanches à houx. Plus d’une dizaine d’espèces d’orchidées, de nombreux reptiles et amphibiens, oiseaux… ainsi qu’une végétation très diversifiée y ont été recensés. Cette faune et cette flore ne sont pas rares en soi, mais c’est leur présence à cet endroit qui est rare. Il est exceptionnel de voir ici l’érable à feuille d’obier par exemple ou les grenouilles agiles. L’intérêt de la forêt est déjà connu et reconnu par tous puisque Valbonne est située dans sa plus grande partie dans un site Natura 2000 et en zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I. Elle fait également partie des « forêts anciennes à haute valeur de conservation » du [WWF|Fonds mondial pour la nature].

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Rajoutons qu’en plus d’être une survivante, la forêt de Valbonne est une vigie pour le changement climatique. Elle a vécu la dernière période de réchauffement et elle a su s’adapter. Pour les scientifiques, ses atouts sont indiscutables. Jean-Paul Mandin, docteur en écologie et fervent défenseur de la forêt, rappelle ainsi qu’elle est « une sorte de conservatoire, une ressource génétique intéressante pour les chercheurs ». Même si les hêtres ont souffert des sécheresses de ces dernières années, ils sont toujours debout.

Aujourd’hui pourtant, malgré ses atouts indéniables, la forêt de Valbonne est en train d’être en partie décimée, coupée, tranchée, empilée dans le simple but de fournir du bois de chauffage. Le non respect du plan d’aménagement initial (document établi par l’ONF pour la gestion de la forêt), qui était déjà très agressif, engendre des dommages irréversibles. Les cloisonnements d’exploitation, trouées réalisées pour faire entrer et sortir les engins et le bois coupé, concernent une surface importante, source de dessèchement des sols et de fragmentation de la forêt très préjudiciables aux espèces-hôtes qui y vivent.

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La forêt est en danger. La Frapna Ardèche, l’association Terre d’Avenir, ainsi que de nombreux maires des communes environnantes et la population locale très attachée à ce lieu et consciente de sa préciosité se sont unis pour relayer cet appel. La pétition contre la destruction de la forêt a déjà réuni plus de 4.500 signatures.

Le 22 janvier 2020, le sort de cet espace exceptionnel sera tranché lors d’une audience au tribunal de Nîmes. La forêt n’a pas de voix, son cri est inaudible, alors, nous, promeneurs, population locale, associations et élus nous nous chargeons de vous faire parvenir ce cri. Entendrez-vous l’appel de la forêt de Valbonne ?

Source : reporterre.net

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Le gouvernement a créé une cellule militaire pour surveiller les opposants à l’agro-industrie

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Bienvenue dans la France de Pétain

Démocratie? Où es tu? Liberté? Où vas tu?

L'intouchable lobby de l'agro-business a maintenant son service de renseignement et sa police d'état, armée, et capable d'emprisonner quiconque a l'indécence de défendre la vie sur terre avec un peu trop de véhémence.

Le gouvernement veut « faire taire tous ceux qui mènent des actions symboliques contre le système de l’agriculture industrielle », dénoncent de multiples défenseurs de l’agriculture paysanne et biologique, réunis dans cette tribune. Ils s’inquiètent fortement de la création de la cellule de renseignement Demeter, lancée fin octobre, soi-disant destinée à lutter contre l’« agribashing ».

Il y aura un avant et un après Demeter. Le 13 décembre, le ministre de l’Intérieur de la République française Christophe Castaner s’est rendu dans le Finistère en compagnie de la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. Dans le cadre d’une convention signée entre son ministère et ce syndicat agricole. Cette première anomalie démocratique — depuis quand la police républicaine est-elle aux ordres d’une structure privée ? — n’est pas la dernière, de loin.

En effet, ce voyage avait pour but principal de lancer une cellule de la gendarmerie nationale appelée Demeter, la déesse grecque des moissons. Et marque reconnue, depuis des lustres, de l’agriculture sans pesticides. Quel en est le but affiché ? La lutte contre « l’agribashing ». Ce terme est une invention des communicants de la FNSEA, qui prétend sans en apporter la moindre preuve qu’on assisterait en France à une entreprise concertée de dénigrement du monde agricole. Elle permet à ce syndicat de maintenir ce qu’elle fait depuis des dizaines d’années : une pression lobbyiste pour obtenir en retour des avantages économiques.

