Fusion Bayer-Monsanto : « la Commission européenne vient de donner naissance à un monstre »

Publié le par Notre Terre

L'Europe! Ah l'Europe! Cette terre démocratique éprise de liberté! Ce continent avant-gardiste toujours prompt à écouter son peuple et à le concerter avant de prendre de grandes décisions. Ce phare qui éclaire le monde et qui donne des leçons de démocratie aux autres pays arriérés vient d'autoriser la fusion de deux sociétés abominables créant ainsi un ogre à deux têtes : Bayer et Monsanto.

Des députés européens dénoncent la décision de la Commission européenne d’autoriser la fusion entre les groupes Bayer et Monsanto, qui va renforcer le modèle de l’agriculture productiviste en Europe, ainsi que le pouvoir de l’industrie agro-alimentaire, contre la volonté des citoyens.
Il n’y avait pas beaucoup d’illusions à se faire sur la décision finale. En prévenant qu’elle n’enquêterait que sous l’angle des possibles distorsions à la concurrence, la Commission européenne avait en effet clairement signifié qu’il n’était pas question de prendre en compte, dans son évaluation des conséquences de la fusion entre Bayer et Monsanto, d’autres critères que des critères strictement économiques. La question était seulement de savoir si un autre industriel du même secteur pourrait éventuellement pâtir de cette fusion, en termes d’abus liés à la position de quasi monopole du nouveau groupe.
 
A partir de là, le vers était dans le fruit. A aucun moment, la Commission n’a envisagé d’intégrer dans sa décision des considérations liées à l’environnement et à la santé publique, pas plus que des critères de modèles agricoles. « La grande majorité des concentrations notifiées ne posent pas de problème de concurrence et sont autorisées après un examen de routine, » avait d’ailleurs rappelé la Commission européenne. L’important pour elle, c’est d’abord la bonne santé des actionnaires.
 
Un modèle insoutenable
Monsanto, rappelons-le, est la compagnie qui produit le glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde, mais aussi le maïs Mon 810, la seule  plante OGM autorisée à la culture dans l’Union européenne. C’est aussi l’entreprise qui depuis son origine au début du XXème siècle, accumule les scandales sanitaires liés à ses produits : herbicides, PCB, dioxine, sans oublier le fameux agent orange, ce terrible défoliant massivement déversé par les Etats-Unis sur les forêts et les villages pendant la Guerre du Vietnam, et dont les conséquences sur la santé ( cancers, malformations, etc… ), se font toujours sentir aujourd’hui (1.) Monsanto est aussi connu pour la puissance de son lobbying international acquise au cours d’un siècle d’expérience, ce que la décision que vient de prendre la Commission européenne ne dément pas.
 
Quant au groupe allemand Bayer, il fait principalement dans les produits pharmaceutiques, mais également dans les produits phytosanitaires pour l’agriculture, et, comme Monsanto, dans les semences.
Quelles vont être les conséquences de cette fusion entre le chimiste allemand et le semencier américain ?
La première, c’est la création de la plus grande entreprise intégrée au monde dans le domaine des pesticides et des semences. Pourquoi est-ce si important ? Parce qu’au delà du poids industriel et financier de la nouvelle multinationale, c’est tout le modèle agricole qu’elle véhicule qui va s’en trouver renforcé. Rappelant que la l’organisation des Nations unis pour l’alimentation et l’agriculture ( FAO ) et l’Organisation mondiale de la Santé ( OMS ) avaient déjà souligné en 2014, que la principale cause de la violation du droit des hommes à l’alimentation, était l’échec du système agroalimentaire actuel « qui avait abandonné une agriculture durable, rurale, familiale axé sur la production d’aliments sains, locaux, diversifiés et saisonniers, » le groupe espagnol Podemos, expliquait, à l’annonce du projet de fusion Bayer-Monsanto, que cette fusion aboutirait « à un modèle de surexploitation des ressources naturelles pour le bénéfice de quelques uns, » rappelant que « Monsanto est une entreprise qui défend un modèle insoutenable d’abus, de redevances, de dépendance aux produits agrochimiques, socialement pervers, et nuisibles à la santé et à l’environnement. »
 
L’Europe dans la main
Décuplées également, les capacités de lobbying qu’aura la nouvelle compagnie sur les pouvoirs politiques internationaux, ceux qui précisément prennent les décisions en matière d’autorisation de produits et les législations en lien avec la santé publique. Tous les produits phares du groupe sont concernés. Or la firme Monsanto a déjà prouvé, dernièrement, à l’occasion de la bataille sur le glyphosate, qu’elle était capable de se battre jusqu’au bout et de créer la surprise en jouant un rôle décisif dans le choix d’une institution pourtant aussi lourde que l’Union européenne avec ses 28 pays. En s’alliant avec l’entreprise allemande Bayer, Monsanto gagne un précieux allié dont le poids est dominant en Europe - l’Allemagne - dont on imagine mal qu’elle puisse prendre des décisions qui nuiraient à ses intérêts industriels.
 