Le ministre, confronté avec son gouvernement à une situation politique difficile, a donc décidé de jouer ce rôle dangereux, affirmant par exemple : « Depuis quelques années, un phénomène grandit, inacceptable. De plus en plus, nos agriculteurs sont visés par des intimidations, des dégradations, des insultes. »

Empêtré dans cette imprudente déclaration, le ministre démontre dans le même texte qu’il est incapable de prouver par le moindre fait la réalité de ce phénomène. Les chiffres qu’il cite pour 2019 parlent d’eux-mêmes : sur la base de 440.000 exploitations agricoles, les plaintes portent sur 314 tracteurs volés, 24 vols avec violence, 657 voitures dérobées.

Encore faut-il préciser que les vols avec violences ont diminué en un an de 31,4 %. La plupart des centres urbains se damneraient pour de telles statistiques. Il est visiblement plus simple de mobiliser la police que de régler la situation dramatique de la paysannerie française.

Il y a encore plus grave. Volontairement, n’en doutons pas, M. Castaner mélange dans un stupéfiant gloubi-boulga la délinquance vile — cambriolages, vols de matériel, incendies, dégradations —, les occupations de terres agricoles par des gens du voyage, les actions antifourrure ou antichasse. C’est mettre sur le même plan criminel le vol, le droit des populations nomades, celui de la critique sociale et politique.

Il y a encore plus grave. M.Castaner entend s’attaquer dans le cadre de Demeter, ainsi qu’il l’écrit, aux « actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques ». Cette fois, on aura compris : il s’agit de faire taire tous ceux qui mènent des actions symboliques contre le système de l’agriculture industrielle, dont la FNSEA est le principal soutien.

La démocratie, ce n’est pas pactiser avec les lobbies dans le dos de la société

Qui mène « des actions symboliques » contre ce système ? Le mouvement des Coquelicots, qui réclame la fin des pesticides, soutenu par un million de citoyens. Les maires qui prennent des arrêtés contre ces poisons chimiques. Des dizaines de milliers de paysans qui ont déjà choisi l’agriculture biologique. Beaucoup d’autres, qui défendent le modèle de l’agriculture paysanne contre les projets délirants d’usines à vaches, à cochons ou à poulets. Et au total des centaines de milliers de citoyens engagés contre l’importation massive de soja transgénique et donc l’élevage industriel, contre la mort des oiseaux et des insectes, pour des rivières débarrassées de la pollution et des rivages sans algues vertes, enfin pour une alimentation de haute qualité.

Il ne fait aucun doute, à nos yeux, qu’une ligne a été franchie. La démocratie, ce n’est pas pactiser avec les lobbies dans le dos de la société. Et quand le ministre parle « d’améliorer [la] coopération avec le monde agricole et de recueillir des renseignements », chacun comprend ce que cela veut dire. Cela signifie l’intimidation accrue de tous les adversaires décidés de la FNSEA, qui passe nécessairement par la surveillance électronique et informatique, d’éventuelles écoutes téléphoniques, voire des filatures, des infiltrations, ou pire encore, la délation. Bienvenue dans la France pétainiste!

Nous prévenons solennellement le gouvernement que nous refusons cette criminalisation et que nous demandons le démantèlement de la cellule Demeter. Notre contestation de l’agriculture industrielle, non-violente, se fait et se fera au grand jour, dans la conviction d’exprimer la volonté majoritaire de la société française. Nous voulons beaucoup de paysans, beaucoup plus de paysans, heureux et fiers de leur métier, enfin payés au prix convenable pour leur participation au bien commun. C’est en effet un autre monde que celui de la FNSEA.

  • Liste des signataires :

- Valérie Murat, porte-parole de l’association Alerte Aux Toxiques !
- Pierre-Michel Périnaud, président d’Alerte des médecins sur les pesticides
- Sylvie Nony, secrétaire d’Alerte Pesticides Haute Gironde
- Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre
- Jean-francois Lyphout, président de l’Aspro-Pnpp
- Pierrick De Ronne, président de Biocoop
- Gwenola Kervingant, présidente de Bretagne Vivante
- Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes de Canopée
- Michel Besnard, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest
- Marie-Lys Bibeyran, du Collectif Info Médoc Pesticides
- Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
- Joël Spiroux de Vendômois, président du Criigen
- Alain Bonnec, président d’Eau et rivières de Bretagne
- Jean-Luc Toullec, président de la Fédération Bretagne Nature Environnement
- Guillaume Riou, président de la FNAB
- Eric Feraille, directeur de FNE Aura
- François Veillerette, directeur de Générations futures
- Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France
- Arnaud Apoteker, délégué général de Justice Pesticides
- Daniel Cueff, maire de Langouët (35)
- Patrick Lespagnol, président du Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique
- Eliane Anglaret, présidente de la fédération Nature & Progrès
- Fabrice Nicolino, président de Nous voulons des coquelicots
- Jean-Yves Bohic, président de Ragster
- Carole Le Bechec, présidente du Réseau Cohérence
- Jean-François Baudin, président du Réseau Amap Auvergne-Rhône-Alpes
- Florent Mercier, co-président du Réseau Semences Paysannes
- Jacky Bonnemains, directeur de Robin des bois
- Thierry Thévenin, porte-parole du syndicat Simples
- Gilles Lanio, président de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF)
- Benjamin Sourice, co-président de Combat Monsanto

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L’ONU propose de protéger 30 % de la planète d’ici à 2030

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La COP15 sur la diversité biologique prévue en octobre devrait aboutir sur des accords mondiaux pour sauver la biodiversité. Une première ébauche de texte prévoit la protection d’un tiers de la surface de la Terre.

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Enrayer l’érosion de la biodiversité, gérer les ressources de manière durable et restaurer les écosystèmes. Telles sont les missions de la 15e Conférence des parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB), programmée en octobre à Kunming, en Chine, sur le modèle des conférences climat. Des négociations internationales doivent y aboutir à l’adoption d’une feuille de route mondiale pour sauver l’ensemble des écosystèmes.

Pour amorcer ces négociations, la CDB a publié, lundi 13 janvier, une première ébauche de texte comprenant 17 objectifs, parmi lesquels une proposition ambitieuse : protéger au moins 30 % de la planète – terre et mer – d’ici à 2030. « L’objectif est de stabiliser le taux de perte de biodiversité d’ici à 2030, puis de faire en sorte que cette biodiversité augmente de nouveau d’ici à 2050 en laissant les écosystèmes se régénérer », explique Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales, chargé du dossier COP15.
Le texte reprend des conclusions du Groupe international d’experts sur la biodiversité de l’ONU. Dans un vaste rapport publié en mai 2019, ils soulignaient le rôle de l’agriculture, de la déforestation, de la pêche, de la chasse, du changement climatique, des pollutions et des espèces invasives dans la dégradation accélérée de la nature.

Un million d’espèces menacées d’extinction

Selon ce rapport, 75 % de l’environnement terrestre a été « gravement altéré » par les activités humaines et 66 % de l’environnement marin est également touché. Résultat : environ un million d’espèces animales et végétales sur les quelque 8 millions estimées sur Terre sont menacées d’extinction, dont « beaucoup dans les prochaines décennies ». Près de 23 % des oiseaux, 25 % des plantes, 33 % des récifs coralliens, 40 % des amphibiens, 10 % des insectes et plus d’un tiers des mammifères marins sont menacés.

Pour enrayer ce déclin rapide de biodiversité, le groupe de travail du CDB a proposé d’amener à 30 % le taux d’aires terrestres protégées et au même nombre celui des aires marines protégées. Aujourd’hui, les zones protégées représentent 17 % des surfaces terrestres, soit environ 20 millions de kilomètres carrés (un peu plus de la superficie du Canada et des Etats-Unis réunis) et 10 % des zones maritimes. A titre d’exemple, le Brésil possède le plus grand système d’aires protégées terrestres au monde, avec 2,47 millions de kilomètres carrés (km2). A l’inverse, le Moyen-Orient a le taux de protection terrestre le moins élevé, environ 3 %, ce qui équivaut à environ 119 000 km2.