L’épisode burlesque du dernier vote de l’Allemagne sur l’autorisation du glyphosate en Europe vient encore de le prouver : en novembre dernier, alors que l’Allemagne devait s’abstenir, entraînant la fin de l’autorisation du glyphosate en Europe, le ministre allemand de l’agriculture, le conservateur Christian Schmidt, avait surpris tout le monde en votant à la dernière seconde pour la prolongation du pesticide de Monsanto, soi-disant, de sa propre initiative, et sans en parler au gouvernement, mais tout de même « dans l’intérêt du pays, » c’est-à-dire, pour ce ministre conservateur, dans l’intérêt du syndicat agricole productiviste majoritaire, et dans l’intérêt de Bayer-Monsanto. Ce vote, qui a entraîné celui de plusieurs autres pays européens, a finalement abouti à la prolongation de l’autorisation du glyphosate, et des profits que va réaliser le nouveau groupe, dont le glyphosate est le produit phare.
 
« Du berceau au tombeau, ceux qui nous empoisonnent nous vendront aussi leurs médicaments pour nous guérir, » ironise José Bové ( Vert-ALE ), pour qui cette fusion nous plonge dans un monde «  quasi-orwellien. » La Gauche unitaire européenne ( GUE-GVN ), pour qui Monsanto est « le symbole de l’agriculture industrielle et chimique qui détruit la planète, » prévoit également que des petits agriculteurs vont perdre leur travail, et que de nombreuses communautés rurales vont disparaître. Michèle Rivasi ( Verts-ALE ) énumère toute une série d’ effets nuisibles que cette fusion va entraîner : mise sous tutelle définitive des agriculteurs coincés entre des prix non rémunérateurs et un coût croissant des intrants agricoles, réduction de la diversité des semences, dépendances aux intrants phytosanitaires et aux biotechnologies, concentration financière des grands fonds d’investissement, etc… Pour Eric Andrieux ( S et D ), « la Commission européenne vient de donner naissance à un monstre, » et l’eurodéputé socialiste explique que « le modèle de développement que sous-tend le rachat de Monsanto par Bayer est aux antipodes de la transition de notre modèle productiviste vers un modèle soutenable et respectueux de l’environnement, que les citoyens appellent de leurs vœux. » Le député Vert allemand Sveg Gigold ( Verts-ALE ) parle lui, d’une « décision toxique », et conclut : « c’est un jour noir pour la démocratie européenne. »
 
 
(1) L’une des enquêtes les plus complètes sur la firme américaine est dans documentaire de Marie-Monique Robin, « Le monde selon Monsanto, » sous-titré : « de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. »
Source : l'humanité.fr
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Disparition dramatique des oiseaux : les agriculteurs doivent maintenant prendre leurs responsabilités

Publié le par Notre Terre

Dans nos champs, l'image se raréfie : la fauvette, la perdrix rouge, et même la plus criarde et la plus commune, l'alouette, voient leur population dangereusement décliner. Dans les Deux-Sèvres, ce chercheur, comme 800 ornithologues en France, recense toute l'année les populations d'oiseaux champêtres.

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/environnement-le-silence-des-oiseaux_2666612.html

9 oiseaux champêtres sur 10 ont disparu en 20 ans

Leur disparition s'est accélérée dernièrement : "On a perdu un tiers des effectifs de l'espèce la plus abondante, et des espèces moins abondantes ont perdu encore plus d'effectifs, comme les perdrix par exemple, où on a enregistré des déclins de 80 à 90%, donc 9 individus sur 10 ont disparu en l'espace de 20 ans", explique Vincent Bretagnolle. Si les oiseaux champêtres souffrent à ce point, c'est que leurs sources de nourriture se raréfient. Moins de graines, avec depuis dix ans, l'arrêt des jachères. Et surtout, 75 % d'insectes volants en moins à cause des pesticides. En forêt et en ville, contrairement aux champs, les populations d'oiseaux sont stabilisées, mais avec un nombre d'espèces très limité.

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Les oiseaux des campagnes en déclin "vertigineux", Muséum et CNRS sonnent l'alarme

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Paris - Moins 60% de moineaux friquet depuis 10 ans, un tiers d'alouettes des champs disparues en 15 ans... Les oiseaux des campagnes françaises sont victimes d'un déclin "vertigineux", qui s'est encore intensifié depuis deux ans, selon de nouveaux recensements.