« Le chiffre de 30 % de surfaces protégées est ambitieux, mais il ne sort pas de nulle part, explique David Ainsworth, porte-parole de la Convention sur la diversité biologique. En un an, le groupe de travail du CDB a regroupé les demandes des gouvernements, les conseils des scientifiques et les consultations de la société civile. Ce chiffre a été discuté et un consensus a été trouvé. » Dans ces 30 %, 10 % des zones protégées devraient être en état de « protection stricte », « c’est-à-dire qu’aucune activité humaine, comme la pêche ou l’agriculture, même réglementées, ne peut y avoir lieu », poursuit le porte-parole.

Objectifs ambitieux

Autre objectif de la COP15 : relier climat et biodiversité. En effet, l’érosion de cette dernière a beau être flagrante, elle peine à sortir de l’ombre que lui fait la crise climatique.

« Aujourd’hui il y a une déconnexion entre le climat et la biodiversité, aussi bien de manière locale qu’internationale, confirme le chercheur français Aleksandar Rankovic. La CDB propose des moyens pour rapprocher les deux conventions et ainsi lier les accords sur la biodiversité aux accords de Paris sur le climat. » Carlos Manuel Rodriguez, le ministre de l’énergie et de l’environnement du Costa Rica, très impliqué dans les discussions, a insisté sur ce lien en s’exprimant sur le document rendu public le 13 janvier : « Nature et climat sont les deux faces d’une même médaille et nous devons affronter les deux crises de manière agressive, dans tous les secteurs et avec le même objectif. »

Parmi les autres points abordés dans l’ébauche de texte figurent une réduction d’au moins 50 % de la pollution causée par l’excès de pesticides, de déchets plastiques et d’autres sources de pollution, une utilisation durable de toutes les ressources d’ici à 2030 ou encore la préservation ou l’augmentation de la diversité pour 90 % des espèces d’ici à 2050.

Autant d’objectifs ambitieux, selon les observateurs. Mais « jusqu’au coup de marteau final de la COP rien n’est joué, prévient Aleksandar Rankovic. D’ici aux négociations, il faut alerter sur ces textes pour que les discussions ne se limitent pas à la convention et que l’ensemble des populations se manifestent ».

Enfin, le rendez-vous de Kunming pourrait acter de l’échec de la stratégie biodiversité menée ces dix dernières années. En 2010, lors de la COP10 au Japon, la CDB avait adopté des accords dits « objectifs d’Aïchi », qui établissaient vingt points à atteindre pour 2020. Dix ans plus tard, le constat est amer : la plupart des objectifs, notamment le fait de diviser par deux le taux de perte des habitats naturels, n’ont pas été atteints. « Nous aurons les résultats exacts au terme de la période 2011-2020, mais nous savons déjà que beaucoup ne seront pas réalisés », admet David Ainsworth.

« Rendre des comptes »

« Les accords précédents, bien qu’ambitieux, ressemblaient plutôt à une liste de vœux pieux, souligne Aleksandar Rankovic. Il y avait beaucoup d’engagements mais très peu de chiffres. L’ébauche publiée aujourd’hui propose des objectifs précis, chiffrés, ainsi que des modalités de suivi et de moyens mieux pensés. Elle crée également un cadre dans lequel les pays vont devoir se rendre des comptes. »

Des ONG regroupées dans la coalition Campaign for Nature s’inquiètent cependant que « le texte n’inclue pas certains concepts-clés comme la gestion des zones protégées, ou l’équité entre les populations, qui sont essentiels à une protection et une conservation efficaces ». Elles poussaient depuis un an pour que le chiffre de 30 % soit inscrit dans le texte en débat.