"Le printemps 2018 s'annonce silencieux dans les campagnes françaises", s'alarment le CNRS et le Muséum national d'histoire naturelle dans un communiqué commun, mardi, en estimant que "ce déclin atteint un niveau proche de la catastrophe écologique".

En zones agricoles, les populations d'oiseaux ont perdu en moyenne un tiers de leurs effectifs en 15 ans, montrent les relevés conduits depuis 1989 par le "Suivi Temporel des Oiseaux Communs" (Stoc), qui, au sein du Muséum, surveille aussi la situation dans les villes et les forêts.

"On ne prend pas de grands risques en disant que les pratiques agricoles sont bien à l'origine de cette accélération du déclin", a dit à l'AFP Grégoire Loïs, directeur-adjoint de Vigie-Nature, qui chapeaute le Stoc, car les oiseaux ne déclinent pas au même rythme dans d'autres milieux.

"Il y a un déclin léger sur le reste du territoire, mais rien à voir en termes d'amplitude", ajoute-t-il.

En zones agricoles, des espèces comme l'alouette des champs, la fauvette grisette ou le bruant ortolan, ont perdu en moyenne un individu sur trois en quinze ans. En Ile-de-France, la tourterelle des bois approche -90%.

Une autre étude, menée par le CNRS depuis 1995 dans les Deux-Sèvres, sur 160 zones de 10 ha d'une plaine céréalière typique des territoires agricoles français, enfonce le clou.

"Les populations d'oiseaux s'effondrent littéralement dans les plaines céréalières", constate Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d'études biologiques de Chizé. "Les perdrix se sont presque éteintes dans notre zone d'étude..."

Selon ces recherches, en 23 ans, l'alouette a perdu plus d'un individu sur trois (-35%), la perdrix grise huit individus sur dix...

- 'Effondrement sous nos yeux' -

"Ce qui est alarmant, c'est que tous les oiseaux du milieu agricole régressent à la même vitesse. Cela signifie que c'est la qualité globale de l'écosystème agricole qui se détériore", analyse le chercheur.  

Grosses ou petites, migratrices ou pas, toutes les espèces sont concernées, probablement du fait de l'effondrement des insectes.

"Il n'y a quasiment plus d'insectes, c'est ça le problème numéro un", souligne M. Bretagnolle.

Car même les volatiles granivores ont besoin d'insectes à un moment dans l'année, pour leurs poussins.

Cette disparition massive est concomitante à l'intensification des pratiques agricoles ces 25 dernières années, plus particulièrement depuis 2008-2009, période qui correspond à la fin des jachères imposées par la Politique agricole commune, à la flambée des cours du blé, à la reprise du recours massif au nitrate et à la généralisation des insecticides néonicotinoïdes, ajoutent le CNRS et le Muséum dans leur communiqué.

Selon M. Loïs, le constat est similaire en Europe, notamment dans l'ouest du continent.

Selon deux études récentes, l'Allemagne et l'Europe ont perdu 80% d'insectes volants et 421 millions d'oiseaux en 30 ans.

Les scientifiques français s'interrogent sur les raisons de "l'accélération très forte" de ce déclin constatée en 2016 et 2017, et à ce stade largement inexpliquée. Ce qui les a conduits à diffuser ce communiqué commun mardi, sans attendre de voir leurs études publiées dans une revue scientifique.

"On a l'impression qu'il y a une forme d'effondrement en train de se produire sous nos yeux", dit M. Loïs. "Cette accélération est-elle liée à la multiplication des facteurs? A une nouvelle pratique agricole dommageable qu'on n'aurait pas encore identifiée? A-t-on franchi un seuil?"

De quoi redouter un "printemps silencieux", comme le "silent spring" prédit par la célèbre écologue américaine Rachel Carson il y a 55 ans à propos du DDT, finalement interdit?  

"Si cette situation n'est pas encore irréversible, il devient urgent de travailler avec tous les acteurs du monde agricole, et d'abord les agriculteurs, pour accélérer les changements de pratiques", appellent le Muséum et le CNRS.

Source : l'express.fr

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Le chifrre de la semaine : 54 milliards de dollars

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Rester sous un  seuil de réchauffement climatique à 2°C permettrait de générer une économie de 54 000 milliards de dollars d’ici 2050, rien qu’en frais de santé.

Publié dans Pollution

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Stupeur aux Etats-Unis : 400.000 décès imputés directement au plomb

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Une étude épidémiologique très solide crée la surprise en affirmant que 400 000 décès seraient imputables au plomb chaque année aux Etats-Unis. Des estimations très importantes, aussi importantes que pour les morts dues au tabac. Le plomb serait très toxique, même à des taux extrêmement faibles.

L'usine Metaleurop, à Evin-Malmaison prés de Douai, en 2002. A cette date, certains habitants des communes avoisinantes ont porté plainte contre l'usine pour des taux de plombémie anormaux Crédits : PHILIPPE HUGUEN - AFP

L’étude menée par l'équipe canadienne de Bruce Lanphear parue ce lundi dans The Lancet Journal fait l'effet d'une petite révolution. Aux Etats-Unis, les maladies cardiovasculaires sont en diminution mais demeurent la première cause de mortalité, mais la part attribuable aux expositions au plomb dans les décès aux Etats-Unis n’avait jamais été étudiée méthodiquement.

Le travail, très sérieux méthodologiquement, de l'équipe canadienne qui signe est une première. Entre 1988 et 1994, les chercheurs ont rassemblé un effectif de plus de 14 000 personnes de 20 ans et plus, au sein d’un échantillon représentatif de la population américaine, et l’ont suivi jusqu’à la fin de l’année 2011. Et ont renseigné le taux de plomb présent dans leur sang, y compris quand il était plus faible que 5 microgrammes par décilitre (µg/dL), le taux jugé toxique. Philip J. Landrigan, épidémiologiste à l’école de médecine du Mont Sinai à New York, signe un article paru en complément de cette étude, qu'il considère comme un véritable tournant.  

L'équipe de Bruce a travaillé sur des données de très haute qualité, collectées auprès de 14 000 adultes, pendant plus de 20 ans, par le Centre américain pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (le CDC). Ils ont regardé d’une part le taux de plomb dans le sang détecté chez les sujets, et ils l’ont rapporté au risque de développer des maladies cardiovasculaires ou une insuffisance rénale. Et ils ont découvert qu'il y a une corrélation évidente entre le taux de plomb et le risque de développer ces maladies : plus ce taux est important,  plus le risque est élevé. Et le lien est évident, même à des taux très faibles de plomb dans le sang. C’est une découverte très importante, qui va dans le sens des rapports de l’OMS, qui nous dit depuis plusieurs années qu'il n'existe pas de niveau non toxique de plomb dans le sang.  Le seul taux non toxique de plomb dans le sang, c’est zéro !

Et ce qu'il y a de plus surprenant dans ces résultats, c'est l'ampleur du phénomène : nous savions que le plomb est toxique pour le cœur, pour les vaisseaux, pour le cerveau chez les jeunes enfants, mais cette étude confirme que c'est vrai, même à des taux d'exposition très faibles. 

Au total l’étude estime que près de de 400 000 décès seraient imputables  au plomb chaque année aux Etats-Unis. Un chiffre qui décuple les estimations connues jusqu'ici. Par comparaison, l’étude annuelle sur le fardeau mondial des maladies pour 2015 évaluait à 558 000 décès au niveau mondial la mortalité attribuable au plomb, en ne prenant en compte que les morts adultes. La létalité du plomb serait donc aussi importante que celle du tabac, du diabète ou de la sédentarité, selon cette étude. Même si elle confirme des intuitions scientifiques, il faut que ses conclusions soient dormais appuyées par quatre études estime Philip J. Landrigan, et le plus rapidement possible, pour donner du crédit à ces résultats . 

Bien sûr , ce sont des résultats que les gens vont questionner,  en disant « mais comment un phénomène d'une telle ampleur a-t-il pu être ignoré pendant si longtemps ? ». Les sceptiques nous diront que les études de population ne prouvent jamais rien. Mais je pense que c’est une position intenable. C’était d'ailleurs celle de l'industrie du tabac pendant de longues années face aux chiffres sur les cancers du poumon.  Il est évidemment capital que d'autres études examinent cette question, mais si cette découverte devait se confirmer dans les années qui viennent, elle aurait de grandes conséquences sur la manière dont on organise la prévention des maladies cardio-vasculaires.

Et puis il faut rappeler qu’au cours du siècle dernier,  l'utilisation du plomb a augmenté de manière exponentielle : il est présent absolument partout dans la biosphère ! La principale source de plomb a pendant longtemps été l'essence ;  ce n'est plus le cas, mais on trouve aujourd'hui du plomb partout : dans les batteries de voiture, dans les cosmétiques... Et cette étude nous rappelle que nous ne sommes pas biologiquement équipés pour supporter une telle exposition. Nous devons trouver des alternatives non toxiques au plomb, et amorcer une politique très agressive pour diminuer drastiquement cette pollution partout dans le monde. 

Source : france culture

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