« Des scientifiques, des centaines d’organisations et des millions de personnes dans le monde ont appelé les nations à se rassembler et à s’engager à protéger au moins 30 % de la planète d’ici à 2030, confirme Brian O’Donnell, directeur de Campaign for Nature. Le projet d’aujourd’hui montre que les pays sont à l’écoute et qu’ils reconnaissent l’importance croissante du rôle de la protection des terres et des eaux. Il s’agit d’une première étape très encourageante. Mais il reste encore beaucoup à faire dans les prochains mois. »

Plusieurs sessions de discussions vont se dérouler d’ici à la COP15. Certains pays devraient être moteurs des négociations, parmi lesquels l’Union européenne mais aussi le Costa Rica, la Colombie et le Mexique. « La Chine, qui va accueillir la COP, espère également les résultats les plus ambitieux, concrets et crédibles possibles », observe Aleksandar Rankovic.

A l’inverse, de grands acteurs, comme le Brésil, restent pour l’instant en situation de blocage dans les discussions préliminaires. Quant aux Etats-Unis, ils sont le seul pays, avec le Vatican, à n’avoir pas ratifié la Convention sur la diversité biologique – « un problème de moins dans les négociations », aux yeux de certains observateurs. « Les objectifs de ce texte assument une ambition forte, souligne Aleksandar Rankovic. Il faudra désormais qu’ils résistent au test à l’acide des négociations avant et pendant la COP15. »

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La Thaïlande démarre 2020 avec l’interdiction des sacs en plastique

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La Thaïlande a commencé l’année avec une interdiction des sacs en plastique à usage unique dans les principaux magasins, poursuivant une campagne lancée par le gouvernement et les détaillants vers une interdiction complète en 2021 pour réduire les déchets et les débris dans la mer.

La sensibilisation du public aux risques pour les animaux et l’environnement a été soulevée l’année dernière lors d’une série d’incidents où des animaux, dont un cerf et un bébé dugong, ont été retrouvés morts avec du plastique dans leur système digestif.

« La Thaïlande a été classée sixième parmi les principaux pays du monde qui déversent des déchets dans la mer » … « Au cours des cinq derniers mois, nous étions en 10e position … grâce à la coopération du peuple thaïlandais. », a déclaré mercredi 1er janvier le ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement, Varawut Silpa-Archa, aux journalistes après avoir distribué des sacs réutilisables au public.

Le ministère affirme que le pays a réduit l’utilisation des sacs en plastique de 2 milliards, soit environ 5 765 tonnes durant l’année 2019, dans cette première phase d’une campagne pour encourager la population à refuser volontairement les sacs en plastique dans les magasins.

« Au début, je n’y étais pas habitué parce que parfois j’oubliais et je venais sans. », a expliqué un client, Supanee Burut-string.

Varawut a déclaré que la partie la plus difficile sera de faire disparaître les sacs utilisés dans les marchés et dans les zones rurales (qui représenteraient 40% du total).

« Il ne sera pas facile de changer la façon de penser et le comportement de ces personnes », a-t-il déclaré.

 

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Le paradoxe australien : enfer climatique et dirigeant climatosceptique

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Alors que le pays est ravagé par des incendies liés au changement climatique, le Premier ministre Scott Morrison tend un morceau de charbon à l'Assemblée en soutien à l'industrie minière. Photos © CSIRO et Parliament of Australia.

Alors que l’Australie est à l’avant-poste dans ce que le changement climatique peut produire de pire, la très grande majorité des élites du pays se fourvoie paradoxalement de plus en plus dans un négationnisme climatique dramatique. Un paradoxe étrange qui témoigne d’une irrationalité crasse. Entre lobbies du charbon, accapareurs d’eau et surtout angoisse profonde du sentiment de déclin, une majorité d’Australiens choisit le camp du conservatisme climatosceptique et du repli sur soi. C’est le résultat politique de la peur dans une société atomisée, et cela devrait nous questionner, à l’heure où l’on détricote ici les structures de solidarité sociale.

Un avant-goût de l’enfer qui nous attend

En Australie, nous ne sommes qu’au début de l’été et pourtant les deux prochains mois pourraient être encore pires. Or, il fait 50°C à l’ombre et les incendies ont ravagé quelque 3 millions d’hectares de bush. 200 feux sont actuellement recensés dans le pays, dont 70 sont hors de contrôle, majoritairement dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud. Huit pompiers sont morts dans les opérations. De leur côté, les cinq millions d’habitants de Sydney respirent un air onze fois plus pollué que le seuil de dangerosité normal en raison des fumées. Les médecins ont déclaré l’état d’urgence sanitaire pour la ville.

Les scientifiques sont unanimes : les incendies ont été plus violents et plus précoces que d’habitude cette année en raison d’une sécheresse record qui dure depuis maintenant deux ans, due aux effets du changement climatique. Alors que certaines villes sont à court d’eau potable, d’immenses zones de végétation sont extrêmement sèches et offrent des conditions idéales pour la propagation des feux. Les dégâts sur la faune sont inédits : chauves-souris, oiseaux, reptiles aquatiques… et des animaux aussi emblématiques que le koala sont maintenant purement et simplement menacés de disparition.

En mars dernier, nous avions déjà écrit sur la situation dramatique du pays, au sortir d’un été particulièrement sec. Tout a commencé en septembre 2018 avec un épisode de sécheresse caniculaire qui s’est prolongé jusqu’en janvier, le mois le plus chaud de l’histoire du pays jusqu’à cette année. Des villes comme Adélaïde ou Port Augusta ont vu le thermomètre monter jusqu’à 49,5°C à l’ombre. L’État du Queensland, situé au nord-est du pays, avait été ravagé par des incendies d’une ampleur jamais observée de mémoire d’homme. Par ailleurs des millions de poissons ont été retrouvés morts le long du bassin hydrographique de Murray-Darling en raison de leur asphyxie par une bactérie mangeuse d’algues, dans le sud-est du pays. Rappelons que ce bassin concentre 40 % de toute l’activité agricole australienne.

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Qui dit sécheresse dit inondations, puisqu’une terre durcie par le manque d’eau absorbe très mal les pluies. Il a plu en quelques jours de février l’équivalent de plusieurs mois, ce qui a entrainé la mort de quelques 500 000 bovins. Englué dans la boue, la plupart du bétail est mort de faim et d’épuisement sur place. Pour certains fermiers du Queensland, c’est 95 % de leur cheptel qui ont été décimés pour un manque à gagner de plus d’un milliard de dollars. Pour venir en aide aux comtés touchés, le Premier ministre libéral-conservateur Scott Morrison, élu depuis août 2018 n’a débloqué que… 1 million de dollars. Ces derniers jours, alors que le pays est à feu et à cendres, il prenait des vacances à Honolulu – ce qui n’a pas manqué de déclencher une polémique. Il n’est rentré qu’en raison de la mort d’un huitième pompier dans la lutte contre les incendies. Pourtant, ça ne l’empêche pas d’être l’homme politique le plus populaire du pays : tout un paradoxe.

Le lobby du charbon tout puissant

La société australienne est de plus en plus polarisée autour des questions environnementales. D’un côté, la jeunesse et les centres urbains sont très mobilisés et manifestent par centaines de milliers lors des marches pour le climat, de l’autre, une majorité de l’opinion soutient leur Premier ministre climatosceptique. Canberra s’est d’ailleurs particulièrement illustrée lors de la COP25 en sabotant les négociations en matière d’échange de quotas carbone, à rebours de l’Histoire. La pomme de discorde, c’est évidemment l’économie, ou plutôt le court-termisme.

D’après la Brookings Institution, l’Australie serait l’un des pays qui devrait perdre le plus, avec ceux de l’OPEP, s’ils respectaient les engagements pris lors de la COP 21. Son PIB pourrait ainsi reculer de 2 % d’ici 2030, la richesse des ménages diminuer de 0,5 % et le nombre d’emplois baisser de 127 000. Pourquoi ? Parce que l’Australie est quatrième producteur mondial de charbon derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde, mais surtout le premier exportateur mondial. Le charbon fournit 80 % de l’électricité nationale et rapporte environ 50 milliards de dollars à l’export. Les émissions australiennes de CO2 ont ainsi augmenté de… 46,7 % depuis 1990.

Pourtant, le rapport souligne qu’à terme l’Australie a tout à gagner à rester dans les clous de l’accord de Paris, car les catastrophes climatiques vont avoir un coût bien supérieur. Le pays commence à l’observer : en 2019, la production céréalière s’est effondrée de 50 % et le pays a dû importer pour la première fois en 10 ans. Nous ne parlons même pas des autres secteurs, y compris touristique, frappés. Pourtant, Scott Morrison peut se targuer d’une croissance de quelques 3 %, d’un taux de chômage de 5 %, d’une inflation maîtrisée et d’une dette publique de 40 % du PIB.

La raison en est simple : les cours du charbon et d’autres minerais montent. Cette dépendance aux exportations rend le pays extrêmement vulnérable – le fameux « syndrome hollandais »[1] : le pays se spécialise dans l’extraction minière et perd son industrie, d’autant plus rapidement que les salaires des mineurs sont très élevés, créant par la même occasion une caste extrêmement pro-conservateurs : les bogans.

Le charbon dispose de puissants défenseurs dans le pays, dont Rupert Murdoch, climatosceptique notoire qui contrôle 70 % de la presse nationale. L’organisation Transparency International a d’ailleurs rétrogradé l’Australie de la 7e place à la 13e place en termes de corruption, en raison notamment du poids du lobby du charbon. Un rôle certainement central dans la victoire surprise de Scott Morrison aux dernières législatives, alors que les travaillistes – ayant largement fait campagne sur l’environnement – étaient donnés favoris. Mais ce lien de causalité est loin de pouvoir expliquer à lui seul pourquoi, encore aujourd’hui, le Premier ministre climatosceptique est aussi populaire dans son pays.

Pourquoi l’Australie a-t-elle choisi un climatosceptique en plein drame climatique ?

Morrison s’est surtout adressé aux électeurs les plus âgés et les plus aisés, inquiets du programme de Bill Shorten, le candidat travailliste qui voulait supprimer diverses niches fiscales pour financer des dépenses en faveur de l’éducation, de la santé et du climat. Pourtant, les sondages donnaient ce dernier en tête.

Une fois dans l’isoloir, les Australiens ont donc voté en majorité pour leur portefeuille, ce qu’ils se gardaient bien de dire avant dans les enquêtes d’opinion. Un effet isoloir classique donc, qu’on a également observé avec le FN en France pendant de nombreuses années, lorsque le parti n’était pas encore aussi normalisé, ou encore avec Donald Trump. De même, au Canada, lors des élections fédérales d’octobre 2019, le Premier ministre Justin Trudeau a certes été réélu avec une majorité relative, mais les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan, très dépendantes des hydrocarbures et des sables bitumineux, ont voté pour les conservateurs à 69 % et 64 % ! Ces derniers promettaient la suppression pure et simple de la taxe carbone et le développement des pipelines.

Lorsque le pire de chacun n’est plus canalisé par la pression morale de la société, il se déchaîne. En Australie, l’effet de masse du vote climatosceptique libère les énergies de la partie obscure des individus, et renforce les mécanismes de déni. Penser que la rationalité motive le vote est une lubie que la plupart des personnes ayant fait de hautes études – « formatées à la rationalité » – entretiennent. Le plus paradoxal, c’est que cette élite éduquée et médiatique qui met en avant la rationalité et le consensus en politique, est souvent la plus à même de basculer dans l’autoritarisme lorsque ses intérêts sont menacés. En France, on l’observe très bien vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes et du mouvement contre la réforme des retraites : le degré d’études n’empêche pas de soutenir le tournant illibéral du gouvernement, bien au contraire.

Dans une période de déclin, la peur prend tendanciellement le pas sur la rationalité en politique, et oriente le vote davantage vers l’individualisme plutôt que vers la solidarité. Or le sentiment de déclin est inconsciemment d’autant plus partagé dans un contexte d’effondrement environnemental. Selon le sondage Ipsos/Sopra Steria pour Le Monde, réalisé en août 2019, 73 % des Français estiment que la France est en déclin. 65 % de nos compatriotes estiment que « c’était mieux avant » et seuls 40 % des personnes interrogées pensent que notre avenir est « plein d’opportunités ». En Australie aussi, la confiance dans l’avenir s’étiole. Un sondage spécial de Roy Morgan montre que 40 % des Australiens pensent que 2020 sera « pire » que 2019. Soit une augmentation significative de 26 points par rapport à l’année dernière et le chiffre le plus élevé depuis 1990.

On peut expliquer ce phénomène assez simplement. Lorsqu’on est soumis à un stress, le cerveau reptilien (fonctions vitales, réactivité, coordination musculaire etc.) prend le pas sur le cortex préfrontal – la « zone de la rationalité ». L’hippocampe, un petit organe niché au cœur de notre cerveau et essentiel au fonctionnement de notre mémoire et de notre imagination, est également particulièrement sensible au cortisol, également appelé « hormone du stress ». Il peut rétrécir de près de 20 % en situation de stress, d’anxiété, ou encore à la suite d’un traumatisme. Une telle diminution, surtout si répétée dans le temps, nous rend incapables d’envisager l’avenir d’une manière positive et optimiste. C’est pourquoi la destruction des structures de solidarité sociales – ayant pour but fondamental d’émanciper le citoyen de l’angoisse du lendemain – a un effet dévastateur sur l’imagination, donc sur la possibilité d’imaginer une alternative politique.

La politique très ferme en matière migratoire conduite par Scott Morrison – qui consiste par exemple à renvoyer automatiquement les bateaux vers l’Indonésie et la Papouasie – s’articule très bien avec l’exploitation de la peur de l’effondrement environnementale.

Que faut-il conclure du paradoxe australien ?

Comme le déclin économique, perceptible dans la plupart des pays de l’OCDE entraîne davantage une peur du déclassement qu’une massification des thèses anticapitalistes, le déclin environnemental, le sentiment de voir le monde s’écrouler, exacerbe les mécanismes de déni. La peur de la paupérisation – tant pour des raisons économiques qu’environnementales – suscite des réactions d’autodéfense primaire, plutôt que de la rationalisation politique. Cette réalité qu’on observe aussi en France – dans une très moindre mesure – est largement amplifiée dans des pays anglo-saxons tels que l’Australie. Beaucoup plus individualisés, sans État social ni mécanismes de solidarités organiques ambitieux, les individus y sont beaucoup plus susceptibles au stress de la subsistance.

En conclusion, pour qu’un peuple soit mentalement disponible pour relever le défi climatique – à travers par exemple l’élection d’un gouvernement de rupture – il faut qu’il dispose d’un minimum de mécanismes de solidarité, qu’il soit globalement émancipé de la peur des aléas principaux. À ce titre, on peut prendre le raisonnement dans l’autre sens : la réforme des retraites en France n’est pas tant un facteur d’accélération des mécontentements, potentiellement cristallisable à travers une opposition politique ambitieuse, mais plutôt une difficulté supplémentaire… À moins qu’elle soit stoppée par un mouvement social victorieux.

Si la peur du déclassement fait voter les pauvres à droite, ce qu’a déjà montré Thomas Frank en 2008 dans "Pourquoi les pauvres votent à droite : comment les conservateurs ont gagné le cœur des États-Unis", il faudrait désormais étudier ce que produit la peur de l’effondrement écologique dans le champ politique. Braque-t-elle les cerveaux en provoquant du déni ? Augmente-t-elle la masse critique d’électeurs susceptibles de choisir un projet écologiste et social ? En réalité, on observe les deux phénomènes contemporainement : la question environnementale est un point de scission de plus en plus important entre deux blocs. En revanche, on observe que cet antagonisme diffère en fonction de l’état d’avancement du délitement de la société par le libre marché. Dans une société anglo-saxonne individualiste comme l’Australie, la masse critique du vote autocentré et court-termiste est plus grande, même dans une situation environnementale aussi dramatique.

[1] Le « syndrome hollandais » (en anglais, « Dutch disease ») vient de la crise qu’a traversé l’industrie hollandaise suite à la découverte de gaz en Mer du Nord dans les années 1960. L’industrie gazière, en faisant grimper les salaires, a asphyxié l’industrie manufacturière. De nombreux pays souffrent de ce problème, notamment les pays pétroliers (Arabie Saoudite, Russie…).

Pierre Gilbert, www.lvsl.fr

Publié dans Nature

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